Sommaire
Le gaspillage alimentaire coûte cher et il est l’image du modèle de la honte que nous avons construit, notamment dans les pays occidentaux.
Il coûte cher à la planète, aux finances publiques, au pouvoir d’achat des citoyens. Pourtant, des lois existent. Des solutions aussi. Mais le cœur du problème persiste. Notre modèle pousse à produire beaucoup, à proposer trop, à acheter toujours plus. Tout cela pour, bien trop souvent, terminer par jeter.
L’ampleur réelle du gaspillage
En 2021, la France a produit 8,8 millions de tonnes de déchets alimentaires. Soit 129 kilos par personne. Presque la moitié était comestible. Environ 4,3 millions de tonnes. Cela représente 63 kilos par personne. Et ce n’est pas tout. En 2023, le total atteint 9,7 millions de tonnes. Dont 3,8 millions encore consommables. Le gaspillage pèse aussi sur le climat. L’Ademe l’évalue à 3 % des émissions nationales. Rien que cela.
Où perd-on la nourriture ? Partout, à chaque étape
Toute la chaîne contribue. C’est implacable.
- Production primaire : 14 % des déchets en 2021.
- Transformation : 20 %.
- Distribution : 7 %.
- Restauration : 12 %.
- Ménages : 47 %.
En moyenne par habitant, cela pèse lourd. Dix-huit kilos à la ferme. Vingt-cinq en transformation. Neuf en distribution. Seize en restauration. Soixante à la maison. Donc, oui, chaque secteur compte et chaque geste compte.
Deux journées consacrées
Le 29 septembre, l’ONU alerte via la Journée internationale pertes et gaspillages. Le 16 octobre, la France mobilise aussi. C’est la journée nationale contre le gaspillage alimentaire depuis 2013. Ces dates sensibilisent. Mais elles ne suffisent pas. Les chiffres le montrent, nous devons passer à l’action quotidienne dans les foyers, dans les cantines et même dans les entreprises. En fait, partout.
Un coût social, économique et sanitaire
Chaque Français jette 61 kilos par an. Dont 19 kilos encore comestibles. La facture atteint en moyenne 100 euros par personne. Et davantage avec l’inflation. Les ménages restent les principaux responsables. Environ 35 % en 2023. Mais la distribution pèse aussi. Environ 8 %. Et la restauration également. Donc, le gaspillage aggrave la précarité alimentaire. Il fragilise la santé, épuise sols et eaux. Il relâche aussi des gaz à effet de serre. Et il vide nos comptes.
Des lois fortes, une hiérarchie d’actions claire
La France a agi. Progressivement. De nombreux textes et lois ont été adoptés. Leur application reste cependant encore parfois discutable et insuffisante :
- Le Pacte national arrive en 2013.
- La LTECV ou Loi de transition énergétique pour la croissance verte suit en 2015.
- La loi Garot renforce en 2016.
- La fameuse EGAlim élargit en 2018.
- L’AGEC ou Loi anti-gaspillage pour une économie circulaire cadre en 2020.
- Puis Climat et Résilience poursuit en 2021.
- EGAlim 2 renforce le texte initial en 2023.
Bref, on le constate, le politique n’est pas avare quand il s’agit de légiférer. L’ordre des priorités est limpide. D’abord prévenir. Ensuite donner ou transformer. Puis nourrir les animaux. Et valoriser en énergie. Détruire en dernier recours. Des obligations existent.
- Les grandes surfaces de plus de 400 m² doivent donner.
- Idem pour la restauration collective au-delà de 3 000 repas par jour.
- Idem pour l’industrie et le gros au-delà de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.
- Les denrées encore consommables ne doivent pas être rendues impropres.
- Les amendes peuvent atteindre 0,1 % du chiffre d’affaires.
Avec des objectifs qui structurent l’effort. Moins 50 % d’ici 2025 pour la distribution et la restauration collective. Moins 50 % d’ici 2030 pour production, transformation, restauration commerciale et consommation.
Des outils territoriaux
Le PNA soutient la transition. Les Projets alimentaires territoriaux la déploient. Les réseaux RÉGAL fédèrent les acteurs. Ils partagent les bonnes pratiques, innovent, mesurent et forment. Le label « anti-gaspillage alimentaire » valorise les pionniers. La dynamique avance donc et elle peut encore accélérer.
Grande distribution
Les invendus ne sont pas une fatalité. Trois leviers fonctionnent :
- Les promotions sur dates courtes.
- La possibilité de faire des dons aux associations.
- Les paniers anti-gaspi.
En magasin, jusqu’à 90 % des produits « anti-gaspi » trouvent preneur. Certains sites valorisent 87 % des invendus. Un hypermarché engagé peut éviter 130 tonnes par an. À l’échelle nationale, la baisse peut atteindre des centaines de milliers de tonnes. Et des millions de tonnes de CO₂ évités. Donc, oui, l’impact devient concret.
