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Beaucoup se réjouissent à l’idée d’augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs pour alimenter le système qui nous a amené dans le mur.
Les politiques célèbrent même cette idée. Quant aux industriels, ils l’acclament. Toujours avec le même souci : encourager la consommation afin de pouvoir alimenter le système économique et social. Pourtant, cette hausse interroge, car elle ressemble de plus en plus à un piège. Et ce piège étouffe parfois la vie des consommateurs, les artisans et même la démocratie intérieure. Alors oui, la question dérange. Mais elle devient urgente.
Augmenter pour acheter quoi ?
Les discours officiels vantent une hausse moyenne du pouvoir d’achat de 1,5 % par ménage en 2024. Pourtant, cette hausse profite surtout aux ménages déjà confortables. Et pour quoi faire ? Acheter quoi ? Des produits dangereux parfois remplis de substances toxiques. La DGCCRF rappellait en 2024 que 30 % des jouets importés contiennent des composés interdits ou sont défectueux en Europe. L’UFC QUE CHOISIR a testé les produits importés depuis les plateformes, chinoises notamment. Les résultats sont édifiants : chargeurs, jouets, bijoux ne répondent pas aux normes européennes. A quoi bon gagner en pouvoir d’achat si c’est pour aller acheter ces produits dangereux, faisant bien souvent travailler des personnes dans des conditions inacceptables ?
A quoi bon acheter des objets mal finis venus de pays qui ignorent les normes sociales, éthiques ou sanitaires. Ces achats détruisent nos artisans. Le secteur artisanal français perd encore 5 000 entreprises chaque année. Donc, augmenter les salaires pour consommer ces produits ? Aucun intérêt. Pire : un gouffre.
Augmenter pour soigner un mal-être que la consommation crée
Le consumérisme promet le bonheur. Pourtant, il fabrique aussi et surtout de plus en plus d’anxiété. Les études montrent que les achats impulsifs augmentent le stress dès la fin du mois. Dans une population à risque, un haut risque de trouble d’achat compulsif est « accompagné » d’un risque élevé de dépressivité modérée, de névrosisme, etc. Ou encore, l’achat compulsif peut être considéré comme symptôme ou indicateur de dépression, dans la mesure où les stratégies d’adaptation et l’estime de soi sont faibles. Et que fait-on alors ? Généralement, on s’enferme devant un écran pour combler un vide. On commande encore plus. On croit s’évader, mais, en réalité, on s’enferme.
Les réseaux sociaux amplifient ce cercle. Ils enferment chacun dans une boucle d’indignation ou de comparaison. Les psychologues montrent qu’un usage de plus de trois heures par jour est associé à un double risque de « mauvais état de santé mentale ». Les études se multiplient et confirment que l’usage excessif des réseaux sociaux est lié à environ des dizaines de milliers de cas supplémentaires de dépression chez les adolescents français tous les ans. Avec un coût économique proche qui se chiffre en milliards d’euros (soins, arrêts de travail, perte de productivité, etc.). Les jeunes passant plus de deux heures par jour sur les réseaux sociaux sont plus susceptibles de rapporter une détresse psychologique.
Rappelons aussi que la France est aussi le deuxième pays européen le plus consommateur d’anxiolytiques. On estime que plus de 10 % de la population active est en risque de dépression professionnelle. Les arrêts maladie explosent depuis 3 ans. Bref, la liste démontrant la mauvaise santé mentale est longue. Sans parler de l’excès au niveau alimentaire qui crée maladies et obésité …
Donc, augmenter les salaires pour financer ce cercle vicieux ? Aucun sens.
Augmenter pour changer de téléphone ou nourrir l’IA ?
On remplace un smartphone tous les deux ans en moyenne. Un français sur cinq le change tous les ans. Cette course à la modernité ajoute du stress. Elle détruit en plus des ressources rares. Et elle alimente une industrie qui consomme toujours plus d’eau et d’énergie. On pourrait élargir ce raisonnement à à peu près tous les objets que nous consommons : vêtements, appareils électroniques, décorations intérieures … L’effet rebond tend à prouver qu’une augmentation de salaire risque, dans un grand nombre de cas, de favoriser ces renouvellements bien souvent inutiles.
Autre domaine à la mode : l’intelligence artificielle générative, type Chat-gpt. Une seule image générée par une IA peut mobiliser plusieurs litres d’eau dans les data centers. L’AIE a montré que la consommation des centres de données globaux est estimée à 415 TWh en 2024, et pourrait doubler pour atteindre 945 TWh d’ici 2030. Donc, augmenter les salaires pour produire encore plus d’images inutiles, de vidéos toxiques, de posts éphémères ? Non. Là encore, aucun intérêt.
Oui à des augmentations qui libèrent et relient
Pourtant, tout n’est pas noir. La hausse des revenus peut aussi renforcer la liberté si elle soutient la vie réelle. Ainsi, augmenter pour financer un vélo solide, une pratique sportive ou un abonnement culturel crée du lien. Et cela améliore la santé. Augmenter pour aider un parent dépendant évite des drames familiaux. Le coût moyen d’un EHPAD dépasse bien souvent 2 500 euros par mois. Ou encore augmenter pour voyager autrement et comprendre le monde sans brûler la planète. C’est un effort, certainement. Mais, c’est possible. Et souvent, pour ne pas dire tout le temps, une fois la phase de frustation, de sevrage passée, la vie devient bien plus agréable, le stress diminue et la santé s’améliore. Là, oui, dans ce cas, la hausse des salaires retrouve du sens.
N’augmenter que ceux qui manquent de l’essentiel
Alors oui, cela choque. Oui, la phrase paraît provocatrice. Mais elle reste juste. Augmenter les salaires des personnes déjà confortables n’apporte rien de bon au pays. Les « 10 % les plus riches » contribuent à environ deux-tiers du réchauffement global depuis 1990 – source Nature. A l’inverse, la moitié la moins riche n’a émis qu’une dizaine de pourcents liée à ce réchauffement.
En revanche, augmenter les salaires des personnes qui vivent avec trop peu change tout. Ces personnes ne consomment presque rien de superflu. Elles cherchent juste la dignité et consomment ce qui est nécessaire à leur vie.
Alors, certains diront que tout cela sent la gauche radicale, la nostalgie ouvrière ou le communisme de comptoir. Et pourtant. La vérité tient en une phrase simple : on devient riche en retirant ce qui pèse, et certainement pas en ajoutant ce qui manque. Et cela, aucun indicateur de pouvoir d’achat ne le mesurera jamais. La revendication qui consiste à augmenter, quoi qu’il en coûte, tous les salaires n’est ni sérieuse économiquement, ni soutenable écologiquement. Le discours politique qui exige une augmentation de la consommation avec l’utilisation de l’épargne n’est pas non plus entendable. Consommer pour consommer, c’est détruire pour détruire … On ne règle aucun problème avec une augmentation générale des salaires. Au contraire, on en crée d’autres. Pour autant, il reste bien entendu indispensable d’augmenter les salaires de plus défavorisés car, pour eux, la consommation est bien souvent un luxe, le manque un stress…