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La géo-ingénierie climatique ne peut être la solution technologique salvatrice et doit être utilisée avec prudence.
Le rapport de l’Académie des sciences s’intitule « Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives ». Il analyse les méthodes imaginées pour manipuler le climat mondial.
Il alerte aussi sur leurs risques immenses et leur absence de maturité technologique. Face à la montée du réchauffement, déjà +1,36 °C en 2024, les scientifiques rappellent l’essentiel : aucune technologie ne remplace la réduction des émissions.
Géo-ingénierie : promesses et illusions
Le terme désigne trois grandes familles de techniques :
- SRM – Solar Radiation Modification : modifier le rayonnement solaire pour refroidir la Terre ;
- CDR – Carbon Dioxide Removal : retirer le CO₂ de l’atmosphère ;
- CCUS – Carbon Capture, Utilisation and Storage : capter et stocker le CO₂ à la source industrielle.
Ces méthodes paraissent séduisantes. On pourrait, en théorie, réduire la température mondiale en quelques années. En injectant par exemple des aérosols soufrés dans la stratosphère. On parle ici d’une baisse potentielle de 0,3 à 0,5 °C. Mais, souligne le rapport, cette vision est un leurre climatique. Le refroidissement serait temporaire et réversible. Le CO₂, lui, resterait dans l’atmosphère, continuant d’acidifier les océans.
SRM : dépendance et choc terminal
Le risque majeur évoqué par l’Académie est celui du « choc terminal ». Imaginons un arrêt brutal de l’injection d’aérosols. Dans ce cas, le réchauffement remonte de deux à quinze fois plus vite qu’en l’absence d’intervention. Les effets seraient planétaires et incontrôlables. On imagine des vagues de chaleur extrêmes, un dérèglement des moussons, un effondrement de nombreux écosystèmes. Une telle dépendance technologique créerait une chaîne d’obligations multiséculaires. Chaîne qui serait transmise à des générations entières.
Les scientifiques ajoutent que le SRM pourrait aussi réduire la production d’énergie solaire. Il pourrait aussi perturber les régimes de précipitations et accentuer les pluies acides. Autant de raisons pour interdire tout déploiement expérimental.
Stocker sans déstabiliser
Les approches d’élimination du carbone ou CDR sont utiles. Forêts, sols et zones humides absorbent déjà environ la moitié des émissions anthropiques de CO₂. Il paraît donc intelligent de protéger ces puits naturels et renforcer leur rôle. C’est même certainement la voie la plus sûre et la plus immédiate. Restaurer des forêts tropicales permettrait de séquestrer près de 5 gigatonnes de CO₂ par an d’ici 2050. Minime par rapport aux 40 gigatonnes émises chaque année. La France, elle, vise un puits net de 67 Mt CO₂/an en 2050, mais n’en capte pour l’instant qu’à peine la moitié.
Les techniques industrielles de captage et stockage du carbone – CCUS restent indispensables pour certains secteurs comme le ciment, mais leur coût et leur complexité imposent des limites.
Une éthique et une gouvernance indispensables
Pour l’Académie, les enjeux dépassent la science : ils sont éthiques et politiques. Qui contrôlerait ces technologies ? Qui déciderait de refroidir le climat, et pour qui ?
Sans gouvernance internationale solide, la géo-ingénierie pourrait devenir un outil géopolitique, voire militaire. Le rapport appelle à un accord mondial interdisant tout déploiement du SRM, public ou privé, et à une recherche rigoureusement encadrée sur ses impacts. Les méthodes de captage et de stockage du carbone, elles, doivent s’inscrire dans une stratégie raisonnée. Cette stratégie doit se centrer sur les secteurs industriels. Elle doit aussi être fondée sur une gouvernance partagée.
Il n’existe donc pas d’alternative technologique à la réduction massive des émissions de gaz à effet de serre. L’Académie des sciences l’affirme : la géo-ingénierie, présentée parfois comme un « plan B », risque surtout de retarder les véritables solutions. La priorité reste d’agir sur les causes : réduire, adapter, restaurer, coopérer. La science, dans ce rapport, joue son rôle : éclairer les décisions politiques sans céder à la tentation de la démesure technologique. Le bon sens doit rester une boussole et celui-ci fait dire que la géo-ingéniérie ne peut rester qu’une solution ponctuelle dans la lutte contre le dérèglement climatique.