Sommaire
Officiellement, l’Europe ajuste le calendrier automobile mais en réalité, elle acte le report partiel de l’interdiction des voitures thermiques après 2035.
En réalité, elle confirme une vieille règle. Quand l’Allemagne freine, l’Union freine. Quand la France conteste, l’Europe écoute poliment mais néglige sa parole. Le report partiel de l’interdiction des voitures thermiques après 2035 n’a donc rien d’un accident. C’est une conséquence logique d’un rapport de force économique assumé.
Une Europe qui roule au rythme allemand
D’abord, regardons les faits. L’automobile pèse lourd en Europe, et principalement en Allemagne. Très lourd. Environ 700 000 emplois directs, des excédents commerciaux massifs, et des finances publiques solides. En Allemagne, la dette publique en pourcentage du PIB dépassait les 60 % en 2024. À l’inverse, la France affiche une dette autour de 110 % du PIB – source FipEco. Dès lors, sa parole pèse moins. Beaucoup moins. En Europe, la crédibilité ne se mesure pas aux bons mots dont nos politiques se font rois. Seuls les finances comptent et nous l’avons oublié depuis bien longtemps.
Ainsi, Berlin obtient des « flexibilités ». Rome et Varsovie suivent. Paris proteste. Et Bruxelles tranche. Toujours dans le même sens. Ce n’est ni moral, ni écologique. C’est simplement politique. Et profondément européen.
Le Pacte vert, victime collatérale du rapport de force
Pourtant, l’objectif initial restait clair. Réduire de 100 % les émissions des voitures neuves en 2035. Un pilier visible du Pacte vert. Désormais, l’UE se contente d’une baisse de 90 % par rapport à 2021, avec compensations. Sur le papier, la neutralité demeure. Dans les faits, la porte reste entrouverte. Or, le transport routier représente environ 20 % des émissions européennes de CO₂. Chaque recul compte et chaque compromis retarde. Pendant ce temps, l’Europe prétend encore viser la neutralité climatique en 2050. Le discours rassure. Mais la trajectoire déraille.
La Chine encaisse les bénéfices
Ensuite, parlons industrie. Certains constructeurs européens ont anticipé. Renault, notamment, a investi tôt dans l’électrique, avec des plateformes, des usines et des modèles populaires comme la dernière Renault 5. Pourtant l’Europe hésite alors que la Chine avance à toute vitesse. BYD, MG ou Geely proposent déjà des modèles électriques 20 à 30 % moins chers que leurs équivalents européens.
Ainsi, le signal politique brouillé pénalise ceux qui ont cru à la règle commune. Les retardataires gagnent du temps. Les Chinois gagnent le marché. Bilan : dans 10 ans, restera-t-il des constructeurs européens ? Rien de moins sûr. Par contre nous serons envahi de modèles étrangers … Rien de neuf. Ce recul ressemble en fait à un cadeau aux constructeurs asiatiques. Incompréhensible.
Un grand contresens
Le plus ironique reste que la France a massivement subventionné l’achat de véhicules électriques, parfois jusqu’à 7 000 euros par voiture. Mais sans filière batterie solide, ces aides ont surtout soutenu… les importations. En clair, l’argent public français a renforcé les chaînes de valeur chinoises.
Dans le même temps, les projets européens de batteries ont peiné. Retards, surcoûts, hésitations politiques. La cohérence industrielle a manqué. Et au moment où on commençait à peine à s’investire dans l’électrique, l’Europe recule! Autrement dit, on a subventionné la transition sans sécuriser la souveraineté. Un non-sens économique. Un échec stratégique.
Mercosur, automobile : mêmes logiques
Ce schéma dépasse l’automobile. Sur le Mercosur, le scénario se répète. Finances dégradées, crédibilité affaiblie, capacité de blocage réduite … quand la France va mal, elle négocie mal, elle ne peut rien. Quand l’Allemagne va bien, elle impose ses priorités. C’est valable dans le commerce, dans l’industrie, ou dans l’écologie.
L’Europe ne fonctionne plus comme un projet collectif. Elle fonctionne comme une addition d’intérêts nationaux hiérarchisés. Le report de l’interdiction des voitures thermiques n’est pas une surprise. C’est un symptôme. Celui d’une Europe déséquilibrée, où la puissance économique dicte l’agenda écologique. Une Europe faite pour l’Allemagne.
Le gâchis reste immense. Des industriels ont investi et des citoyens comme moi ont suivi. Des milliards ont été dépensés et au final, la Chine rafle la mise. Or, l’écologie ne supporte ni les demi-mesures, ni les règles mouvantes. Pas plus que l’économie. Tirer chacun la couverture conduit à détruire le commun. Sans cap clair, sans solidarité industrielle, l’Europe n’accélère plus. Elle patine. Et pendant ce temps, d’autres tracent leur avenir sans se soucier de nous. Après ça, pas étonnant que les populistes, qui n’ont aucune solution cela dit, cartonnent dans de nombreux pays de l’UE. Le début de la fin …