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La COP30 approche à Belém, pourtant le Brésil autorise des projets de forage en haute mer, loin de la raison qui, pourtant devrait être de mise.
Antonio Guterres a prévenu il y a peu : le dépassement de 1,5°C devient inévitable à court terme. Donc, chaque décision compte. Et celle prise par l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables est totalement injustifiable en 2025.
Même si, d’un point de vue purement économique, forer reste certainement une activité rentable pour de grandes compagnies peu scrupuleuses et peu soucieuses de l’environnement.
Le feu vert de trop
Ibama, l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables, autorise la société Petrobras à forer dans la Marge équatoriale. Cette dernière est une zone maritime du nord du Brésil. Elle s’étend sur environ 2 200 kilomètres de côte, depuis l’État de Rio Grande do Norte jusqu’à la frontière avec la Guyane française. Le site se situe à un peu moins de 200 kilomètres des côtes. Et à quelques centaines de kilomètres de l’embouchure de l’Amazone. Le forage va pouvoir commencer immédiatement. La campagne doit durer cinq mois. Petrobras présente l’opération comme un test d’exploration. Mais chacun comprend l’enjeu.
La zone abrite récifs, mangroves et lamantins. Les communautés riveraines y vivent de la mer. Le moindre accident dévasterait des écosystèmes uniques. Or, 80 % des mangroves brésiliennes se concentrent sur ce littoral amazonien. Une marée noire frapperait en premier ces nurseries du vivant. Et, surtout, ces filets de sécurité climatiques.
De belles histoires, de fausses promesses
A quelques semaines de la COP30, au Brésil, comme dirait l’autre, « ça la fout mal! ». Pour autant, le Président Lula promet de financer la transition avec cette rente. L’argument peut paraitre séduisant. Mais, on se moque du monde, pour une « bonne » raison : le calendrier. Le pétrole met des années à produire. Là, ce sont les forages d’exploration. Avant d’entrer en production, il faudra une bonne quinzaine d’années. Les recettes arriveront donc bien plus tard. Rien que pour le développement du champ pétrolier, il faudra attendre une dizaine d’années.
Or, les risques pour l’environnement s’installent dès aujourd’hui. Et rien ne garantit que l’exploitation aura lieu. Les dégâts, eux, seront faits. La manne financière ne garantit ni justice, ni résilience pour les zones côtières. La dégradation de l’environnement et l’augmentation de la quantité de GES est par contre une certitude.
Antonio Guterres précise aussi que nous pouvons encore arrêter le processus ou le ralentir drastiquement. Mais uniquement avec des coupes rapides, avec un changement total de paradigme. Ce signal exige moins de puits, plus de ruptures et de changements. Et, surtout, des plans crédibles. Or, le Brésil envoie ici le signal inverse. Encore une fois, le monde y lit une dissonance. Encore une fois, la confiance dans la politique et l’économie s’érode.
La crédibilité en jeu à Belém
La Marge équatoriale pourrait receler plusieurs milliards de barils. Les promoteurs brandissent ce chiffre. Mais la vraie richesse tient aux services écosystémiques. Les mangroves protègent les côtes. Elles stockent du carbone et nourrissent des milliers de familles. Donc, choisir les barils de pétrole revient à hypothéquer l’avenir. Alors comment comprendre le message alors que la COP30 va s’ouvrir au cœur de l’Amazonie. Le monde regarde déjà le Brésil. Le pays hôte envoie des messages. Il peut entraîner, ou décevoir. Lula déclarait récemment que la COP30 à Belem sera « un moment pour les dirigeants mondiaux pour démontrer leur engagement envers la planète. ». Celui du Brésil semble discutable à priori.
Autant dire que ce permis de forage brouille sérieusement les lignes. Et qu’il fragilise l’alliance pour sortir des fossiles.
Le Brésil possède un trésor vivant. Donc, il doit le protéger d’abord. Forer en zone de mangroves, c’est nier la science et l’esprit de la COP. Le secteur pétrolier promet de l’argent demain pendant que le climat et le vivant réclament des actes aujourd’hui. Alors, oui, en tant que citoyen, il est temps que nous nous réveillions et que nous portions au pouvoir des personnes dignes et convaincues de la nécessité d’agir, des personnes prêtes à en assumer les conséquences. Mais une question se pose finalement : ces personnes existent-elles vraiment ?