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Rien ne change : il faut toujours consommer plus pour aller mieux alors que tout montre le contraire et pourtant, c’est un choix de société que nous n’arrivons pas à trancher.
« Les Français ont ouvert leur cœur et leur portefeuille. » Le gouvernement se félicite de l’augmentation de la consommation à Noêl. Quand un ministre applaudit la hausse de la consommation, il oublie le climat, la santé, et la souveraineté industrielle. Et il le fait au pire moment.
Des réalités et une facilité de pensée
Derrière ces congratulations, on entend une inquiétude : si la consommation ralentit, certaines recettes et certains équilibres grincent. C’est précisément là que le discours devait basculer : vers une réforme des aides, plus ciblée, plus juste, moins “dopée” à l’achat. On peut aider mieux sans pousser tout le monde à acheter plus. Par exemple, on protège les ménages fragiles, et on réduit les cadeaux fiscaux indistincts. Car, là où le ministre a raison, c’est que notre système social dépend en grande partie de cette consommation. Pour maintenir le système économique et social actuel, il a raison, il ne faut rien changer. Juste moins dépenser en aides sociales, et faire augmenter la consommation des ménages. C’est pourtant bien ce système qu’il faut changer car, pour le soutenir, nous devons consommer toujours plus, quitte à importer des produits inutiles, destructeurs d’emplois chez nous, voire dangereux.
Et puis, plus qu’une facilité de pensée, ce genre de discours facile est proche de la lâcheté et du mensonge. Car ce qu’on ne dit pas aux citoyens pour qu’ils continuent à maintenir le système à bout de bras, c’est qu’effectivement, il va falloir payer plus pour réparer les erreurs du passé et maintenir l’espoir d’un monde désirable ou au minimum viable. Quand de rares politiques s’osent à ce discours, on parle d’écologie politique alors qu’ils ne disent que la vérité. L’avenir sera fait de réparations, de compensations, d’adaptations qui ont un coût et ce sera bien aux citoyens de payer, quoi qu’ils en disent ou ne disent pas par pure logique financière et électorale.
Polluer et détruire toujours plus
En effet, récemment, le même ministre a décrit un autre décor, beaucoup moins festif. À Roissy, lors d’un contrôle lié à Shein, l’État observe 200 000 colis. Le résultat est édifiant : huit articles sur dix non conformes – source info.gouv.fr. Et la DGCCRF alerte sur les jouets des marketplaces : 90 % non conformes, et plus de 60 % dangereux. Donc, d’un côté, on célèbre la fièvre d’achat. De l’autre, on reconnaît un marché saturé de produits douteux. Or, on le sait bien, la plupart des biens consommés viennent de l’étranger, notamment à Noël, puisque 95 % des jouets sont importés d’Asie. Bravo la consommation! Enfin, rappelons au passage que les intermédiaires et distributeurs (tiens tiens …) s’en mettent plein les poches.
Même chose, dans l’alimentaire, rappelons que plus de la moitié de ce que nous consommons est importé. Concernant les escargots, consommés en masse à Noël, ce sont près de 95 % d’importations. Le chocolat (100 % pour des raisons de dépendance structurelle logique), les produits de la mer ( plus de 70 %) viennent aussi de l’étranger. Avec les pollutions inhérentes … Alors, nous faire croire que consommer en période de fête est totalement bénéfique et souhaitable est inexacte. Sauf, encore une fois pour les distributeurs qui vivent sur la bête.
Et, au moment où les agriculteurs redoutent à juste titre d’être ensevelis sous les importations bas de gamme avec l’adoption du Mercosur, adouber la consommation n’est pas bien venu. Avec une France sous industrialisée, avec un climat qui se dérègle et la biodiversité qui s’effondre sous la pression humaine, ce genre de discours est aussi révélateur du statu-quo actuel. Au moment où tous les scientifiques exigent un changement rapide, notamment dans nos modes de consommation, le gouvernement dit : « Continuons ainsi, tout va bien, nous sommes sur la bonne voie. »
Cela dit, rien d’étonnant quand on connait le parcours de nos ministres, que de constater qu’ils sont incapables d’envisager un modèle différent. Celui d’un monde plus résilient qui, forcément, changerait les équilibres. Equilibres qui pour le moment nourrissent leurs intérêts aux dépens des autres et de la planète.
Réindustrialiser : produire, réparer, contrôler … ici
Ce ministre vient en effet de la grande distribution. Donc, il connaît la mécanique : centrales d’achat, volumes, pression sur les prix. Justement : cette culture du “moins cher, plus vite” colle très mal avec un monde de limites. Si l’État veut une économie forte, il doit préférer la fabrication locale, la réparation, et la qualité. Ensuite, il doit faire payer la non-conformité, surtout aux plateformes. Sinon, on finance notre propre déclassement. Avec à la clé : des emplois supprimés, du savoir-faire dissous, des dépendances renforcées, et une sécurité des produits réduite.
Quanrante ans que nos dirigeants choisissent les intérêts particuliers en négligeant les conséquences dramatiques sur les plus faibles et sur la biodiversité. Continuons …
Quand un gouvernement se réjouit d’une hausse de consommation à Noël, il signe un aveu : l’écologie, on s’en fout. Or le même État constate des flots de produits non conformes et dangereux. Rappelons aussi que de nombreuses études démontrent que l’inaction coûtera bien plus cher que l’action immédiate. Donc en plus de ne pas prendre en compte l’écologie, ils font de mauvais comptes au niveau économique (il suffit de mesurer le désastre du déficite budgétaire français pour en être convaincu). Toujours les mêmes, avec les mêmes solutions inefficaces ou délétères. Toujours ceux qui ont tracé le chemin vers les abimes et qui sont en train de terminer le travail. Désolant.