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Les Etats-Unis viennent de faire échouer un accord mondial crucial sur le transport maritime.
L’Organisation maritime internationale – OMI avait réuni 176 États à Londres. Le but était d’adopter un accord historique dont l’objectif était de réduire les émissions du transport maritime. Ces dernières sont responsables de près de 3 % des émissions mondiales de CO₂. Mais après une semaine de négociations houleuses, le projet a été repoussé. Rebelote l’année prochaine. A nouveau, c’est Washington qui a tout fait pour torpiller le texte. Quitte à menacer ses « partenaires ».
Un secteur clé
Le plan en discussion visait à instaurer une tarification mondiale du carbone. Les navires de plus de 5 000 tonnes étaient concernés. Les armateurs auraient alors dû payer une taxe. Uniquement au-delà d’un certain seuil d’émissions ! Mais faire des efforts de sobriété coûte à ces grandes multinationales. Alors elles sortent leur véto américain. Ces sommes auraient pourtant alimenté un fonds destiné à soutenir les pays vulnérables. Elles auraient aussi récompensé les navires les plus propres.
Cet accord aurait marqué un tournant. Le secteur maritime émet chaque année près d’un milliard de tonnes de CO₂. C’est autant que le Japon ou un tiers des émissions de l’Union Européenne. Donc loin d’être négligeable. Pourtant, il restait sans contrainte réelle jusqu’à présent. Les États-Unis, alliés à l’Arabie saoudite, la Russie et d’autres pays producteurs de pétrole, ont pourtant tout fait pour retarder le vote. Sous couvert de “protéger les consommateurs”, Washington a rejeté le principe de cette taxe mondiale sur le transport maritime.
Des “méthodes” américaines dénoncées
Les négociations, menées à Londres, ont rapidement viré à la confrontation. Des diplomates ont rapporté des menaces explicites de sanctions, de restrictions de visas pour les équipages et même de pénalités commerciales contre les pays favorables au texte. Le Brésil a dénoncé en séance plénière les “méthodes” américaines, tandis que plusieurs délégations ont parlé d’un “chantage diplomatique”. Face à cette pression, 57 États ont voté pour le report, contre 49. Un écart mince, mais suffisant pour que l’accord tombe à l’eau.
De retour à la Maison-Blanche, le Président américain a revendiqué une victoire majeure contre « l’arnaque verte mondiale”. Sur son réseau, il a dénoncé un plan qui aurait eu pour conséquences d’augmenter les prix pour les consommateurs américains. Une des conséquences principales va surtout de décaler l’amorce de la réduction des émissions dès 2028 comme initialement prévue. Avec comme objectif d’atteindre une décarbonation totale en 2050. Retour l’année prochaine pour de nouvelles négociations.
À Bruxelles, la déception est palpable. La Commission européenne a jugé ce report “regrettable”, promettant de reprendre les discussions dès que possible.
Une occasion historique manquée
L’ONU ne proposait pas l’ébauche d’un « rêve écologique » mais bien une base équilibrée de négociations. Les associations maritimes soutenaient majoritairement le projet, espérant une réglementation claire et mondiale pour orienter leurs investissements vers des technologies moins polluantes : voiles modernes, hydrogène, méthanol vert. Mais la décision américaine a tout suspendu. Les États insulaires du Pacifique ont, à juste titre, exprimé leur désarroi.
Les États-Unis ont donc sabordé, une fois de plus, une possibilité d’avancer dans la lutte contre le dérèglement climatique. Ils ont refusé d’assumer leur part de responsabilité. Le transport maritime reste toujours un angle mort de la lutte contre le dérèglement climatique. Pourtant, il transporte 90 % des échanges mondiaux. Surtout que le volume de marchandises pourrait croître de 35 % d’ici à 2050. C’est vraiment affligeant de constater ce consumérisme poussé à son paroxisme, au mépris des risques et des alertes scientifiques.