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La haute mer couvre plus de la moitié de notre planète et sa protection vient de faire l’objet d’un traité international historique, enfin, en théorie car son application restera un véritable défi.
Longtemps restée sans protection réelle, la haute mer bénéficie enfin d’un traité contraignant. Il entrera en vigueur en janvier 2026 et a été ratifié par 60 pays. C’est une avancée diplomatique majeure. Pour autant, cette ratification soulève de nombreuses interrogations. Notamment en ce qui concerne la garantie de l’application des règles dans les immensités océaniques.
Une victoire du multilatéralisme environnemental
Vingt ans de négociations. Ce fut laborieux. Et même si c’est inachevé, l’ONU a adopté en 2023 le traité dit BBNJ. Il vise à protéger la biodiversité au-delà des zones économiques exclusives. C’est à dire environ deux tiers de l’océan mondial. Il rentrera en application en janvier 2026.
Ce texte prévoit des aires marines protégées. Mais aussi des études d’impact obligatoires. Ou encore le partage équitable des ressources génétiques et le renforcement des capacités scientifiques. Pour António Guterres, « La santé de l’océan est celle de l’humanité ». Aujourd’hui, une protection est appliquée sur seulement 8 % des surfaces marines. Objectif fixé : 30 % d’ici 2030. La route reste longue.
Des océans sous tension
Les océans absorbent près de 90 % de l’excès de chaleur. Excès liés aux gaz à effet de serre d’origine anthropique. Les températures marines battent des records. Les scientifiques alertent sur un quatrième épisode mondial de blanchissement des coraux, probablement le plus grave jamais observé.
Dans le même temps, on surexploite encore près d’un tiers des stocks de poissons. La pêche illicite représenterait jusqu’à 26 millions de tonnes par an. Une capture sur six à l’échelle mondiale ! La haute mer subit aussi de nombreuses pressions industrielles et minières.
Surveillance et contrôle
Créer des sanctuaires océaniques est une étape. Mais les expériences passées montrent qu’une aire protégée sans surveillance réelle reste une coquille vide. Certaines zones subissent encore chalutage profond et dégazage, malgré leur statut « protégé ». La future COP de la haute mer (COP de la BBNJ) devra inventer des outils crédibles de suivi et de sanction. Sans moyens de contrôle, le risque est grand de reproduire les échecs déjà observés dans d’autres régions du globe.
Les petites îles en première ligne
Pour les petits États insulaires (AOSIS), la réussite du traité conditionne leur survie. Ils demandent des financements dédiés et un accès équitable aux données scientifiques. Leurs territoires subissent de plein fouet montée des eaux, acidification et destruction des récifs coralliens. Ils rappellent que la gouvernance océanique ne peut ignorer la justice climatique et sociale.
Le traité sur la haute mer marque effectivement une avancée historique. Il offre enfin un cadre juridique global pour des écosystèmes essentiels à l’équilibre de la planète. Mais un texte, aussi ambitieux soit-il, ne suffit pas. Il faudra des moyens, de la coopération et du courage politique pour que la haute mer devienne réellement un bien commun protégé. Car, comme le souligne le Secrétaire général de l’ONU, « la santé de l’océan est celle de l’humanité ».