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Réussir à placer la France sur la voie d’une mobilité sans carbone est indispensable.
Le transport demeure le premier émetteur de gaz à effet de serre. Environ un tiers des émissions nationales. Seul secteur dont les émissions ont augmenté en continu. Pourtant, les progrès industriels et énergétiques sont réels. L’Institut Montaigne a fait, en 2021, des propositions pour aller vers le zéro carbone dans le transport routier. Il en ressort que, sans une décarbonation rapide et inclusive, la France manquera ses engagements de l’Accord de Paris. Mais aussi ceux du paquet européen Fit for 55.
Il faudrait, dans ce cas, réduire de 80 % les émissions actuelles. En gros, quatre fois plus vite qu’entre 1990 et 2020. Un défi colossal … D’autant qu’en France, près de 75 % des actifs utilisent leur voiture personnelle pour aller travailler.
12 propositions pour changer la route du quotidien
Les experts du rapport ont bâti 12 propositions concrètes, réparties en cinq grands axes, capables d’éviter jusqu’à 25 millions de tonnes de CO₂e d’ici 2030.
Transformer la logistique urbaine
Avec l’essor du commerce en ligne, les livraisons explosent. Les auteurs proposent d’harmoniser la logistique du dernier kilomètre, de créer des casiers de dépôt mutualisés et d’instaurer un éco-score indiquant les émissions de chaque mode de livraison. Un simple indicateur, mais un puissant levier : entre 1 et 2 Mt CO₂e pourraient être évitées rien qu’en informant mieux les consommateurs.
Mieux partager l’espace public
Aujourd’hui, la voiture monopolise routes et parkings. Le rapport suggère de réserver des voies au covoiturage et aux vélos, de diffuser un guide national d’aménagements cyclables et de développer des pôles d’échanges multimodaux reliant bus, voitures et trains. Bilan potentiel : jusqu’à 12 Mt CO₂e évitées.
Impliquer les entreprises
Le monde du travail peut être moteur :
- un forfait mobilité unique et numérique pour encourager les déplacements durables,
- des plans de mobilité inter-entreprises dans les zones d’activité,
- la promotion du covoiturage subventionné.
Jusqu’à 2 Mt CO₂e pourraient disparaître grâce à ces leviers combinés.
Soutenir les autorités organisatrices des mobilités
Les régions, métropoles, intercommunalités ont vu leur rôle renforcé par la Loi d’Orientation des Mobilités. Le rapport les invite à recourir à des expertises d’ingénierie pour piloter des projets innovants : open data, mobilités douces, mutualisation des trajets.
Accélérer la voiture électrique
Enfin, l’Institut Montaigne cible les zones blanches de recharge : parkings collectifs, autoroutes et parkings souterrains. Leur électrification permettrait d’économiser jusqu’à 3 Mt CO₂e et d’accompagner la fin des ventes de voitures thermiques prévue pour 2035.
Des solutions à la carte selon les territoires
La France des mobilités est multiple. Le rapport distingue quatre territoires-types :
- la métropole,
- la banlieue,
- la ville moyenne,
- la zone rurale.
Chaque espace a ses leviers, illustrés par des familles fictives : les Bouvier, Favre, Lopez et Martin.
Métroville : l’hypercentre qui pédale
Les Bouvier vivent au cœur d’une grande ville. Ils ont troqué leurs livraisons à domicile contre des casiers de dépôt et un vélo partagé financé par leur forfait mobilité. Leur immeuble s’équipe de bornes électriques, signe d’une transition urbaine en marche.
Métaville : la banlieue du partage
Chez les Favre, le covoiturage, les pistes cyclables sécurisées et l’éco-score ont transformé les habitudes. L’électrification des parkings d’immeubles rend enfin crédible le passage au véhicule électrique.
Liminoville : la ville moyenne multimodale
Les Lopez profitent désormais d’une plateforme d’échanges sur autoroute : bus express, covoiturage et station-service électrifiée. Leurs trajets domicile-travail sont plus stables, moins stressants, et surtout moins carbonés.
Villageville : le rural connecté
Les Martin vivent à la campagne : le covoiturage, les points-relais et les bornes domestiques leur offrent de nouvelles marges de manœuvre. Leur petit-fils évite les allers-retours grâce à des livraisons mutualisées, tandis qu’eux envisagent de remplacer une voiture thermique par une électrique.
Le transport routier, un levier majeur
Le transport routier concentre 94 % des émissions du secteur. Dont la moitié provient des voitures particulières. On mesure régulièrement des baisses de l’ordre du pourcent. C’est très loin des – 7 % nécessaires chaque année pour respecter la SNBC.
Des pistes d’action :
- électrifier rapidement le parc,
- optimiser les flux logistiques,
- favoriser les modes actifs,
- internaliser les coûts externes (pollution, bruit, congestion).
Mais au-delà des technologies, l’Institut Montaigne plaide pour une approche comportementale. Il est nécessaire de changer les usages, les normes et les imaginaires de mobilité.
Les contraintes climatiques et les fractures sociales sont donc nombreuse. Mais la France doit choisir une trajectoire juste et pragmatique. Le rapport rappelle une évidence : on ne décarbonera pas sans les citoyens. Les leviers existent. Partage, vélo, covoiturage, logistique repensée, infrastructures électriques sont au centre du dispositif. Tout se joue au niveau des territoires qui doivent être accompagnés. Alors, la mobilité de demain pourra enfin rimer avec climat, santé et équité.