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Papillons, abeilles, coléoptères, grillons : les populations d’insectes s’effondrent et quelques gestes « simples » peuvent permettre d’atténuer cette tendance, voire de sauver certaines espèces en danger.
Même les zones protégées ne les épargnent plus. Dans certaines régions d’Europe, on mesure des baisses d’effectifs de l’ordre de 70 à 80 %. Une hécatombe. Or, ces petits êtres forment la base du vivant. En cause ? La destruction des habitats, l’agriculture industrielle, les pesticides, ou encore la pollution lumineuse.
Cette perte est dramatique en tant que telle. Mais n’oublions pas non plus que les insectes assurent la pollinisation, nourrissent les oiseaux, fertilisent les sols et limitent les nuisibles. Leur disparition menace donc directement nos cultures. Et par là-même l’environnement, la santé humaine. Heureusement, chacun peut agir dans son quotidien.
En Europe, une alerte rouge
Tous les insectes sont touchés : qu’ils rampent, nagent ou volent. Chaque année, leur population baisse de 1 à 2 %. Si la tendance ne s’inverse pas (autrement dit si nous ne changeons pas nos modes de vie), près d’un quart d’entre eux auront disparu d’ici dix ans. Rapporté à l’espèce humaine, c’est l’équivalent de l’extinction de plus d’un milliard d’humains. Une perte inacceptable. Aujourd’hui, plus de 150 000 espèces sont menacées. 40 000 d’entre-elles sont en danger critique d’extinction. En trente ans, les populations d’insectes ont chuté de plus de 50 % en Europe. L’agriculture intensive, l’usage massif d’insecticides et la raréfaction des milieux naturels expliquent cette baisse dramatique.
Mais il y a une bonne nouvelle : chacun peut agir. À petite ou grande échelle, il existe des gestes simples, concrets et efficaces pour tenter d’inverser cette tendance.
Des gestes simples
Effectivement, chacun de nous peut agir. Dans nos jardins, sur nos balcons… Voici des gestes simples, concrets, efficaces. Parce qu’en sauvant les insectes, on sauve bien plus que quelques petites bêtes.
Éteindre la lumière
Un lampadaire allumé toute la nuit piège des milliers d’insectes. Jusqu’à un tiers d’entre eux meurent d’épuisement. La lumière artificielle bouleverse leur orientation, leur cycle de vie. En installant des détecteurs, en fermant les volets, en discutant avec votre mairie pour réduire l’éclairage public, nous réduisons la pollution lumineuse. Une chance pour la biodiversité.
Planter local
Les insectes ont évolué avec les plantes locales. Certaines abeilles ne butinent qu’une seule espèce florale. Les plantes exotiques, aussi jolies soient-elles, sont souvent inutiles pour la faune. Optez pour des végétaux indigènes. Mieux : choisissez des plantes clés de voûte, qui nourrissent la majorité des chenilles et donc des oiseaux. Le saule, l’érable, le marronnier, l’acacia et le tilleul… Ces arbres sont de véritables supermarchés pour la faune locale. Plantez des espèces locales mellifères dans les jardins, balcons et parcs reste aussi un geste qui permet de favoriser la biodiversité.
Laisser faire la nature
Feuilles mortes, branches pourries, herbe haute… Sous ces apparences négligées, un monde foisonne. La litière de feuilles est un abri vital pour des papillons, des araignées etc … Laissez-les en paix. Idem pour le bois mort ou les fruits en décomposition. Ce qui semble mort nourrit la vie.
Offrir de l’eau et un toit
Avec le réchauffement climatique, les sécheresses se multiplient. Pensez à poser un bol d’eau peu profond avec des cailloux pour éviter la noyade. Cela dit, avec le développement du moustique tigre, pas facile de mettre à disposition de l’eau sans l’attirer ! Même une soucoupe avec un peu d’algues fait office de boisson énergétique pour les abeilles. Et pour les abriter ? Créez des banques à papillons : buttes végétalisées, zones ombragées, variétés florales étalées dans l’année. Installer des hôtels à insectes peut sembler bénéfique, mais cela crée souvent une promiscuité artificielle entre espèces. Conséquences : concurrence accrue, transmission facilitée de parasites, exposition accrue aux prédateurs. Certains insectes s’y installent, mais faute de ressources alimentaires suffisantes aux alentours, beaucoup finissent par mourir prématurément.
Privilégier le naturel
Les herbicides comme le glyphosate détruisent l’immunité des insectes. Arrêtez les désherbants. Arrachez à la main. Enfilez des vêtements en fibres naturelles (lin, soie), qui ne libèrent pas de microplastiques. Chaque machine de synthétique relâche des dizaines de milliers de fibres. Ces particules nuisent à la longévité des pollinisateurs. Même les semences bio, en évitant pesticides et engrais chimiques, aident à restaurer les populations.
Observer, compter, signaler
Participez aux comptages citoyens. Quinze minutes à observer des papillons ou à inspecter votre pare-brise suffisent. Ces données sont cruciales pour les chercheurs. Signalez aussi les espèces invasives comme le frelon asiatique. Une seule colonie peut détruire des dizaines de milliers de pollinisateurs en une saison. Compter les chauves-souris consiste à dénombrer les femelles notamment, à la tombée de la nuit à la sortie des grottes et cavités. Ce comptage permet par exemple de prouver que les éoliennes influent sur leurs populations et ainsi d’adapter les dispositifs de production d’énergie aériens.
Faire de la ville un refuge
Pas besoin de terrain de foot pour aider les insectes. Un bac à fleurs sur un balcon, une jardinière, une friche pleine de coquelicots : tout compte. Saupoudrez des graines de fleurs sauvages. Laissez pousser. C’est beau, et c’est utile. Même un coin de trottoir devient un havre de biodiversité. Dans le jardin, rien de plus beau qu’un par-terre de fleurs plutôt qu’un gazon uniforme. Participez aux jardins partagés en ville ou autres plantations urbaines et toits végétalisés.
Éviter les poisons, choisir les alliés
Mieux vaut une armée de coccinelles qu’un aérosol chimique. Ces insectes s’attaquent aux pucerons et sauvent nos potagers. Les trichogrammes sont de toutes petites guêpes qui pondent leurs œufs dans ceux des mites alimentaires. Ils empêchent ainsi l’apparition des chenilles. Dans nos jardins et parcs, nul besoin de pesticides et autres néonicotinoïdes : des filets anti-insectes, des pièges à phéromones peuvent très bien faire l’affaire dans la plupart des cas.
Changer nos modes de vie
Le dérèglement climatique dépasse désormais toutes les autres menaces. Pour les insectes, chaque fraction de degré compte. En réduisant votre empreinte carbone avec moins de voiture, plus de vélo, du chauffage modéré, une alimentation locale, l’arrêt de l’artificialisation des sols, nous protégeons les conditions de vie de milliards d’insectes. Le passage au bio va aussi dans le sens de la réduction des intrants chimiques et permet de sauvegarder les populations d’insectes. Financer par des dons des programmes de suivi scientifique des insectes en lien par exemple avec la LPO est aussi un geste utile.
Les insectes ne demandent pas la lune. Juste un peu d’ombre, de calme, de plantes à butiner, d’eau à boire, et de bois pour se cacher. En retour, ils nous offrent pollinisation, fertilité, oiseaux chanteurs et équilibres naturels. Alors, rien ne sert d’attendre des décisions politiques qui tardent à venir, commençons chez nous par faire tout ce que nous pouvons pour favoriser leur retour.