Sommaire
Belém, porte de l’Amazonie, accueille du 10 au 21 novembre la COP30 qui est certainement l’heure de vérité en ce qui concerne l’action climatique à l’échelle mondiale.
Un symbole fort pour une planète en surchauffe, dix ans après l’Accord de Paris. L’heure n’est plus aux promesses. 191 pays y sont réunis. Ils doivent raviver la confiance. Ils doivent aussi relancer la coopération. Enfin, et surtout, leur objectif principal doit être de combler le gouffre entre les engagements et la réalité. Car selon le rapport 2025 du PNUE sur l’écart d’émissions, la planète file encore vers un réchauffement de 2,3 à 2,5 °C d’ici la fin du siècle, bien loin du cap des 1,5 °C.
Belém : sauver l’action mondiale pour le climat
La COP30 est sous la présidence du Brésil. Elle veut être celle du « renouveau ». Lula, le Président brésilien, a promis une conférence de la mise en œuvre. Stop aux nouveaux discours. On peut essayer d’y croire en tous cas. Trois priorités guident les négociations :
- rétablir la confiance multilatérale,
- connecter les politiques aux citoyens,
- et concrétiser les promesses de Paris.
Des engagements financiers réels et forts sont attendus. Les pays du Sud exigent des moyens tangibles pour s’adapter. La feuille de route de Bakou à Belém prévoit la mobilisation de 300 milliards de dollars par an, pour atteindre 1 300 milliards d’ici 2035. Le financement de l’adaptation, doublé à Glasgow, arrive à échéance : les pays en développement attendent donc un signal fort.
Mais les tensions politiques pèsent. Le retrait annoncé des États-Unis de l’Accord de Paris annulerait à lui seul 0,1 °C de progrès sur les projections mondiales. Et dans une Europe fatiguée, les divisions sur les objectifs 2035-2040 menacent la cohérence du front commun.
Le fossé entre les promesses et la réalité
Seul un tiers des participants a réellement soumis de nouvelles contributions nationales – CDN pour 2035. Celles-ci couvrent un peu plus de 60 % des émissions mondiales. L’objectif des Accords de Paris était de réduire les émissions de 55 % d’ici 2035 par rapport à 2019. Malheureusement, nous en sommes loin. Les engagements actuels sont insuffisants et nous dirigent vers une baisse d’environ 15 %. Très loin donc des objectifs.
Autrement dit, les pays ont trois fois moins d’ambition qu’il ne le faudrait. Les membres du G20, responsables de près de 80 % des émissions mondiales, n’échappent pas à la critique. En effet, leurs émissions ont encore augmenté en 2024.
Les COP s’enchainent et, à chaque fois, les rendez-vous sont râtés, les engagements minimes et les ratifications trop rares. Belém est certainement une des dernières chances donnée à la communauté internationale pour agir fortement.
Justice climatique : relier le global et le local
La présidence brésilienne a choisi de mettre en avant la liaison entre les grandes décisions et les réalités quotidiennes. Car sans justice sociale, pas de transition durable. La COP30 met en avant différents thèmes liés à la justice sociale et climatique :
- la lutte contre la pauvreté,
- la lutte contre la faim,
- la vulnérabilité climatique.
A voir si les intentions seront suivies de faits, de signatures, d’engagements.
L’Objectif mondial d’adaptation – GGA et le Programme pour une transition juste – JTWP sont au centre des dispositifs d’action. Ils doivent définir des indicateurs de progrès concrets. Les pays les plus exposés réclament une aide technique et humaine, pas seulement financière. Selon le Adaptation Gap Report 2025, les besoins d’adaptation des pays du Sud dépassent de 50 % les montants actuellement disponibles. L’idée est donc de transformer l’action climatique en moteur de prospérité partagée, d’emplois verts et de sécurité énergétique.
De la parole aux actes : l’ère post-négociation
Belém doit marquer l’entrée dans une nouvelle phase : celle de la mise en œuvre réelle. Les outils de l’Accord de Paris, transparence, bilans, révisions, doivent devenir des leviers de coopération. La COP30 pourrait lancer un dialogue mondial sur la sortie des énergies fossiles, rassemblant producteurs, consommateurs et investisseurs. Objectif : organiser une transition différenciée selon les contextes nationaux, tout en accélérant le déploiement des renouvelables, dont les coûts ont chuté de plus de 80 % en dix ans.
Enfin, l’Agenda de l’action non étatique sera renforcé : villes, entreprises, ONG et peuples autochtones seront intégrés dans un suivi commun. L’enjeu : transformer la confiance en actions mesurables et vérifiables.
La COP30 ne doit donc pas être une conférence de plus. C’est le test ultime de la crédibilité mondiale face à la crise climatique. À Belém, les nations n’ont plus d’alibi. Elles savent, elles peuvent. Mais s’engageront-elles fortement cette fois-ci ? Nous aurons vite la réponse à cette question cruciale. Les outils existent. « Reste » la volonté. Relancer le multilatéralisme, transformer les promesses en politiques tangibles et replacer la justice au cœur du climat sont les objectifs. Belém pourra marquer un tournant si ceux-ci sont atteints. Sinon, elle restera comme une COP parmi d’autres. Celle où le monde aura encore une fois détourné les yeux. Celle qui a décidé de reporter les efforts sur les générations adultes à venir.