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La fast-fashion est responsable d’un désastre social et environnemental sans précédent et en plein essor. Désastre notamment lié à la baisse de qualité des vêtements achetés sur des sites à bas coûts.
En effet, tous les jours, des tonnes de vêtements usagés se retrouvent sur les plages du Ghana ou du Bangladesh. Une mer de textile, made in Occident. Les jeans usés et les t-shirts bon marché y finissent leur course. Ils étouffent au passage les lagunes, empoisonnent les sols et rendent malades ceux qui vivent à leur contact.
Mais ces habits n’ont pas toujours été des déchets. Ils ont été portés en France, à Londres ou à New-York. Derrière chaque couture : une industrie mondiale polluante, rapide, insatiable. Bienvenue dans les coulisses noires de la fast fashion.
Fast fashion : un modèle toxique
L’industrie de la mode jetable est effectivement l’une des plus polluantes du monde. On estime qu’elle est responsable d’environ 5 à 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En 2030, on devrait atteindre près de 3 milliards de tonnes de CO₂ émises chaque année.
Les marques produisent toujours plus, toujours plus vite. Un vêtement est porté en moyenne 7 fois seulement avant d’être jeté. Les collections se succèdent toutes les semaines, à des prix dérisoires. Conséquence : plus de 100 milliards de vêtements vendus chaque année. Depuis 15 ans, les consommateurs achètent 40 % de vêtements en plus. En parallèle, ils les gardent deux fois moins longtemps. En Europe, ce sont de 4 à 5 millions de tonnes de vêtements qui finissent à la poubelle chaque année. Mais où finissent ces habits ? Très souvent… en Afrique de l’Ouest, en Asie.
Des matières premières polluantes et énergivores
La production textile commence dès l’extraction des matières premières.
- Polyester : il est issu du pétrole qui représente 70 % des fibres produites, responsable du rejet de centaines de milliers de tonnes de microplastiques dans la nature.
- Coton conventionnel : il est très gourmant en intrants chimique. Environ 8 millions de tonnes d’engrais et 200 000 tonnes de pesticides par an. Et des quantités d’eau vertigineuses.
- Laine, cuir, soie, fourrure : l’exploitation animale s’ajoute à l’impact environnemental. La souffrance n’est pas qu’humaine dans cette industrie.
La transformation des textiles pollue l’eau. Teintures et traitements chimiques sont responsables d’au moins un cinquième de la pollution des eaux dans le monde. Ces eaux usées, bien souvent non traitées, finissent alors directement dans les rivières ou les océans.
Et même une fois à la maison, le textile continue de polluer : une lessive libère jusqu’à 700 000 microfibres plastiques. Et nos machines à laver consomment 12 % de l’eau utilisée dans les foyers français.
Le transport ne représente « que » 3 % des émissions du secteur textile. Mais attention : les vêtements transportés par avion polluent bien plus que ceux par bateau. Certaines grandes marques de fast-fashion, pressées d’arriver en magasin, préfèrent l’avion. Le climat en paie le prix fort.
Le Ghana, poubelle textile du monde
Dans le monde, ce sont environ 75 millions de personnes qui travaillent pour l’industrie textile. Dans les pays à bas coûts, le droit du travail est souvent bafoué et les conditions sociales dramatiques. Les ouvrières touchent quelques centimes par t-shirt produit. Des dizaines de millions de femmes vivent dans cette précarité, souvent dans des ateliers clandestins. Des dizaines de millions d’enfants dans le monde réalisent des travaux pénibles et dangereux dès l’âge de 6 ans.
Chaque mois, des tonnes de vêtements usagés arrivent par bateau dans le port d’Accra, la capitale du Ghana. Des fripes, données à des associations en Europe ou en Amérique, deviennent ici un commerce florissant… et une catastrophe écologique. Mais plus de 70 tonnes de vêtements finissent à la décharge chaque jour. Des montagnes de textile forment des dunes jusqu’à 20 mètres de haut, coincées dans le sable et les rivières. Beaucoup sont composées de polyester, une matière qui libère des microfibres plastiques en se dégradant.
Une responsabilité partagée
Les études confirment que mes microfibres retrouvées au Ghana ou au Bangladesh viennent bien des vêtements occidentaux. Leur diagnostic est clair : les déchets textiles finissent par revenir à l’envoyeur. Dans nos eaux, dans l’air, dans notre chaîne alimentaire. Ce que nous jetons là-bas nous reviendra ici.
Pour réduire les coûts, les marques produisent à grande échelle. Mais les invendus s’accumulent. Les entrepôts débordent. Résultat : l’incinération devient une pratique courante. Une absurdité économique et écologique. La destruction des stocks pèse lourd, autant sur le climat que sur la conscience collective.
Des alternatives, mais pas de miracle
On ne peut pas recycler la fast fashion car l’industrie produit trop vite. Aucune technologie ne peut absorber une telle quantité de vêtements. De plus, pour produire vite et pas cher, on fabrique des vêtements de piètre qualité qui ne peuvent être facilement recyclés. Ceux-ci finissent à la poubelle et à la fin par être incénéré faute de « mieux ». Un non-sens.
Face à ce modèle destructeur, des solutions émergent. Oxfam milite pour une mode durable. Ses « charity shops« promeuvent la seconde main depuis plus de 10 ans en France. L’objectif est d’encourager un mode de consommation raisonné et de récolter des fonds pour des actions solidaires. L’initiative #SecondHandSeptember propose un mois sans achat neuf. Un défi pour la planète. Une victoire pour l’humanité.
Sur place, des ateliers transforment les vieux tissus en objets utiles : serviettes, accessoires, sacs. Mais cela ne suffit pas.
La fast fashion n’est pas un problème lointain. Elle se voit dans les eaux contaminés par les microplastiques et se respire dans l’air empoisonné. Elle se lit sur les visages de ceux qui tombent malades. Acheter un t-shirt à 5 € a un coût invisible, mais bien réel. Il est temps de repenser notre consommation, d’exiger des marques qu’elles ralentissent, par respect pour les humains et la planète. Sinon, un jour, la mer de vêtements qui submerge le Ghana ou le Bangladesh atteindra nos rivages.