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La pêche française progresse vers une exploitation plus durable mais son avenir est loin d’être assuré malgré des stocks en amélioration.
Cependant, les signaux biologiques restent fragiles. Le rapport Ifremer 2025 dresse un état précis des stocks halieutiques débarqués en 2023.
Il montre des progrès réels, mais aussi des limites structurelles inquiétantes.
Des volumes en baisse et une pression mieux maîtrisée
En 2023, ce sont 323 000 tonnes débarquées. Soit une baisse de 7 % en un an. C’est surtout très loin des 400 000 tonnes annuelles observées entre 2010 et 2018. Cependant, 58 % des volumes proviennent désormais de stocks non surpêchés. Contre 52 % en 2022. La pression de pêche recule donc, mais lentement.
Le rendement maximal durable progresse, puis stagne
Depuis 2008, la part des stocks exploités au rendement maximal durable – RMD a fortement augmenté. Toutefois, la progression s’arrête depuis 2017. En 2023, 46 % des volumes proviennent de stocks en bon état biologique. 12 % supplémentaires concernent des stocks reconstituables. Ensemble, ces catégories traduisent une amélioration réelle, mais fragile…
La surpêche recule, mais ne disparaît pas
Malgré les efforts, 19 % des débarquements restent issus de stocks surpêchés. Les stocks effondrés ne représentent plus que 2 % des volumes, contre 9 % l’an passé. Toutefois, en nombre, ils restent nombreux et biologiquement critiques.
Recrutement : le talon d’Achille des pêcheries
Le rapport introduit un indicateur clé : le renouvellement des générations. En 2023, 31 % des volumes proviennent de stocks dont le recrutement baisse. À l’inverse, seulement 20 % concernent des stocks à recrutement en hausse. Cette tendance annonce une baisse future de biomasse, même pour des stocks aujourd’hui en bon état.
Des disparités géographiques marquées
Les façades maritimes n’évoluent pas au même rythme. La Manche et la mer du Nord affichent de bons résultats globaux, malgré des recrutements en forte baisse. Le golfe de Gascogne montre une situation contrastée, notamment pour la sardine. La Méditerranée reste la zone la plus fragile, avec peu de stocks évalués et de fortes pressions cumulées.
Encore trop d’angles morts
Sur plus de 330 espèces débarquées, seules 169 populations font l’objet d’une évaluation scientifique. Près de 20 % des volumes proviennent toujours de stocks non évalués. Cela limite la capacité à piloter durablement la pêche française.
La pêche française exploite mieux ses ressources qu’il y a vingt ans. Les politiques de gestion ont porté leurs fruits. Cependant, le ralentissement des progrès, la baisse du recrutement et les effets du dérèglement climatique fragilisent cet équilibre. Sans réduction durable de la pression et sans restauration des écosystèmes, la durabilité restera partielle et instable.