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Aspergillus est un champignon en pleine expansion qui pourrait bien devenir une réelle menace pour la santé humaine et la productivité agricole.
Une étude de l’Université de Manchester révèle une expansion alarmante des espèces d’Aspergillus sous l’effet du réchauffement climatique.
Ces moisissures microscopiques sont présentes dans l’air. Elles pourraient devenir l’un des grands défis sanitaires du vingt et unième siècle. Et la montée des températures planétaires joue contre nous.
Des spores omniprésentes
Chaque jour, nous inhalons des centaines de spores fongiques sans le savoir. Chez la plupart d’entre nous, le système immunitaire les élimine sans difficulté. Mais ces spores sont parfois mortelles. Les asthmatiques, greffés ou immunodéprimés sont les plus touchés … Aspergillus fumigatus ou Aspergillus flavus provoquent l’aspergillose. Avec plusieurs centaines de milliers de décès chaque année dans le monde. Le taux de mortalité est élevé. Plus que les 20 à 40 % de mortalité, ce qui inquiète, c’est la résistance aux traitements. Quatre antifongiques seulement restent efficaces, et certains champignons développent déjà une tolérance à la chaleur et aux molécules agricoles voisines des médicaments humains.
Le climat, carburant des champignons
La hausse de la température moyenne mondiale favorise l’expansion des zones propices à ces champignons. A. fumigatus est adapté aux climats tempérés. Il pourrait voir son aire de répartition s’étendre de 77 % d’ici 2100. Jusqu’à atteindre les régions proches de l’Arctique. À l’inverse, A. flavus, plus tropical, gagnerait 16 % de territoire supplémentaire. Il pourrait atteindre le sud de la Russie, la Chine du Nord et même l’Europe centrale.
Ces champignons ne se contentent pas de voyager. Ils apprennent à résister à la chaleur. Plus la planète se réchauffe, plus ces organismes s’habituent à survivre. Notamment à une température proche de celle du corps humain.
Des conséquences multiples
La présence environnementale d’Aspergillus est directement responsable des cas cliniques d’aspergillose. Les champignons prospèrent dans le sol et les infections humaines explosent alors. Mais la menace ne s’arrête pas aux hôpitaux. A. flavus et A. niger contaminent aussi les cultures de maïs, de riz et de soja. Ils produisent alors des mycotoxines cancérigènes. Les pertes économiques se comptent en milliards de dollars chaque année.
Le scénario climatique le plus sévère – SSP585, prévoit que les zones agricoles exposées à A. flavus sur le maïs voient leur surface divisée par trois d’ici 2090. Déplaçant ainsi le risque vers l’hémisphère Nord. L’Europe et l’Asie, moins touchées aujourd’hui, deviendraient demain des zones sensibles.
Un risque sanitaire mondial et sous-estimé
Actuellement, près de 2 milliards d’humains vivent dans des zones adaptées à A. fumigatus. Ce chiffre pourrait chuter à 1,1 milliard en 2100, mais pas parce que le danger disparaît : il se déplace. L’étude montre que l’Europe, la Scandinavie et même l’Australie deviendront plus exposées. L’Australie pourrait voir sa population vivant en zone propice à A. flavus tripler d’ici la fin du siècle. Ces déplacements géographiques annoncent de nouveaux foyers d’infection dans des régions aujourd’hui peu préparées. D’autant que les événements extrêmes facilitent la dispersion des spores sur de longues distances. Ainsi, une tornade dans le Missouri avait déclenché une épidémie locale d’infection fongique.
Une course contre la montre
Les experts alertent sur le manque de moyens. Les moyens de diagnostiques, de traitements et de surveillance sont insuffisants. Les champignons pathogènes, longtemps ignorés, impactent largement la santé planétaire. Etant donné la létalité de ces infections, les moyens doivent être engagés d’urgence. Pour développer la recherche et les moyens de lutte. La solution passe à nouveau par une approche One Health. Une approche reliant santé humaine, animale et végétale. Car la même espèce de champignon peut tuer une plante, un oiseau ou un homme.
Le réchauffement climatique ne réveille pas seulement les ouragans ou les moustiques : il éveille aussi des tueurs microscopiques. Invisibles, mais capables de coloniser les poumons, les champs et les continents. En s’adaptant à la chaleur, les champignons du genre Aspergillus redessinent la carte mondiale des maladies.