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Les coraux sont aujourd’hui à la limite de leur résistance à cause du réchauffement climatique excessif et continue qui frappe les océans.
Une étude publiée dans Nature Communications par l’Université du Queensland et ses partenaires est sans ambiguïté. La fenêtre de persistance des récifs coralliens se referme rapidement sous l’effet du réchauffement climatique.
Leur avenir dépend désormais d’un seuil maintenant défini, au delà duquel le déclin sera rapide, dramatique et total. Maintenir le réchauffement mondial sous les 2 °C d’ici la fin du siècle est un impératif.
Un modèle sans précédent
Plus de 3 800 récifs de la Grande Barrière de corail sont pris en compte dans cette étude. Cette dernière modélise la dynamique écologique et évolutive de ces récifs. Ils ont simulé la croissance, la reproduction et la mortalité des colonies. Ils ont intégré les effets combinés :
- des vagues de chaleur,
- des cyclones,
- des attaques d’étoiles de mer dévoreuses de coraux.
Le couvert corallien chuterait dans ce cas de plus de 50 % d’ici 2040. Et ceci, quel que soit le scénario d’émissions.
La trajectoire actuelle vers +2,7 °C en 2100 devient inévitable. Dans ce cas, il ne restera moins de 10 % de corail sur les récifs. En dessous de la barre des +2 °C, les récifs pourront se rétablir à partir de 2050.
Une adaptation réelle mais insuffisante
Les coraux peuvent développer une tolérance à la chaleur. Elle est alors transmise d’une génération à l’autre. Cette adaptation n’est pour autant pas suffisante. En dessous de 2 °C, les espèces à croissance rapide peuvent cependant encore s’adapter. Au-delà, leur reproduction et leur diversité s’effondrent. On a un point de bascule évolutif : la sélection naturelle ne compense plus la fréquence croissante des épisodes de blanchissement.
Refuges thermiques et dispersion larvaire : les dernières chances
Certains récifs situés dans des zones plus fraîches. Elles leur offrent encore un répit. On les trouve dans le nord et le sud de la Grande Barrière. Là où des remontées d’eaux profondes rafraîchissent la surface. Ces zones abritent une plus grande diversité génétique et pourraient servir de banques de semences naturelles pour repeupler d’autres zones. Cependant, ces refuges disparaissent progressivement sous l’effet du réchauffement. Même les zones riches en larves capables de recoloniser d’autres récifs, voient leur efficacité chuter lorsque la température grimpe trop vite.
Un déclin global malgré des poches d’espoir
Les projections indiquent qu’à +3 °C, plus de la moitié des récifs atteindront un seuil mortel pour la plupart des coraux. Plus de la moitié des récifs tomberont sous le seuil critique. C’est alors moins de 5 % de couverture vivante avant 2100. Cela dit, si les émissions sont réduites avant 2050, les récifs les plus résilients serviront alors de points d’appui pour la restauration écologique. Ceux-ci se trouvent dans les zones refuges. Cependant, pour que cela reste possible, il faut agir, maintenant.
Sans réduction massive des émissions de gaz à effet de serre, ces récifs seront presque entièrement détruits, c’est une certitude. Or, ils sont piliers de la biodiversité marine. En effet, ces récifs soutiennent un quart de la vie marine mondiale. Ils protègent les côtes et font vivre plus de 500 millions de personnes. Protéger ces écosystèmes, c’est aussi préserver des moyens de subsistance. Enfin, ce sont des barrières naturelles contre les tempêtes tropicales. Tempêtes qui sont de plus en plus intenses.
La Grande Barrière de corail souffre. Sa survie dépend alors de choix collectifs, de choix politiques. Entre un monde à +1,8 °C et un monde à + 2,7 °C, la différence est réelle. Des récifs vivants et stabilisés d’un côté. Un cimetière de coraux de l’autre. La fenêtre se referme vite. Mais elle n’est pas encore totalement fermée … à condition d’agir dès maintenant, à l’échelle mondiale.