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Les espèces invasives sont une menace réelle pour l’agriculture, la santé et les équilibres naturels, notamment en France.
Elles arrivent souvent dans une cargaison, un aquarium ou une cage d’élevage. Mais une fois installées, elles bouleversent nos paysages et économies. En France, plus de 2 700 espèces exotiques sont recensées, dont plusieurs centaines posent déjà problème.
Ragondin : le rongeur des marais
Introduit au dix-neuvième siècle pour sa fourrure, le ragondin est devenu un fléau. Avec plusieurs centaines de milliers de captures chaque année, sa prolifération inquiète. Moi qui habite en Meuse, près d’un cours d’eau, je suis témoin de cette colonisation avec plusieurs couples installés depuis quelques années. Le ragondin, ce petit castor sans la queue plate, creuse les berges, provoque des effondrements et accélère l’envasement des rivières. Ses urines transmettent la leptospirose, maladie grave pour l’homme et les animaux. Son incroyable fécondité amplifie le problème : un couple peut engendrer des dizaines de descendants en quelques années.
Frelon asiatique : un ennemi pour les abeilles
Arrivé dans une cargaison de poteries au début des années 2000, il colonise aujourd’hui presque tout le pays. Plus petit que le frelon européen, il se montre redoutable. Ses attaques détruisent des ruches entières en quelques jours. Le réchauffement du climat accentue la menace. Les hivers plus doux favorisent la survie des reines. Pour les apiculteurs, les pertes sont énormes. Déjà fragilisées par le coléoptère des ruches et la loque américaine, les abeilles doivent affronter ce prédateur redoutable.
Nouveaux venus : perruche et écureuil de Pallas
Dans le sud, la perruche à collier dévaste les vergers. Avec à la clé jusqu’à 50 % de perte sur les récoltes de pêches ou d’agrumes. L’écureuil de Pallas, introduit dans le sud-est au milieu des années 1960, a supplanté l’écureuil roux. Il ronge les câbles, dégrade les réseaux d’irrigation. Il mange aussi les œufs des oiseaux. Son expansion se poursuit malgré des campagnes de piégeage.
Xénope du Cap : un envahisseur venu des laboratoires
Cet amphibien africain s’est échappé d’un laboratoire dans les années 1980. Vorace, il dévore larves et œufs de grenouilles locales. Dans l’ouest de la France, on capture plusieurs dizaines de milliers d’individus chaque année. Mais il progresse encore. Son territoire continue à s’agrandire.
Des plantes invasives aussi
Les plantes ne sont pas en reste. Introduites pour décorer, elles colonisent rapidement nos paysages. La jussie rampante envahit les bassins. La renouée du Japon fissure routes et murs, impossible à éradiquer. L’ambroisie provoque de fortes allergies respiratoires. Son pollen touche déjà plus de 10 % des Français. L’herbe de la pampa dissémine jusqu’à 10 millions de graines par an, portées à plus de 25 kilomètres. Le mimosa, la griffe de sorcière ou le séneçon du Cap remplacent des plantes locales fragiles. L’Ailanthe glanduleux appelé « arbre du ciel » pousse partout, même dans les fissures du béton, et émet des substances qui inhibent la croissance d’autres plantes.
Derrière toutes ces introductions se cache un même responsable : nous. L’homme transporte volontairement ou accidentellement ces espèces. Notre expansion détruit habitats et écosystèmes. Depuis le début de notre ère, un quart des mammifères et deux amphibiens sur cinq se sont rapprochés de l’extinction. Chaque année, ce sont plus de 25 000 espèces qui disparaissent dans le monde, notamment sous la pression humaine. Des marais vendéens aux côtes méditerranéennes, les espèces invasives s’installent et bouleversent nos écosystèmes. Le réchauffement climatique favorise leur essor. Mais des solutions existent : régulation, arrachage, coopération citoyenne. Car si la nature s’adapte parfois, l’accélération actuelle dépasse les équilibres habituels et sa capacité de résilience.