Restauration collective
Les cantines doivent diagnostiquer, planifier et adapter les grammages (Les grammages sont exprimés en portion d’aliment. Ils sont adaptés à chaque classe d’âge). Elles doivent aussi réserver les repas. La loi le permet. Les « gourmet bags » aident aussi. Les restes revivent, les menus s’ajustent et à la fin, les pertes baissent. Les économies suivent. Et les convives mangent mieux.
Entreprises et transformation
Les usines gaspillent encore. Environ 17 à 20 % selon les sources. Les causes sont connues. Surproduction. Erreurs de planification. Packaging inadapté. Règle des « 1/3-2/3 » mal anticipée (en gros, la performance d’isolation devant être a minima 2 fois supérieure en face extérieure qu’en face intérieure du pare-vapeur).
Les solutions existent pourtant. Prévisions partagées, séries plus courtes, second choix valorisé, dons facilités. Il faut aussi assurer une logistique réfrigérée robuste. Ainsi, les surplus diminuent. Et les marges reviennent.
Ménages
Les foyers restent la première source. Donc, il faut, à la maison aussi, planifier les repas, acheter selon ses besoins. Il est aussi indispensable de comprendre DLC et DDM. Il est bien de cuisiner les restes plutôt que de jeter, de congeler à temps, d’utiliser les paniers et applis anti-gaspi. Avec Too Good To Go vous pouvez acheter, à petit prix, de délicieux repas sauvés du gaspillage. L’appli regroupe les invendus des commerces de proximité comme de grandes enseignes, pour allier économie et responsabilité. Préférer le vrac pour éviter les sacs et autres sachets est une excellente idée. À la clé, moins de pertes. Moins de dépenses. Une meilleure santé.
Une question de modèle
Même s’il y a pléthore d’outils et de textes dans ce domaine, pourquoi ce gaspillage persiste-t-il ? Parce que notre modèle l’entretient. Le libéralisme de l’offre autorise la surproduction. Sans garde-fous suffisants. Les rayons débordent et les nouveautés pleuvent. Les formats grossissent et les promotions encouragent l’achat impulsif. Et l’excès de choix nourrit l’excès d’envie. Le consommateur cède. Le frigo déborde. Et à la fin, on jette. Le portefeuille souffre, la santé aussi. La planète surtout. Tant que cette logique domine, le gaspillage revient. Encore. Et encore.
Changer les règles du jeu : cinq virages systémiques
On le voit bien, on pourra toujours empiler les textes, les règlementations. Sans changer le sens de nos envies, de notre mode de vie, du monde dans lequel nous vivons, rien ne changera réellement.
- D’abord, il faut planifier la production utile. Pas la production maximale, libre et souvent inutile.
- Ensuite, encadrer les pratiques commerciales agressives. Surtout sur les produits frais.
- Troisièmement, afficher le coût climatique des pertes. Que ce soit clair et lisible. Chacun pourra alors s’adapter.
- Quatrièmement, élargir le don obligatoire. Et simplifier la logistique du froid solidaire.
- Enfin, soutenir les territoires. PAT, RÉGAL, achats publics responsables.
Ainsi, l’offre s’aligne sur les besoins réels. Pas sur la seule course aux volumes. Il reste aussi indispensable de mieux mesurer pour agir efficacement. Chaque acteur doit publier ses pertes comestibles par catégorie, par cause et par action corrective. En gros, l’acteur doit indiquer pourquoi ces aliments ont été gaspillés (par exemple à cause d’une surproduction, d’un défaut de stockage, d’une date de péremption trop courte, ou d’un manque de demande). Mais il doit aussi préciser quelles mesures il met en place pour éviter que cela ne se reproduise (meilleure gestion des stocks, dons, promotions anti-gaspi, adaptation des commandes…).
En résumé, ces différentes informations visent à rendre le gaspillage alimentaire transparent et mesurable, afin que chaque acteur identifie ses failles, corrige ses pratiques et rende compte de ses progrès.
Le gaspillage n’est donc pas une fatalité. Les lois structurent déjà la réponse. Les territoires s’organisent. Les solutions existent et fonctionnent. Cependant, le moteur du « trop » reste allumé. Il pousse à produire, à choisir, à jeter toujours plus, toujours trop. Nous devons donc changer de cap. Moins d’envies conditionnées mais privilégier les usages réels. Moins de volumes mais plus de valeur lorsque c’est possible. Budgets, santé et climat s’en porteront bien mieux. Et lorsqu’on sait que plusieurs millions de personnes en France vivent sous le seuil de pauvreté, l’idée de jeter doit toujours être insupportable.