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Le poisson-lion s’installe en Méditerranée et devient une réelle menace pour les écosystèmes existants. Son développement est aussi un danger pour la pêche.
Cette progression, rendue possible par le dérèglement climatique et l’absence de prédateurs, inquiète les pêcheurs et les scientifiques. Car le poisson-lion bouleverse l’équilibre de la mer intérieure la plus visitée au monde.
Qui est le poisson-lion ?
Le poisson-lion est aussi appelé « rascasse volante ». Il fait partie de la famille des Scorpaenidés. Il est originaire de l’océan Indien et de la mer Rouge. Celui-ci arbore un corps zébré de bandes brunes et blanches. Il mesure en moyenne une trentaine de centimètres à l’âge adulte.
Ses nageoires dorsales, pelviennes et anales, contiennent des glandes à venin. Un arsenal dissuasif contre les prédateurs… encore faut-il qu’il en existe un. Et c’est bien là le problème. Sans prédateur, aucune limite à son développement, si ce n’est la pêche.
Son habitat d’origine est constitué de lagons, de mangroves et estuaires. Mais il sait aussi s’adapter aux eaux sableuses ou même troubles. En Méditerranée, il se plaît dans les eaux côtières, souvent peu profondes.
Un passager clandestin…
Au milieu du dix-neuvième siècle, l’ouverture du canal de Suez a changé la donne. Ce couloir ouvert entre la mer Rouge et la Méditerranée a ouvert un passage à de nombreuses espèces tropicales. Guidées par le réchauffement des mers et océans, certaines en ont profité pour coloniser de nouvelles zones.
Le poisson-lion y a été aperçu pour la première fois au début des années 90. C’était au large d’Israël. On le retrouve ensuite au Liban en 2012. Depuis, sa progression s’est accélérée. Il a colonisé Chypre, la Grèce, la Crète, la Sicile.
Avec l’augmentation des températures marines, la Méditerranée se rapproche d’une mer tropicale. En juin 2025, on a mesuré des températures de 23 degrés avec des pics à plus de 26 degrés Celsius. Ce réchauffement climatique rend ses eaux accueillantes pour ce nouveau venu. En dix ans, Pterois miles a colonisé de nombreuses régions méditerranéenne.
Une reproduction effrénée, sans prédateur
La biologie du poisson-lion favorise son expansion. Il peut se reproduire toute l’année, avec un pic en été, quand l’eau se réchauffe. Un mâle peut féconder plusieurs femelles. Et celles-ci sont généralement plus nombreuses que les mâles dans les populations méditerranéennes. Chaque individu pond des milliers d’œufs. Et comme aucun prédateur ne le régule en Méditerranée, sa population explose. Il forme même des bancs, parfois très denses.
Un danger pour la biodiversité et la pêche
Vorace, le poisson-lion dévore œufs, larves et petits poissons. Il vide littéralement les nurseries marines. À Chypre, des études montrent que la biomasse de poissons a chuté drastiquement dans les zones envahies. La concurrence avec les prédateurs locaux s’intensifie. Et certaines espèces, déjà fragilisées par la surpêche ou la pollution, s’effondrent.
Les pêcheurs, eux, voient leurs filets de plus en plus vides.
Une ligne de défense en Méditerranée ?
Face à cette invasion, l’Europe s’organise. Le projet RELIONMED-LIFE, lancé en 2017, fait de Chypre une zone sentinelle. Le but est de détecter rapidement les arrivées de poissons-lions et coordonner leur capture avant qu’ils ne s’installent. Le projet associe chercheurs, pêcheurs, plongeurs et citoyens. L’objectif est de contenir l’espèce avant qu’elle ne gagne la Méditerranée occidentale.
Mais l’urgence est réelle. D’après les scientifiques, le poisson-lion atteindra la Côte d’Azur d’ici 2030. Il a déjà été aperçu en Sicile et en Italie du sud.
Une solution culinaire ?
Bonne nouvelle : le poisson-lion est comestible. Sa chair est fine, proche de la lotte. Une fois ses épines retirées, il ne présente plus de danger. En Grèce, on le retrouve désormais dans les assiettes. Des campagnes incitent les restaurateurs à le cuisiner. Mais transformer une menace écologique en ressource durable demande un effort collectif. Il faut former les pêcheurs, informer les consommateurs, et structurer une filière.
Le poisson-lion n’est que la pointe de l’iceberg. La Méditerranée change rapidement. Elle se réchauffe, s’acidifie à toute vitesse. Le dérèglement climatique favorise les espèces exotiques, parfois au détriment des espèces locales. Et quand un super-prédateur arrive sans ennemi naturel, l’écosystème bascule. À court terme, manger le poisson-lion peut devenir une solution pour limiter son expansion. Mais à long terme, seule une réduction du réchauffement global permettra de protéger la Méditerranée et sa biodiversité.