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Les libellules, en France notamment, sont les premières victimes d’une nature qui s’assèche à un rythme inquiétant.
Onze espèces de libellules sont aujourd’hui menacées de disparition dans l’Hexagone. Tandis que treize autres sont déjà classées « quasi menacées ». Liste des espèces à retrouver sur la Liste rouge des espèces menacées de France publiée par l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle.
Ces chiffres datent un peu et on attend avec impatience la prochaine parution. En espérant que l’amélioration sera sensible. Mais, les zones humides, indispensables au cycle de vie de la libellule, se dégradent toujours alors ….
La Liste rouge des libellules
La France métropolitaine abrite 89 espèces de libellules, mais près d’un tiers sont aujourd’hui menacées ou en déclin. Deux espèces ont même déjà disparu. Cette régression reflète directement la dégradation continue des zones humides, mares, rivières et tourbières, dont elles dépendent à chaque étape de leur existence.
Le Sympétrum déprimé, la Cordulie splendide ou encore l’Agrion bleuissant illustrent cette vulnérabilité croissante. La Déesse précieuse (Nehalennia speciosa) était jadis présente dans toute l’Europe. Elle n’existe plus en France que dans une seule localité, en Franche-Comté.
Les causes sont multiples :
- dragage des cours d’eau,
- recalibrage des berges,
- curage excessif des mares,
- comblement des zones humides,
- pollutions agricoles et industrielles.
À cela s’ajoutent les prélèvements dans les nappes phréatiques, les écrevisses américaines invasives et, plus récemment, les effets du dérèglement climatique. Dans le Sud, les ruisseaux méditerranéens s’assèchent plus tôt, condamnant des espèces comme l’Agrion bleuissant.
En tout, 70 % des espèces évaluées se trouvent en situation de « préoccupation mineure ». Mais 30 % affichent un risque réel de disparition à moyen terme. Ce constat place la France parmi les pays européens les plus concernés par ce déclin.
Des causes profondes
Les libellules, ou odonates, passent la majeure partie de leur vie sous forme larvaire dans l’eau. Le moindre déséquilibre hydrologique leur est fatal. Quand une mare s’assèche ou qu’un ruisseau est rectifié, c’est une génération entière qui disparaît.
Les pressions humaines amplifient cette fragilité :
- les aménagements hydrauliques rompent la continuité écologique,
- les pesticides contaminent les larves,
- les pratiques piscicoles intensives détruisent la végétation aquatique.
- Dans les tourbières, l’assèchement et le boisement naturel suppriment peu à peu les derniers refuges.
- Le réchauffement climatique accentue encore cette érosion.
Certaines espèces montagnardes comme la Cordulie alpestre ou la Leucorrhine à gros thorax voient leurs habitats se réduire d’année en année. En France, ces libellules ne peuvent pas migrer plus haut : elles sont littéralement coincées entre la chaleur qui monte et la montagne qui finit.
Le PNA 2020-2030
Face à ce déclin, le ministère de la Transition écologique a lancé en 2020 un Plan national d’action pour les libellules. Celui-ci court jusqu’en 2030. La DREAL Hauts-de-France et l’Office pour les insectes et leur environnement.
Ce plan doit permettre de restaurer un état de conservation favorable pour les espèces menacées et leurs habitats. Douze actions structurantes doivent être déclinées dans chaque région. Elles reposent sur trois piliers : la connaissance scientifique, la gestion écologique et la sensibilisation du public.
Les priorités incluent :
- La protection et la restauration des zones humides,
- La lutte contre l’artificialisation des berges et les pollutions diffuses,
- Le suivi des populations grâce à des inventaires coordonnés,
- La formation des acteurs publics, forestiers, agriculteurs et élus,
- La création de réseaux d’acteurs régionaux autour de la compétence GEMAPI, pour une gestion intégrée de l’eau et des milieux aquatiques.
Le plan met aussi l’accent sur les espèces “prioritaires nationales”, parmi lesquelles figurent la Cordulie splendide, la Déesse précieuse et le Leste à grands ptérostigmas. Leur préservation exige des mesures concrètes : limitation du drainage, maintien des prairies humides, gestion douce des lagunes et suivi scientifique renforcé.
Des résultats encourageants mais fragiles
Le premier plan (2010-2018) avait déjà permis une amélioration spectaculaire : plus de 26 000 nouvelles données scientifiques ont été collectées, et 28 structures régionales impliquées. Le second plan, plus ambitieux, s’appuie sur ces succès. Certaines espèces comme le Gomphe à pattes jaunes ou la Leucorrhine à large queue montrent des signes de stabilisation grâce à la renaturation des cours d’eau et à une meilleure qualité de l’eau.
Mais les menaces persistent. Plus de la moitié des espèces d’intérêt communautaire restent classées en état de conservation « défavorable inadéquat ». Les efforts devront donc se poursuivre, notamment dans les bassins méditerranéens et les zones tourbeuses du Jura ou des Alpes, identifiées comme « points chauds » de biodiversité.
Les libellules sont donc le reflet de l’état de santé de nos milieux aquatiques. Préserver ces insectes, c’est protéger les rivières, les mares et les tourbières dont dépend toute la chaîne du vivant. Entre 2020 et 2030, la France a donc une responsabilité majeure : restaurer et protéger leurs habitats. Car si les libellules venaient à se taire, ce serait le signe que les zones humides, et avec elles la biodiversité, ont cessé d’être. Et ce serait une catastrophe.