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Alors qu’on se fixe des objectifs de baisse des émissions de gaz à effet de serre, 2024 a battu tous les records, nous amenant vers des scénarios insoutenables.
Depuis les années 50, l’atmosphère terrestre n’avait jamais connu une telle augmentation des quantités de dioxyde de carbone. Le 21ᵉ « Bulletin mondial des gaz à effet de serre » publié par l’OMM le démontre :
L’humanité s’éloigne chaque jour un peu plus de la trajectoire compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris.
Des émissions qui ne faiblissent pas
La concentration moyenne mondiale de CO₂ a augmenté de manière conséquente. Avec 423,9 parties par million, c’est une hausse record de 3,5 ppm en un an. Bien au-delà des moyennes observées durant la décennie précédente. Les émissions fossiles mondiales sont restées quasi stables en 2024. Mais les terres et les océans perdent de leur efficacité. Ils absorbaient près de la moitié du CO₂ émis. Sous l’effet du réchauffement, le CO₂ devient moins soluble dans l’eau. Les forêts captent aussi moins de carbone. Notamment du fait des sécheresses et incendies à répétition.
En Amazonie et en Afrique australe, les feux de 2024 ont libéré des quantités historiques de CO₂. Le Canada a connu, pour la deuxième année consécutive, des incendies massifs. Ces événements ont transformé certains puits de carbone en sources nettes d’émission, un signe inquiétant d’un « cercle vicieux du climat » évoqué par l’OMM.
Une planète plus chaude que jamais
2024 reste à ce jour l’année la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés. Elle dépasse le record de 2023. Pour la première fois, la température mondiale moyenne a franchi le seuil des +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. L’épisode El Niño a amplifié ce réchauffement. Cette chaleur supplémentaire a encore limité la capacité d’absorption du CO₂ des océans. Pareil pour les écosystèmes terrestres. On mesure alors un renforcement brutal de l’effet de serre.
L’atmosphère piège davantage d’énergie. Le forçage radiatif global des gaz à effet de serre est la variation du bilan énergétique de la Terre. C’est à dire la différence entre l’énergie reçue et celle renvoyée, provoquée par un facteur climatique donné. Ce forçage a augmenté de plus de 50 % depuis 1990. Plus de 80 % de cette hausse correspondent au CO₂ – Source NOAA.
D’autres gaz à effet de serre explosent
Le dioxyde de carbone n’est pas seul en cause. Le méthane et le protoxyde d’azote atteignent eux aussi des sommets :
- 1 942 ppb pour le méthane, 266 % de la valeur préindustrielle.
- 338 ppb pour le N₂O, 125 % de la valeur préindustrielle. + 30 % en quarante ans.
Les sources d’émissions pour ces deux gaz sont clairement identifiées :
- Méthane : l’élevage, les rizières et l’exploitation des combustibles fossiles.
- Protoxyde d’azote : les engrais azotés et la combustion de la biomasse.
Ces deux gaz contribuent à près d’un quart du forçage climatique total. Ils accentuent clairement les dérèglements déjà visibles.
Des puits de carbone fragilisés
Les océans ont absorbé environ un quart du carbone émis depuis 1960, les terres un autre quart. Mais la solubilité du CO₂ dans l’eau diminue. Notamment à cause de la hausse régulière des températures. Sur les continents, les sécheresses prolongées affaiblissent les forêts et les sols. Cette dégradation des puits pourrait accélérer le réchauffement. En effet, cela signifierait qu’une part croissante du CO₂ resterait dans l’atmosphère. Alors que nous parlons d’objectifs de baisse des émissions et même un « net zéro » à horizon 2050. En Amazonie, le bilan carbone s’inverse. La déforestation, combinée à la sécheresse, fait basculer la forêt vers un rôle de source nette de carbone. Un basculement écologique majeur, déjà documenté par plusieurs études.
Une alerte avant la COP30
Quelques semaines après la COP30 de Belém, ce rapport sonne comme un rappel brutal à la réalité. Les engagements et promesses répétées depuis la COP21 de Paris ne sont pas respectés. Les taux d’accroissement du CO₂ ont triplé depuis les années 1960. L’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C devient presque hors d’atteinte. En tous cas sans une réduction rapide et massive des émissions. Tous ces chiffres fournis par l’OMM sont autant de signaux d’alerte sur le dérèglement des systèmes naturels.
Les chiffres du Bulletin 2025 ne laissent donc aucune place au doute. La Terre s’éloigne à grande vitesse de l’équilibre climatique. Chaque tonne de CO₂ émise aujourd’hui sera impactante pendant des millénaires. Réduire les émissions fossiles n’est plus un choix politique. C’est une condition de survie collective. C’est protéger le climat, mais aussi l’économie et notre bien-être.