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Depuis quelques temps, on sent une volonté politique de réprimer les mouvements et les idées liée à l’écologie mais ces actions répressives ne servent qu’à retarder l’inévitable.
On vit une époque où l’on accapare l’eau, où l’on bétonne les sols, et où l’humain, par ses activités, saccage la biodiversité. Des associations locales et nationales s’organisent, et elles parlent au nom des générations futures. Mais, depuis quelques années, l’État répond moins par le débat, et davantage par la peur. Ainsi, la répression vise une cible précise : la minorité agissante, celle qui cherche vraiment à déplacer la ligne.
Effrayer et discréditer
La méthode ne date pas d’hier, et l’histoire le rappelle effectivement :
- En 1977, à Creys-Malville, plus de 60 000 personnes manifestent, et Vital Michalon meurt.
- En 2014, à Sivens, Rémi Fraisse meurt, tué par une grenade de la gendarmerie.
- En 2018, à Notre-Dame-des-Landes, des années de lutte citoyenne conduisent à l’abandon du projet d’aéroport, après une répression massive.
- 2023 : La tentative de dissolution de Les Soulèvements de la Terre a visé à criminaliser un mouvement écologiste en assimilant des actions militantes à une menace pour l’ordre public. En s’attaquant ainsi à une organisation de la société civile, l’État a envoyé un signal dissuasif plus large contre le droit de protester et la légitimité de la mobilisation citoyenne. Le Conseil d’État a suspendu puis annulé cette dissolution.
- 2025 : Aux États-Unis, Greenpeace risque près de 600 millions de dollars d’amende, soit quinze fois son budget annuel. Les juristes parlent de procédures-bâillons.
- 2025 : Rachel Simon, militante écologique, écope de six mois de prison ferme pour de la peinture à l’eau sur une façade publique.
- 2025 : Huit militants d’Extinction Rebellion comparaissent à Saverne pour deux inscriptions à la peinture, effaçables, sur un pont. Pourtant, le parquet requiert trois mois de prison avec sursis.
- 2025 : Amnesty International a publié un rapport accusant la France de réprimer les défenseur·ses de l’environnement.
Ensuite, le même mécanisme revient : on inverse les rôles, et on fabrique un récit utile. Or cette bascule sert un objectif politique : affaiblir la crédibilité des défenseurs de l’environnement. Car si la parole militante devient “suspecte”, alors le système peut continuer, tranquillement.
La répression ne passe pas seulement par la rue, elle passe aussi par le droit. L’État mobilise parfois des outils pensés pour le terrorisme, afin de viser des militants écologistes. La dissolution devient une menace symbolique, même quand le juge suspend ensuite la décision. On fait circuler dans les têtes le message suivant : “Rentrez dans le rang, ou vous paierez.”
La fabrique de l’“exemple”
Le pouvoir adore les “cas”, car un cas devient un avertissement ou une menace pour des milliers de personnes. Dans certains dossiers sensibles, des manifestants risquent jusqu’à cinq ans de prison. Pourtant, on parle ici d’une action sans violence contre des personnes, donc la sanction paraît démesurée.
Ailleurs, des interpellations mobilisent des moyens spectaculaires, comme plusieurs dizaines de policiers cagoulés pour « lutter » contre des activistes pacifiques qui restent simplement assis sur la chaussée. Et, sur le terrain, les militants décrivent des gardes à vue répétées, puis des procès en série. Le résultat est évident : on fabrique de la fatigue, de la peur, et on origanise le silence. On gouverne par l’usure, plus que par la conviction.
Le backlash écologique
Cette répression colle au moment politique : le backlash écologique progresse, et il s’assume. On attaque la désobéissance civile, car elle gêne les infrastructures et les intérêts installés. Et, en parallèle, on diffuse un mot piégé : “éco-terrorisme”, qui salit et qui simplifie.
Ainsi, l’État protège des chantiers, des grilles, des plateformes, et des profits. Pendant ce temps, l’eau manque, les sols souffrent, et les crises s’additionnent. Donc, au lieu d’affronter le réel, le système traite l’alerte comme une menace.
Cette mécanique maintient l’ordre économique : elle neutralise ceux qui rendent visibles les contradictions. En clair, on ne réprime pas seulement des personnes, on réprime une possibilité de bascule.
