En Chine, les émissions de CO₂ ne sont plus à la hausse depuis près d’un an et demi, une première depuis des décennies.
A l’heure où le climat se dégrade de plus en plus vite, c’est bon à prendre, en espérant que ce ne soit pas qu’une parenthèse … Cette information vient de Carbon Brief, une plateforme britannique reconnue pour ses analyses rigoureuses, claires et sourcées sur le climat, l’énergie et les politiques environnementales. Son équipe multiplie les prix pour la qualité de ses enquêtes et ses visualisations de données.
Voyons donc ce que révèle cette stabilisation chinoise, ce qu’elle cache, et surtout ce qu’elle dit du futur climatique mondial.
Carbon Brief
Carbon Brief se définit comme un média spécialisé. Il produit des analyses pointues sur le climat, les politiques énergétiques et les trajectoires d’émissions. Il s’appuie sur les données officielles, les statistiques douanières, les registres énergétiques et de nombreux instituts scientifiques. L’organisation s’est imposée au fil des années grâce à sa rigueur. Elle reçoit des prix en continu : site journalistique de l’année en 2024, plusieurs prix pour ses newsletters ou ses enquêtes.
Parce que Carbon Brief croise les données, confronte les tendances et vérifie chaque source, il devient un acteur indispensable pour comprendre les trajectoires mondiales. Notamment celle de la Chine, colosse énergétique qui pèse près d’un tiers des émissions mondiales de CO₂.
La Chine stabilise ses émissions
Depuis mars 2024, les émissions chinoises n’augmentent plus. Le troisième trimestre 2025 confirme cette tendance, avec des émissions stables par rapport à 2024. Plusieurs secteurs expliquent cette pause :
- Transport : – 5 % d’émissions, grâce à l’essor spectaculaire des véhicules électriques.
- Ciment et acier : – 7 % et – 1 %, sous l’effet du ralentissement immobilier.
- Secteur électrique : émissions stables, malgré une demande en hausse de 6,1 %.
- Énergies « propres » : + 46 % pour le solaire, + 11 % pour l’éolien.
- Nouvelles capacités en neuf mois : 240 GW solaires, 61 GW éoliens, un record mondial.
Oui, la Chine installe à elle seule plus de solaire en neuf mois que toute l’Union européenne en quatre ans. Pourtant, tout ne baisse pas. L’industrie chimique, dopée par la production de plastiques, voit ses émissions bondir. L’essor du commerce en ligne et de la livraison rapide entraîne une hausse à deux chiffres des plastiques et fibres synthétiques. L’équilibre reste fragile. La Chine peut finir l’année 2025 avec – 1 % ou + 1 % d’émissions. Mais le symbole reste fort : la hausse n’est plus systématique.
Les énergies « propres » tiennent tête à la demande
La demande d’électricité augmente vite. Les étés plus chauds poussent les climatiseurs. Les données montrent une hausse de 13 % de la consommation résidentielle en été, contre 6 % le reste de l’année. Pourtant, le charbon n’a pas repris l’avantage. Grâce aux énergies renouvelables, 90 % de l’augmentation de la demande a été couverte sans explosion des émissions. La Chine installe d’énormes parcs solaires et éoliens à une vitesse inouïe. Elle produit aussi 8 % de panneaux solaires de plus cette année, preuve que le secteur tourne à plein régime.
Cependant, une ombre inquiète : 230 GW de nouvelles centrales à charbon sont encore en construction. Leur utilisation baisse déjà, mais le risque existe. Si les énergies « propres » ralentissent, les émissions remonteront.
Le paradoxe chinois
Le transport carbure désormais aux batteries. Les ventes d’EV explosent. Le diesel, l’essence et le kérosène reculent de 4 à 5 % chacun. Pourtant, l’usage global du pétrole augmente encore de 2 %. Pourquoi ? Parce que l’industrie chimique avance au pas de charge :
- +12 % pour les plastiques
- +11 % pour les fibres chimiques
- +7 % pour l’éthylène
L’État encourage cette conversion. Les raffineries doivent se détourner des carburants, car les voitures électriques réduisent la demande. Elles se tournent donc vers les plastiques. Ces produits se retrouvent ensuite dans les colis, les emballages et le e-commerce, secteur en croissance de 17 % en 2025. Ainsi, les efforts climatiques d’un secteur s’évanouissent parfois dans les excès d’un autre. La Chine reste donc sur un plateau d’émissions, sans vraie décroissance structurelle.
Une stabilisation symbolique
L’enjeu dépasse 2025. La Chine s’est engagée à réduire ses émissions nettes de 7 à 10 % d’ici 2035, par rapport à un niveau de pic encore inconnu. Pourtant :
L’objectif 2025 de réduire l’intensité carbone ne sera pas atteint.
L’intensité carbone devait baisser de 18 % entre 2021 et 2025. La chute atteindra seulement 12 %.
Il faudra donc réduire de 22 à 24 % entre 2026 et 2030 pour tenir la promesse de –65 % sur 2005.
Pékin doit donc accélérer. Mais la tentation existe d’augmenter encore les émissions avant 2030, pour atteindre un pic “haut”, plus facile à réduire ensuite. Une stratégie dite du “storming the peak”. Dans ce jeu de stratégie climatique, l’année 2025 devient un indicateur crucial. Car une stabilisation durable, suivie d’une baisse franche, changerait la trajectoire mondiale.
La stabilisation des émissions chinoises constitue donc une éclaircie. Elle montre qu’une transition rapide reste possible lorsqu’un pays mobilise ses industries, ses chercheurs et ses territoires. Elle révèle aussi que tout peut basculer. Si la Chine ralentit le solaire ou l’éolien, les émissions repartiront. Si l’industrie chimique continue sa course, les efforts du transport seront annulés. Alors oui, la Chine reste le premier émetteur mondial. Ses objectifs demeurent trop timides. Mais, depuis dix-huit mois, quelque chose a changé. Et, dans un monde qui court derrière des échéances climatiques de plus en plus serrées, cette simple pause vaut déjà une page d’histoire.