Sommaire
La santé humaine est largement dépendante de la préservation de la biodiversité, autant à l’échelle locale que mondiale.
Le rapport conjoint de l’Observatoire régional de santé Ile de France et de l’Agence régionale de la biodiversité, publié en 2023, le démontre.
On a pendant très longtemps considéré que la biodiversité était un cadre, décorative. Pourtant, elle est simplement vitale pour la santé. Plantes, microbes, bactéries tissent des liens intimes et essentiels avec l’humain.
Le vivant comme rempart sanitaire
La biodiversité est un atout pour l’humanité avec :
- une régulation de la qualité de l’air, de l’eau, du climat et du sol.
- une atténuation de la pollution sonore.
- une limitation des îlots de chaleur urbains.
La pollinisation dépend aux trois quarts des cultures alimentaires, de l’agriculture. Mais la disparition d’un million d’espèces menace directement ces services vitaux. Plus grave encore : la simplification des milieux et l’uniformisation agricole fragilisent les chaînes écologiques.
En revanche, des milieux riches en espèces peuvent freiner la propagation des pathogènes. Ce phénomène, appelé effet de dilution, réduit la probabilité de transmission des maladies. Une forêt diversifiée abrite ainsi des espèces « cul-de-sac ». Ce sont des espèces qui piègent les virus, empêchant leur diffusion.
Les espaces verts sont bénéfiques à la santé mentale – Source INSERM. Vivre à moins de 300 m d’un espace vert réduit les risques de dépression. Les arbres filtrent les particules fines. Ils abaissent la température ambiante. Ils encouragent l’activité physique. Les parcs, jardins et forêts urbaines jouent un rôle thérapeutique. Des programmes de “prescriptions nature”, comme au Canada utilisent les espaces verts pour traiter le stress ou la fatigue psychique.
Mais attention : verdir ne suffit pas. La plantation d’espèces non adaptées ou la végétalisation hors-sol peut nuire à la biodiversité locale. Restaurer la nature suppose de la penser dans son intégrité écologique, pas comme un simple outil décoratif.
Un risque létal
Nombre d’épidémies zoonotiques multiplié par 4 en un demi siècle. Ces maladies ou infections qui se transmettent des animaux vertébrés à l’homme, et inversement, explosent. Les causes sont définies :
- la déforestation,
- l’artificialisation des sols,
- l’élevage intensif.
Les trois quarts de la biomasse mondiale des mammifères sont des humains et leurs animaux d’élevage. Cette concentration favorise la diffusion rapide de virus. Crises du SRAS, d’Ebola ou du Covid-19 en sont des exemples.
Les territoires dégradés abritent jusqu’à +70 % d’espèces réservoirs de pathogènes par rapport aux milieux préservés. Les contacts accrus entre faune sauvage, bétail et humains se multiplient. Avec des franchissements de barrières biologiques plus nombreux. Ainsi, la santé humaine ne peut plus être pensée sans celle des écosystèmes. C’est le cœur du concept « Une seule santé / One Health » promu par l’OMS, la FAO et PNUE.
Trois leviers décisifs
L’agriculture intensive pèse lourd sur la santé et la biodiversité. Les impacts sont multiples. Pesticides, perte de haies, appauvrissement des sols … autant d’actions humaines qui fragilise le vivant. Avec plus de 400 000 décès annuels liés aux pesticides – OMS . L’agroécologie améliore pourtant la santé publique. On préserve ainsi les sols, les pollinisateurs et l’alimentation.
Les hôpitaux aussi doivent évoluer. Le secteur de la santé représente près de 5 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Des politiques ambitieuses peuvent permettre de lutter efficacement contre :
- la pollution médicamenteuse,
- l’antibiorésistance,
- la phytoépuration (méthode écologique de traitement des eaux usées domestiques).
Avec à la clé une baisse des émissions, une réduction des impacts sur le vivant …
Pour protéger notre propre santé, il est donc nécessaire de préserver la biodiversité. L’approche « Une seule santé » invite à dépasser les cloisonnements : entre médecine, écologie, agriculture, urbanisme et éducation. En un mot, soigner la planète revient à se soigner soi-même. Le vivant n’est pas un décor, il est notre condition. A l’image du lien entre le microbiote intestinal et notre santé ou bien-être.