Avant la pente raide
Oui, la France reste loin des États-Unis sur certains aspects. Mais on reconnaît une pente : surveillance accrue, restrictions du droit de manifester, stigmatisation publique surtout. On voit aussi une idée dangereuse diffuser : le pluralisme devient négociable, la démocratie devient conditionnelle.
Plus un pouvoir se fragilise, plus il s’accroche à sa police et à ses moyens de répression ou de contrôle, et plus il mise sur l’intimidation. Rien de neuf. Donc il faut regarder en face : ces signaux dessinent une dérive autoritaire, même si elle avance par étapes.
La démocratie déçoit
À la fin des années 2010, les marches pour le climat rassemblent des centaines de milliers de personnes. Elles sont pacifiques, massives, et profondément politiques. Puis vient la douche froide. Les promesses s’accumulent, mais les décisions structurantes n’arrivent jamais. La Convention citoyenne pour le climat cristallise cette fracture : propositions fortes, application minimale.
Ainsi, une partie du mouvement bascule. Non par goût du chaos, mais par épuisement démocratique. Quand voter, manifester et dialoguer ne suffisent plus, la désobéissance civile devient un langage. C’est ce basculement que documente L’Affrontement qui vient, coécrit par Anthony Cortes et Sébastien Lurquin, une enquête sur la montée des actions militantes et la réponse étatique en France.. Un livre qui ne romantise rien, mais qui décrit une dynamique politique désormais assumée.
On pourra aussi citer un petit essai de 64 pages « Désobéissance climatique » de Sandra Laugier & Albert Ogien qui traite de la désobéissance civile. Loin d’être marginale, elle constitue aujourd’hui un levier central des luttes sociales, reconnu pour son efficacité et sa légitimité face à l’urgence climatique et aux injustices globales. Les auteurs montrent, qu’en France, pourtant, elle fait l’objet d’une criminalisation croissante. Ils rappellent un principe fondamental : les citoyens ont le droit et la responsabilité d’agir pour protéger le monde vivant. Dès lors, si on accepte ce principe, la question est cash : si l’État ne respecte pas le droit, pourquoi les citoyens continueraient-ils seuls à le faire ?
L’exception devient la règle
Depuis 2015, l’arsenal antiterroriste glisse dans le droit commun. Sans doute à juste titre. État d’urgence, loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, fichiers élargis, écoutes facilitées. Officiellement, ces outils ciblent la menace jihadiste. Dans les faits, ils frappent massivement les militants écologistes.
À Bure, en Meuse, pas loin de chez moi, plusieurs milliers d’heures d’écoutes sont recensées. Les filatures deviennent routinières. Caméras dissimulées, GPS, perquisitions, interdictions de déplacement, autant de mesures qui se justifient dans la lutte contre le terrorisme. Quand elles s’appliquent à de militants écologistes pacifiques pour la plupart, cela devient contestable. Toujours le même message : « on vous regarde, on sait où vous êtes, donc taisez-vous ».
Cela laisse sous-entendre que les autorité craignent moins une insurrection armée qu’une révolte pour une cause juste, capable de rallier largement.
L’État choisit ses illégalités
La lutte pour l’environnement, le vivant et pour tous les thèmes défendus par le mouvement écologique sont globalement réprimées. Alors que, la plupart du temps, celles-ci sont pacifistes.
A l’opposé, on tolère parfaitement que des agriculteurs bloquent pendant 15 jours des autoroutes. Pourtant, leur cause n’est pas au dessus des autres. Ils ont tout à fait raison de lutter et d’agir pour mettre en avant l’absurdité et la nocivité des mesures qui s’imposent à eux. Mais ce « deux poids, deux mesures » n’est pas entendable, surtout lorsque la cause est juste.
La loi comme bâillon
La loi “séparatisme” introduit le contrat d’engagement républicain. Sur le papier, rien de choquant. Dans les faits, un outil redoutable. Former à la désobéissance civile suffit désormais à menacer des subventions. On invoque alors le “risque de trouble à l’ordre public”. Une formulation vague, donc extensible à l’infini.
Ici, la sanction ne vise pas un délit. Elle vise une pensée politique. Est-ce normal ?
Une répression mondiale
La France n’est pas seule. Ailleurs, la répression devient financièrement écrasante. Aux États-Unis, Greenpeace est condamnée à 665 millions de dollars. Motif : incitation à la violence lors des mobilisations contre la construction du gigantesque pipeline Dakota Access. Les faits remontent à 2016–2017. Des peuples autochtones défendaient des terres sacrées et l’eau potable. Des centaines d’arrestations, des blessés, une mobilisation mondiale.
