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Modifier le climat en jouant aux apprentis sorciers pour tenter de sauver la Terre est une idée qui fait peur mais, pourtant, la géo-ingénierie revient au cœur des débats internationaux.
Promue par certains comme un ultime recours, elle inquiète tout autant. Que se cache-t-il derrière ce terme à la fois vague et vertigineux ? Une série de technologies conçues pour refroidir la planète, maîtriser les précipitations ou capturer le CO₂. Sur le papier, les promesses sont immenses. Dans les faits, les risques aussi.
Géo-ingéniérie, ça veut dire quoi ?
La géoingénierie désigne l’ensemble des techniques cherchant à modifier, à grande échelle, certains paramètres du système Terre.
Elle vise notamment à contrer les effets du dérèglement climatique d’origine humaine. Soit en réduisant la concentration de CO₂ dans l’atmosphère, soit en limitant l’énergie solaire reçue par la planète.
Modifier la météo, contrôler la pluie
La technique la plus connue et répandue : l’ensemencement des nuages. On y injecte de l’iodure d’argent ou du sel pour provoquer des pluies à la demande. La Chine y a recours depuis des années. En août 2022, la Chine a eu recours à ces technologies pour provoquer artificiellement des précipitations sur le bassin du Yangtsé, alors frappé par une sécheresse sans précédent.
Les États-Unis l’ont déjà utilisée durant la guerre du Vietnam à la fin des années soixante, notamment pendant l’opération « Popeye » pour détremper les routes ennemies. Dans les États agricoles comme le Texas, le Colorado, ou la Californie, on utilise ces technologies pour augmenter les précipitations ou réduire la grêle. L’Inde a lancé plusieurs campagnes régionales pour provoquer la pluie lors de moussons défaillantes. Même certains agriculteurs français y auraient fait appel.
Mais cette technique reste limitée à l’échelle locale. Elle ne suffit pas face à un réchauffement planétaire. Elle pourrait même, dans ce cas, être dangereuse et contre-productive.
Refroidir la Terre avec des aérosols
Autre voie plus radicale : la géo-ingénierie solaire. L’idée ? Réduire l’ensoleillement reçu par la Terre. Comment y parvenir ? En diffusant dans la stratosphère des aérosols réfléchissants, comme le dioxyde de soufre. Le modèle s’inspire des volcans : après des éruptions majeurs, la planète se refroidit de quelques dixièmes de degrés sur une période pouvant aller de quelques mois à plus d’un an. Ce n’est pas pour l’éternité.
Mais ces essais restent isolés. Le climat, lui, ignore les frontières. Une telle action à grande échelle pourrait provoquer des perturbations régionales, voire des tensions géopolitiques. Qui serait responsable d’un ouragan soudain ou d’une sécheresse inhabituelle ? De nombreux scientifiques et politiques demandent une réglementation mondiale.
Dans une lettre ouverte, plus de 500 scientifiques, dont Jean Jouzel, ont récemment plaidé pour un accord international de non-utilisation, dénonçant une fuite en avant technologique risquée, potentiellement inéquitable, et surtout dissuasive pour les efforts de décarbonation.
Car au fond, jouer les apprentis sorciers atmosphériques, c’est peut-être retarder l’action plus que sauver le climat.
Capturer le carbone pour ralentir la course
Autre piste : retirer le CO₂ déjà présent dans l’atmosphère. Quelques milliards de tonnes sont captées chaque année, notamment par la reforestation ou la capture directe dans l’air. C’est bien, mais l’humanité en émet bien plus et il faudrait multiplier par 20, 30 les capacités actuelles. Le compte n’y est pas. Et est-ce souhaitable d’ailleurs car ces teschnologie sont énergivores.
D’autres technologies visent à stimuler le vivant. Nourrir le phytoplancton avec du fer, pour qu’il absorbe davantage de carbone est en phase de test. Ou encore modifier génétiquement des cultures comme le riz pour accroître leur photosynthèse. Autant d’idées qui n’inquiéteraient pas si elles étaient issues d’un livre de science-fiction … Mais non, c’est dans la « vraie » vie.
L’illusion d’un bouclier technologique
Certains chercheurs vont plus loin : ils imaginent un bouclier solaire spatial (Japon / U.E.), ou des surfaces réfléchissantes sur les toits des villes pour augmenter l’albédo. D’autres testent l’éclaircissement des nuages (Californie / Australie)en diffusant des embruns marins.
Toutes ces idées partent d’un constat simple : nous manquons de temps. Mais les risques sont nombreux. Aucune expérience n’a encore été menée à grande échelle. Et les modèles climatiques, bien qu’efficaces, ne peuvent anticiper tous les effets secondaires.
Gouverner le climat, un défi mondial
La géo-ingénierie est déjà en marche, malheureusement sans doute. Pourtant, elle évolue dans un flou juridique. Aucune instance internationale ne la régule véritablement. Chacun peut tester des technologies sur son territoire, sans consultation des voisins. Un moratoire a été demandé en mars 2024 par plusieurs pays africains lors de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement.
Le danger, c’est que ces technologies tombent entre les mains d’acteurs privés ou d’États puissants. Sans gouvernance mondiale, impossible de prévenir les conflits ou d’anticiper les déséquilibres régionaux. Certains pays pourraient y gagner en sécurité. D’autres y perdraient leur autonomie alimentaire ou hydrique.
La géo-ingénierie fascine autant qu’elle inquiète. Elle propose des solutions rapides, mais souvent incomplètes, risquées et incertaines. Et surtout, elle ne remplace pas la réduction des émissions, ni une transition vers des modes de vie plus sobres. Parier sur ces technologies sans gouvernance mondiale revient à jouer aux dés avec le climat. Les scientifiques appellent à la prudence. Une géo-ingénierie incontrôlée pourrait bien aggraver les crises qu’elle prétend résoudre.