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La planification de la décroissance de l’économie devient de plus en plus urgente mais une question demeure : comment l’organiser sans créer un chaos social mondialisé ?
En effet, depuis l’après-guerre, la croissance économique a rempli des missions claires. Elle a notamment permis la reconstruction, la création d’emplois et réduction de la pauvreté. Mais aujourd’hui, elle est devenue un objectif autonome. Elle est totalement déconnectée des besoins réels et des limites physiques de la planète. Produire pour produire n’a plus de sens dans un monde fini. Face au climat, à l’érosion du vivant et aux inégalités, ralentir l’économie devient une nécessité rationnelle.
La croissance : une impasse
Un taux de croissance annuel de 2 % double la taille de l’économie en 35 ans (règle des 70). Ce qui accroît mécaniquement l’extraction de ressources. Or, le découplage absolu entre PIB et pressions environnementales n’existe pas à l’échelle nécessaire. Le découplage absolu supposerait que le PIB augmente durablement tandis que les émissions, l’usage des ressources et les atteintes à la biodiversité diminuent assez vite. Or, dans les pays riches, les baisses observées restent trop lentes, partielles ou temporaires. Elles résultent souvent de délocalisations, de gains d’efficacité annulés par l’effet rebond, ou ne concernent qu’un seul indicateur, comme le CO₂ territorial. À l’échelle globale, la croissance du PIB reste corrélée à l’augmentation des flux matériels et énergétiques, ce qui rend le découplage absolu incompatible avec les limites planétaires. En gros, on observe parfois moins d’impacts par euro produit, mais jamais une baisse suffisante des impacts totaux tant que l’économie continue de croître.
La croissance dite « verte » reste donc relative, temporaire et insuffisante face à l’urgence climatique. Sur le plan social, elle dissout les liens de solidarité et marchandises des sphères qui reposent sur le temps, le soin et l’entraide. En France, 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, malgré des décennies de croissance continue.
Décroissance : une transition planifiée
La décroissance ne correspond ni à une crise économique ni à un effondrement. Elle désigne une réduction volontaire de la production et de la consommation, planifiée démocratiquement, afin d’alléger l’empreinte écologique. Elle poursuit quatre objectifs indissociables :
- soutenabilité écologique,
- justice sociale,
- démocratie économique,
- bien-être.
Contrairement à une récession subie, la décroissance organise le ralentissement pour éviter le chaos.
Sortir du mythe du PIB comme boussole
Le PIB mesure des flux monétaires, mais ignore la destruction des stocks naturels et les coûts futurs de la pollution. Il compte positivement ce que nous produisons, sans jamais soustraire ce que nous détruisons. Ainsi, une économie peut afficher une croissance du PIB tout en s’appauvrissant réellement. Cette comptabilité aveugle explique pourquoi les crises écologiques restent invisibles jusqu’au point de rupture. Changer d’indicateurs devient donc une condition préalable à toute transition.
Réduire les flux matériels là où ils nuisent
La décroissance ne signifie pas réduire tout, partout, en même temps. Elle implique de faire décroître les secteurs les plus destructeurs : énergies fossiles, publicité, aviation de courte distance, SUV, surproduction industrielle. En parallèle, certains domaines doivent se renforcer : soins, éducation, transports collectifs, rénovation thermique, agriculture paysanne. L’objectif reste clair : moins de flux matériels, plus de qualité de vie.
Travailler moins pour vivre mieux
La croissance repose sur une intensification permanente du travail marchand. Or, toute économie dépend d’une sphère invisible : soin, bénévolat, entraide, reproduction sociale. Réduire le temps de travail permet :
- de partager l’emploi,
- de limiter la consommation contrainte,
- de libérer du temps pour le lien social et démocratique.
Dès 1930, Keynes estimait que 15 heures hebdomadaires suffiraient pour satisfaire les besoins essentiels.
Justice sociale et contraction des inégalités
La décroissance repose sur une logique de contraction et convergence. Les plus riches doivent réduire fortement leur empreinte, tandis que les plus modestes sécurisent leurs besoins fondamentaux. Aujourd’hui, 10 % des Français détiennent plus de la moitié du patrimoine – source Vie Publique. Quand la moitié la plus pauvre en possède moins de 5 %. Au niveau mondial, 0,001% de la population est 3 fois plus riche que la moitié de l’humanité (60 000 personnes) – source WIR. Réduire les inégalités devient un levier écologique autant que social.
De la décroissance à la post-croissance
La décroissance n’est qu’une étape transitoire. Son horizon est la post-croissance : une économie stationnaire, stable, compatible avec les limites planétaires. Cette économie repose sur :
- des services publics accessibles,
- des prix encadrés autour des coûts réels,
- la gratuité des biens essentiels,
- la fin des productions inutiles.
Produire moins, mais produire mieux, devient alors un principe d’organisation durable.
La croissance n’est donc ni naturelle ni inévitable. C’est un choix politique, inscrit dans des institutions que nous pouvons transformer. Organiser la décroissance, c’est éviter l’effondrement, protéger le vivant et garantir une prospérité sobre. Ralentir l’économie, aujourd’hui, reste la condition pour continuer à habiter la Terre demain.