L’ONG n’a fait que participer, organiser une contestation pour une cause juste. Leur mobilisation visait seulement un oléoduc implanté à moins de deux kilomètres de la réserve, accusé de porter atteinte à des sites sacrés et de mettre en danger les ressources en eau. Quoi de moins juste ?
Le message dépasse largement l’ONG. Il s’adresse à tous ceux qui contestent des projets fossiles. En Bulgarie, des ONG environnementales subissent pressions, coupes budgétaires et campagnes de discrédit. Les procédures-bâillons se multiplient. Les militants sont présentés comme ennemis du développement. Ou comme obstacles à la souveraineté énergétique.
L’éco-anxiété comme angle mort politique
On le néglige bien souvent mais, derrière la répression, il y a la souffrance. Une souffrance souvent moquée, rarement prise au sérieux. Pourtant, les résultats d’une étude récente révèlent que 10,5 millions de Français sont touchés par une éco-anxiété modérée à très forte. Plus précisément :
- 6,3 millions de personnes sont moyennement éco-anxieuses.
- 2,1 millions présentent une forte éco-anxiété.
- 2,1 millions souffrent d’une éco-anxiété très forte.
- Parmi eux, 420 000 risquent de développer une psychopathologie (dépression ou trouble anxieux).
45 %des jeunes affirment que leurs sentiments relatifs au climat affectent négativement leur vie quotidienne – source Action Climatique. Ce n’est pas une fragilité générationnelle. C’est une réaction saine à un monde qui se dérègle. Ignorer cette détresse, puis criminaliser ceux qui agissent, crée un cocktail explosif. La radicalité naît souvent là, dans ce silence imposé.
Un rapport qui dérange
En 2025, Amnesty International publie un rapport au titre sans détour : Attaqué·es pour avoir défendu la planète. Le moment n’a rien d’anodin. Partout en Europe, et particulièrement en France, les politiques climatiques reculent. Et, au même moment, la répression s’intensifie contre celles et ceux qui alertent. Avec au passage : stigmatisation médiatique, intimidations administratives, restrictions financières, censures, surveillance, harcèlement judiciaire, réponses policières disproportionnées.
Ce n’est plus une série d’excès. C’est une réelle stratégie. En s’attaquant aux modes d’action du mouvement climat, les autorités cherchent à réduire au silence l’alerte écologique. Non pas parce qu’elle serait fausse. Mais parce qu’elle devient politiquement ingérable.
Amnesty le souligne clairement : ces attaques ne violent pas seulement des droits fondamentaux. Elles entravent la capacité collective à répondre à l’urgence climatique.
Le grand décrochage démocratique
Selon les sondages, une large majorité de la population française se dit inquiète du réchauffement climatique. Et une majorité appelle à des politiques plus ambitieuses. Pourtant, l’État restreint l’accès à l’information, la participation citoyenne, et les libertés fondamentales. La question climatique sort progressivement du débat démocratique et elle devient une affaire technique, policière, ou sécuritaire.
Ce processus de dépolitisation n’est pas neutre. Il protège l’inaction. Il isole les militants. Et il transforme une urgence scientifique en problème d’ordre public. Un phénomène qui dépasse de loin les conflits ponctuels. Et qui met en péril la possibilité même de construire un avenir soutenable.
La répression des défenseurs de l’environnement ne tombe donc pas du ciel. Elle vise à faire peur à la minorité agissante, et à décrédibiliser sa parole auprès du grand public. Elle est assumée et pilotée. Ainsi, elle sert un backlash écologique, et elle protège un système qui refuse ses propres conséquences. On baillonne ceux qui remettent en cause la croissance infinie, l’accaparement des ressources, et l’impunité industrielle. Pourtant, l’histoire montre que, quand le pouvoir frappe, il avoue aussi sa crainte. Donc l’enjeu devient double : protéger le vivant, et protéger le pluralisme. Car une démocratie qui punit ses lanceurs d’alerte finit par punir tout le monde. Et une démocratie qui traite ses lanceurs d’alerte comme des ennemis finit toujours par s’appauvrir. Politiquement. Moralement. Écologiquement.