Sommaire
Agir sur des sols pollués en utilisant le vivant afin, notamment, de les restaurer est l’objectif principal des phytotechnologies.
Ces solution s’imposent aujourd’hui comme un enjeu environnemental, sanitaire et foncier majeur. En France, la base BASIAS recense environ 260 000 sites potentiellement pollués. Ceux-ci sont souvent situés en zones urbaines avec une forte pression foncière.
Les techniques classiques de gestion de la pollution des sols ont montré des limites économiques, environnementales et sociales. L’INERIS documente ainsi depuis près de quinze ans une alternative fondée sur le vivant : les phytotechnologies.
Pollutions des sols et foncier contraint
Depuis les années 1990, les activités anthropiques sont responsables de la majorité des cas de pollution des sols. Cela constitue d’ailleurs une question environnementale certaine. Elle affecte les ressources en eau, les écosystèmes et la santé humaine. Elle freine aussi la reconversion des friches industrielles. Par ailleurs, la loi ALUR, puis les objectifs de zéro artificialisation nette, renforcent la nécessité de réhabiliter in situ. On évite ainsi au maximum de déplacer les terres polluées.
Trois phytotechnologies
Les phytotechnologies regroupent des techniques utilisant des plantes. Elles permettent de contenir, extraire ou dégrader les polluants directement dans les sols.
- La phytostabilisation, parfois aidée par des amendements, réduit la mobilité des métaux comme le plomb, le zinc ou le cadmium. Elle limite ainsi les envols de poussières, le ruissellement et les transferts vers les nappes souterraines.
- La phytoextraction repose sur des espèces capables d’accumuler certains métaux dans leurs parties aériennes récoltables. La dépollution reste partielle, car elle concerne uniquement la fraction biodisponible des polluants.
- Enfin, la phytorhizodégradation associe plantes et micro-organismes pour dégrader les polluants organiques, notamment les hydrocarbures. Cette technique peut permettre, dans certains cas, une minéralisation quasi complète des contaminants.
Ces trois phytotechnologies ne promettent pas l’effacement rapide de la pollution, mais une action ciblée, mesurée et durable. Elles rappellent surtout qu’agir autrement sur les sols pollués implique de composer avec le vivant, pas de le contourner.
Du traitement ponctuel au phytomanagement de long terme
Le dossier Ineris de 2018 insiste sur un changement de paradigme : le phytomanagement. Il ne s’agit plus seulement de dépolluer, mais de gérer durablement la pollution, en lien avec l’usage futur du site. Ce cadre intègre la gestion du foncier, la maîtrise des risques, la production de biomasse et la valorisation écologique des sols.
Des techniques « douces »
Longtemps opposées aux techniques classiques, les phytotechnologies apparaissent aujourd’hui comme complémentaires. Elles préservent les fonctions des sols, favorisent la biodiversité et améliorent le cadre de vie, notamment en milieu urbain. De plus, elles réduisent les nuisances liées aux excavations, comme les transports de terres ou l’artificialisation des sols.
Valoriser la biomasse
Le dossier 2018 met fortement en avant la valorisation de la biomasse produite par phytomanagement. Selon les cas, cette biomasse peut alimenter des filières énergie, matière ou chimie verte, sans entrer en concurrence avec l’alimentation. Toutefois, cette valorisation suppose un suivi rigoureux des contaminants, afin d’éviter tout transfert vers l’air ou l’eau.
Expérimentations, retours d’expérience et cadre réglementaire
L’Ineris pilote et suit des expérimentations depuis parfois plus de quinze ans, sur des parcelles allant de quelques centaines de mètres carrés à plusieurs hectares. Ces projets ont permis d’élaborer des guides opérationnels, en partenariat avec l’Ademe, pour accompagner collectivités et aménageurs. Par ailleurs, les évolutions réglementaires récentes renforcent la légitimité des traitements in situ, moins consommateurs de ressources.
Les phytotechnologies ne promettent ni rapidité, ni solution universelle. Elles proposent autre chose : une gestion patiente, territorialisée et multifonctionnelle des sols pollués. À l’heure des crises foncières, climatiques et écologiques, elles rappellent que réparer les sols passe aussi par le temps long et le vivant.