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Le Président Lula promettait une « COP30 de la vérité » mais, au final, le bilan, notamment en ce qui concerne la sortie programmée des énergies fossiles, est largement insuffisant.
Cette COP30 devait honorer les engagements de l’Accord de Paris et accélérer l’action climatique. Pourtant, les négociateurs repartent avec un texte minimal. Les pays sauvent le multilatéralisme mais sont très loin d’avoir sauvé le climat.
Paris… sans les États-Unis
La décision finale porte un nom amazonien : « Mutirão », l’effort collectif. Les participants réaffirment leur attachement à l’Accord de Paris, dix ans après sa signature. Mais la scène a changé. Les États-Unis ont engagé un second retrait de l’accord, dès le premier jour du nouveau mandat de Donald Trump. Washington figure donc, à moyen terme, hors du cadre multilatéral, aux côtés de quelques États déjà sortis.
À Belém, les États-Unis brillent par leur absence. L’accord final souligne ce vide politique. Dans le même temps, la COP30 acte une réalité brutale. Avec les politiques actuelles, le monde se dirige vers un réchauffement autour de +2,5 °C ou plus. L’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C ne disparaît pourtant pas du texte. Mais les scientifiques parlent désormais de dépassement quasi inévitable et de nécessité de le rendre le plus court possible.
Les acquis de Belém
L’accord ne reste cependant pas totalement vide. Plusieurs avancées comptent, surtout pour les pays les plus vulnérables.
Triplement annoncé des financements pour l’adaptation
Les États se donnent un cap : au moins tripler d’ici 2035 les financements dédiés à l’adaptation au dérèglement climatique pour les pays en développement. Concrètement, cela pourrait représenter environ plus d’une centaine de milliards de dollars par an. Mais le texte reste flou. En parallèle, les pays rappellent la promesse déjà prise à la COP29 :
- 300 milliards de dollars par an de financements climatiques pour les pays en développement d’ici 2035 ;
- dans un ensemble plus large visant 1 300 milliards de dollars d’argent public à la même échéance.
Mais beaucoup de financements passent encore par des prêts. De nombreux pays du Sud dénoncent un endettement climatique.
Une « initiative volontaire » pour aller plus loin
Les pays qui le souhaitent peuvent y coordonner des efforts renforcés pour limiter le réchauffement à +1,5 °C, avec deux sessions techniques prévues en 2026 et un rapport à la COP31. Cependant, le texte ne mentionne pas explicitement les « énergies fossiles ».
Il renvoie à la formulation plus audacieuse adoptée à Dubaï lors de la COP28, sans la reprendre.
Commerce, « juste transition » et engagements sectoriels
Pour la première fois, les pays ouvrent un « dialogue » de trois ans sur les tensions commerciales liées à la transition, notamment la taxe carbone aux frontières de l’Union européenne. Les parties créent également une instance sur la transition juste, chargée de suivre l’impact social des politiques climat. En marge du texte officiel, plusieurs coalitions d’États annoncent :
- des engagements supplémentaires sur le méthane ;
- un objectif de quadruplement des carburants dits « durables » ;
- et, surtout, la décision de la Corée du Sud de sortir progressivement du charbon dans ses centrales électriques.
Ce sont des signaux, mais ils restent fragmentaires.
Amazonie et forêts
Belém voulait devenir la « COP des forêts ». Sur ce point, le Brésil marque un coup.
Le fonds « Tropical Forests Forever »
Le président Lula lance officiellement le Tropical Forests Forever Facility, un mécanisme inédit pour rémunérer les pays qui gardent leurs forêts intactes. Quelques chiffres clés :
- 5,5 milliards de dollars de promesses initiales dont 3 milliards promis par la Norvège sur dix ans,
- 1 milliard du Brésil lui-même,
- 1 milliard de l’Indonésie,
- environ 500 millions d’euros de la France, ainsi que des contributions des Pays-Bas et du Portugal.
Objectif final : faire grossir le fonds jusqu’à 125 milliards de dollars, investis sur les marchés, dont les revenus annuels rémunèrent les pays qui limitent la déforestation.Vingt pour cent des flux devraient revenir directement aux peuples autochtones et communautés locales.
Le Congo à l’honneur
En parallèle, la France porte une initiative dédiée au bassin du Congo, deuxième forêt tropicale mondiale, avec 2,5 milliards de dollars annoncés sur cinq ans.
Sur le front des forêts, la COP30 affiche donc une dynamique réelle. Mais là encore, tout dépendra de la mise en œuvre, des critères de suivi, et du respect des droits des peuples autochtones.
Grand absent du texte : la sortie des énergies fossiles
C’est le cœur du problème. Le mot « fossiles » ne figure pas dans la décision Mutirão.
Une coalition ambitieuse… et désarmée
Plus de 80 pays, dont l’Union européenne, de nombreux États latino-américains comme la Colombie, ainsi que des États insulaires très vulnérables, demandaient une feuille de route claire pour sortir du charbon, du pétrole et du gaz. Une trentaine de pays, dont la France et l’Allemagne, ont même menacé de refuser tout texte sans cette feuille de route.
