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On parle du climat comme le défi à relever mais pourtant, le fil conducteur, la boussole de l’humanité doit rester le vivant.
En effet, le vivant n’est pas un décor car il fabrique la nourriture, l’eau potable, et même l’air respirable. Donc, quand ce vivant se fragilise ou s’effondre, l’humanité toute entière vacille avec lui.
Le vivant en perpétuelle évolution
Le vivant désigne ce qui a les caractéristiques de la vie. Mais en biologie, le vivant est aussi ce qui évolue. Le vivant se reproduit, il varie, puis il sélectionne ce qui tient dans le réel. Ainsi, il produit de la diversité au fil des générations. La biodiversité, elle, décrit le résultat : gènes, espèces, écosystèmes. Autrement dit, c’est bien le vivant qui écrit l’histoire.
Enfin, un écosystème, c’est en même temps :
- le biotope ou le décor physico-chimique.
- la biocénose ou la communauté d’êtres vivants.
Et, surtout, chacun transforme l’autre, sans pause.
Un cap mondial
Les COP biodiversité ont posé une cible simple :
- protéger 30% des terres, eaux intérieures, et mers d’ici 2030. Sur le papier, le cap paraît clair. Dans la réalité, il reste loin.
- En 2024, les chiffres mondiaux tournent autour de 17,6% de terres et 8,4% de zones marines “protégées” – source LeMonde.
Donc, l’écart est plus que conséquent. Et, surtout, “protégé” ne veut pas toujours dire “préservé”. La France illustre bien cette ambiguïté. L’État annonce environ 33,6% de surface maritime en aires marines protégées. Mais il promet aussi de monter à 14,8% de “protection forte” d’ici 2026 – source Ministère TE. Autrement dit : on sait que l’étiquette ne suffit plus.
Des services écosystémiques
On appelle “services écosystémiques” ce que le vivant fait pour nous. Ce terme complexe en apparence parle de choses très concrètes : polliniser, infiltrer, filtrer, fertiliser. Et quand ces services s’effondrent, l’économie suit. En France, de nombreux chercheurs observent ainsi une chute vertigineuse d’insectes pollinisateurs en quelques décennies. Sur du colza, l’équipe montre aussi que l’apport d’abeilles sauvages peut faire grimper fortement les rendements.
La biodiversité, ce n’est donc pas un “bonus” pour se donner bonne conscience. C’est une condition matérielle pour manger demain. Dit autrement : moins d’insectes pollinisateurs, moins de sols vivants, moins d’eau disponible … et ce sont les récoltes qui chutent, puis les prix qui montent, puis les assiettes qui se vident. Et les révoltes qui grondent dans les campagnes.
Quand la vie dans le sol s’effondre, c’est moins de galeries, donc moins d’eau retenue. Ensuite, les sécheresses font plus mal. Et les pluies ruissellent plus vite.
Une crise de culture
Le texte le dit sans détour : la COP signe, puis les pays bricolent dans leur coin. Et, pendant ce temps, la société reste loin du sujet. L’indifférence ne tombe pas du ciel. Les médias donnent peu d’espace à l’environnement. En 2024, une étude citée par Novethic estime à moins de 3 % le temps d’antenne consacré au climat sur l’audiovisuel français. Et la biodiversité reçoit encore moins.
Ensuite, la politique suit l’audience. Elle parle là où ça claque dans les sondages. Donc, le vivant passe bien après les impôts, le pouvoir d’achat et même les dissolutions ou autres artefacts politiques.
Même l’action publique hésite. Le gouvernement a mis “en pause” Ecophyto, un plan censé réduire de moitié l’usage des pesticides d’ici 2030. Or les pesticides touchent aussi la biodiversité, de la haie au ruisseau. Pour les gobelets plastiques, même démarche : on repousse les actions à 2030. Pas mieux pour les plastiques etc… Donc, on perd du temps, et on perd du vivant pourtant essentiel.
Le vivant comme boussole
On le voit, la logique serait de privilégier le vivant, coûte que coûte. Pourtant, de nombreux freins existent. Pour lever ces freins, plusieurs leviers à activer…
- Former : on n’apprend pas le vivant comme on apprend une date. On l’apprend comme une dépendance vitale, donc comme une culture générale.
- Raisonner en systèmes : le vivant réclame l’interdisciplinarité : écologie, économie, droit, santé. C’est aussi l’esprit porté par des collectifs comme BioG, qui rassemblent des acteurs scientifiques et citoyens – source A-IGECO.
- Changer les imaginaires : la publicité vend des désirs, donc elle peut aussi vendre du “désirable durable”.
- Renouveler les dirigeants : on le voit, on le sent, les acteurs politiques et économiques actuels sont datés. Ils ont été formés pour construire le système tel qu’il est et n’ont pas les outils pour l’aménager ou encore moins le changer. Les urnes suffiront-elles à assurer ce changement ? Rien de moins sûr.
Sinon, les solutions restent sur l’étagère, même quand elles fonctionnent. Et, au passage, les entreprises possèdent des moyens d’action immédiats, sans attendre les décisions des COP. Toits, parkings, restauration, achats, énergie, eau permettent d’agir moyennant quelques investissements. Même “le cloud” dépend de bassins versants, de refroidissement, et d’électricité. Donc, le vivant entre aussi dans la stratégie industrielle à grande échelle.
Le vivant ne demande donc pas qu’on l’admire ou qu’on le glorifia sur les réseaux. Il demande qu’on le prenne au sérieux, qu’on le respecte. Protéger 30% du monde, c’est utile – source Convention on Biological Diversity. Cependant, la vraie question reste la même : que met-on derrière le mot “protéger” ? Et surtout : quand est-ce qu’on accepte que la biodiversité oriente la santé, l’alimentation, la sécurité, l’énergie ? Prendre le vivant comme boussole, ce n’est pas “se reconnecter”. C’est reconnaître une évidence : nous faisons partie du vivant. Donc, sans lui, nous sommes perdus.