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Les glaciers sont en train de disparaître à l’échelle mondiale et un grand nombre n’existera plus dès le milieu du siècle.
Pourtant, un glacier est aussi un lieu, un repère, une mémoire. Une étude parue dans Nature Climate Change change donc la focale. Elle compte les glaciers “individuels” qui s’éteignent.
Et elle raconte une crise culturelle autant que climatique. Car un paysage qui s’efface emporte des rituels, des modes de vie, des métiers et une part d’économie.
Une « extinction » au milieu du siècle
Les chercheurs partent de plus de 200 000 glaciers inventoriés dans le Randolph Glacier Inventory. Ils font tourner trois modèles globaux sous quatre niveaux de réchauffement. Ils déclarent un glacier “disparu” dès qu’il passe sous 0,01 km² ou sous 1% de son volume initial. Le résultat est inquiétant : le monde s’approche d’un pic d’extinction glaciaire entre 2041 et 2055.
- Sous +1,5 °C, les modèles placent le pic global vers 2041, autour de 2 000 glaciers perdus par an.
- Sous +4,0 °C, le pic glisse vers le milieu des années 2050, et il grimpe vers 4 000 par an.
Aujourd’hui, les modèles évaluent déjà une perte d’environ 750 à 800 glaciers par an. Donc, la cadence pourrait tripler, voire quintupler. Ensuite, le rythme baisse, mais la disparition continue. Car la perte de masse se prolonge au-delà de 2100.
2040 pour les Alpes
La carte régionale montre une règle simple : plus les glaciers sont petits, plus ils réagissent vite. Ainsi, dans les Alpes européennes et en Europe centrale, le pic arrive tôt, parfois avant 2040. Dans le tableau régional, l’Europe centrale atteint son pic vers 2033, avec un peu plus de 100 glaciers perdus cette année-là. Et surtout, l’horizon 2100 change le décor : il ne resterait qu’environ 110 glaciers sous +2,7 °C, puis une vingtaine sous +4,0 °C. Autrement dit , dans les Alpes, plus de 100 glaciers pourraient disparaître d’ici 2033. Et en Europe centrale, les auteurs projettent aussi une contraction massive du stock glaciaire, même si le monde limite le réchauffement.
Eau, tourisme, sacré
Pourquoi compter des glaciers, plutôt que des tonnes de glace ? Parce qu’un glacier “nommé” relie des gens. Il attire des visiteurs, il nourrit des stations de ski, et il structure des économies d’altitude. Il porte aussi des récits, des pratiques spirituelles, et parfois une filiation. Les textes évoquent par exemple les glaciers comme “ancêtres” dans des cultures autochtones.
Face à la fonte, des communautés organisent des “funérailles glaciaires”. Elles l’ont fait pour Okjökull en Islande, Pizol dans les Alpes glaronaises au Nord-Est de la Suisse, ou Yala au Népal. Ces gestes ne “sauvent” pas la glace. Cependant, ils rendent visible la perte, donc ils politisent l’émotion. Et puis il y a l’eau, bien sûr. Les textes rappellent que 2 milliards de personnes vivent en aval et dépendent de l’eau de montagne. Quand les petits glaciers disparaissent, l’irrégularité s’installe. Alors l’agriculture, l’hydroélectricité et l’eau potable changent de régime.
2 000 ou 4 000 disparitions par an
Le papier pose une phrase très simple, donc très violente : la chronologie n’a rien de “naturel” :
- Sous +1,5 °C, les auteurs laissent espérer près de 50% des glaciers encore présents en 2100.
- Sous +2,7 °C (cap des politiques actuelles dans l’article), il n’en resterait qu’environ 20%.
- Sous +4,0 °C, moins de 10% survivraient, et le monde tomberait vers une peu moins de 20 000 glaciers restants.
À l’échelle globale, le tableau résume l’ordre de grandeur : pic vers 2051, avec un peu moins de 3 000 disparitions lors de l’année maximale. Ce chiffre ne raconte pas tout. Mais il dit ceci : chaque dixième de degré décide du nombre de lieux qui s’éteignent.
Cette étude ne se contente donc pas d’annoncer “moins de glace”. Elle annonce moins de glaciers, donc moins de lieux. Or ces lieux soutiennent l’eau, l’économie, et aussi l’identité. Voilà pourquoi la science rejoint la politique, et pourquoi le débat devient intime. Entre 2 000 et 4 000 glaciers perdus par an au pic, il n’existe pas de fatalité. Il existe seulement du courage politiques, des décisions impactantes, maintenant.