La coalition réclamait :
- un calendrier de sortie globale des fossiles ;
- des engagements renforcés des plus gros producteurs ;
- et des moyens financiers concrets pour aider les pays pauvres à sauter l’étape fossile.
Elle repart avec une simple « initiative volontaire ».
Le blocage des pays pétroliers et émergents
Face à ce front, un bloc de pays pétroliers et de grandes économies émergentes a tenu la ligne rouge. La ministre française de la Transition écologique nomme les principaux freins : Russie, Inde, Arabie saoudite, rejoints par plusieurs pays producteurs du Nord, notamment le Canada, la Norvège ou encore l’Australie. Ces États refusent toute mention explicite d’une sortie programmée des fossiles dans un accord multilatéral. Ils invoquent leur droit au développement, la sécurité énergétique, ou la crainte de nouvelles barrières commerciales « vertes ».
La présidence brésilienne joue les équilibristes. Lula prononce un discours d’ouverture très fort, où il appelle à tourner la page des combustibles fossiles, à inverser la déforestation et à mobiliser des ressources massives pour le Sud. Mais, dans le même temps, son gouvernement autorise de nouvelles campagnes d’exploration pétrolière au large de l’embouchure de l’Amazone, sous la houlette de Petrobras. Cette contradiction nourrit la colère d’une partie de la société civile brésilienne, très mobilisée sur le refus d’un « nouveau cycle pétrogazier » en Amazonie.
Justice climatique, dettes et coquilles vides
Derrière les mots, la bataille centrale porte sur l’argent, comme d’habitude, le nerf de la guerre.
Adaptation et « pertes et dommages » sous-financés
Les pays du Sud demandent depuis des années :
- des financements stables pour l’adaptation ;
- un fonds « pertes et dommages » capable de répondre aux conséquences irréversibles des catastrophes climatiques.
Les besoins se chiffrent à plus de 400 milliards de dollars par an selon plusieurs évaluations. Or le fonds « pertes et dommages », arraché de haute lutte à la COP27, ne dispose pour l’instant que de quelques centaines de millions de dollars. La COP30 ne change pas vraiment cet ordre de grandeur.
Beaucoup de financements restent conditionnés à des projets complexes, filtrés par des banques multilatérales où les pays du Nord gardent une forte influence. Les pays les moins avancés réclament un accès direct et simplifié.
Prêts plutôt que dons, dettes plutôt que solidarité
Une grande partie des flux se présente encore sous forme de prêts. Certains pays du Sud consacrent déjà près de la moitié de leurs recettes publiques au service de la dette. Des ONG rappellent un chiffre choc : en 2020, les pays en développement ont versé environ près de 1 000 milliards de dollars pour leurs intérêts de dette, bien davantage que ce qu’ils reçoivent en financements climatiques.
L’accord Mutirão n’évoque pas de véritables « financements innovants » :
- aucune taxe mondiale sur les superprofits des compagnies fossiles,
- aucune règle claire pour sortir des subventions aux fossiles,
alors que ces subventions pourraient libérer, selon certains rapports, plusieurs milliers de milliards de dollars par an.
Pour beaucoup d’ONG, le texte ressemble donc à une coquille vide : il parle de milliards, sans dire précisément qui paie, combien, quand, et sous quelle forme.
La COP du peuple : l’Amazonie, les luttes et la colère
Pendant que les délégués négocient dans les salles climatisées, Belém vit une autre COP. Des milliers de militants brésiliens et internationaux se retrouvent dans la « COP do povo », le sommet des peuples. Le Centre culturel libertaire d’Amazonie bat au rythme des débats, des projections et même d’un tournoi de football anti-COP30.
Les peuples autochtones restent au cœur de cette mobilisations. Plusieurs centaines de délégués autochtones obtiennent une accréditation officielle, soit trois fois plus que l’an passé, mais leur voix pèse encore trop peu dans les salles de négociation. Une scène marque les esprits : des représentants autochtones forcent les barrières du site officiel, comme un rappel brutal du fossé entre les promesses des États et la réalité des territoires.
Dans les forums de la société civile, les leaders indigènes répètent le même message :
- l’extractivisme tue les forêts, les rivières et leurs peuples ;
- des leaders disparaissent, assassinés ou empoisonnés ;
- le « génocide » des peuples amazoniens continue, loin des caméras.
Ils dénoncent une conférence qui parle de finance verte, mais oublie les incendies, l’extraction minière, les mégaprojets d’infrastructures qui morcellent la forêt.
La COP30 laisse un sentiment paradoxal. D’un côté, le multilatéralisme tient encore. Les pays ne rompent pas le fil de l’Accord de Paris, malgré le retrait américain. Ils promettent des financements supplémentaires pour l’adaptation, créent des outils pour une transition juste, lancent de grands fonds pour les forêts. De l’autre, l’essentiel manque. Le texte ne nomme pas clairement la cause principale du réchauffement : les combustibles fossiles. Il ne trace aucune trajectoire chiffrée de sortie du charbon, du pétrole et du gaz. En tous cas, pour les peuples amazoniens, les petits États insulaires, les pays les moins avancés, la réponse semble claire. L’accord de Belém ne suffit pas.