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Le développement de la voiture électrique est indéniable mais il est aussi associé à nombre de mensonges ou imprécisions et la vérité doit être rétablie.
Ce matin-là, j’écoutais une célèbre émission de RMC et, en écoutant les animateurs, j’ai ressenti un malaise. Un de deux journalistes, pourtant expérimenté, ressassait les mêmes clichés sur la voiture électrique. Cette dernière était « plus polluante que le diesel », « hors de prix », « impossible à recharger ». Pas un chiffre, pas une étude. Juste des « on dit », des approximations et même quelques relents de théorie du complot. Il est temps de démêler le vrai du faux.
- La voiture électrique – Librairie ADEME
- Pertinence des véhicules électriques – CEREMA
- La voiture électrique Made in Europe – T&E
Ci-dessus, quelques documents à lire pour mieux comprendre et qui ont en partie servi de base à la rédaction de cet article.
Non, la voiture électrique ne pollue pas plus
C’est faux. Une voiture électrique, c’est 2 à 6 fois moins de gaz à effet de serre qu’un modèle thermique équivalent. Cela en tenant compte de l’ensemble de son cycle de vie. En France, ce ratio atteint même 5 fois moins d’émissions. Ceci grâce à une électricité décarbonée à plus de 90 %. Le bilan carbone global est aussi plus de 70 % inférieur.
De plus, leur échappement n’émet aucun polluant. Pas de particules fines, pas de dioxyde d’azote qui provoquent chaque année plusieurs dizaines de milliers de décès prématurés en France – source Santé publique France. Même les particules issues de l’usure des freins sont réduites. Le freinage régénératif diminue ces émissions de 83 %. L’air des villes s’en porte déjà mieux. D’un point de vue carbone, pas de doute, le véhicule électrique est bien moins polluant que le même thermique.
Alors, tout n’est pas tout rose effectivement car, une voiture électrique, comme une thermique exige des ressources naturelles et leur extraction est toujours polluante. Et puis, l’électrique, c’est d’abord une batterie.
Les batteries de plus en plus performantes
Oui, le stockage et le recyclage des batteries reste un problème. Mais là aussi circulent des idées fausses. Par exemple que « les batteries polluent et qu’on manquera de métaux à court terme». En réalité, 80 % de leurs composants sont recyclables. Leur durée de vie moyenne atteint 15 à 20 ans. Une batterie lithium-ion supporte 1 000 à 1 500 cycles de recharge. Soient environ 300 000 kilomètres. Ensuite, elle entame souvent une seconde vie comme stockage stationnaire pour les énergies renouvelables.
Quant aux métaux critiques, les stocks identifiés suffisent à couvrir la demande mondiale d’ici 2050. En Europe, de nouvelles filières de recyclage émergent. En 2032, les batteries devront contenir au moins 16 % de cobalt recyclé et 6 % de lithium ou de nickel recyclés. Dire que nous allons manquer de lithium relève donc de la peur plus que du fait.
D’autant que les batteries du futur utiliseront beaucoup moins de lithium grâce à deux technologies prometteuses : la batterie tout-solide et la batterie au sodium. La première remplace le liquide électrolyte par un matériau solide, supprimant métaux lourds et solvants, tout en réduisant les risques d’incendie et le coût de fabrication. La seconde, à base de sodium, exploite un minéral mille fois plus abondant sur Terre que le lithium, rendant son extraction bien moins polluante. Ces batteries sodium-ion se rechargent jusqu’à dix fois plus vite, sont plus faciles à recycler et beaucoup moins chères à produire.
Une fois qu’on a dit tout cela, il reste malgré tout une certitude : la voiture électrique devrait rester sur de petits modèles. Pas sur de gros SUV pesant des tonnes et nécessitant une quantité de métaux ingérables à long terme.
Un coût plus abordable
Oui, à l’achat, le prix reste souvent plus élevé. Mais les aides de l’État, bonus écologique, leasing social, prime à la conversion, changent la donne. En 2025, 40 % des aides ont bénéficié aux ménages modestes.
Mais surtout, l’usage est bien moins coûteux. Prenons comme exemple ma Zoé. Parcourir 10 000 km par an coûte environ 400 € d’électricité contre pas loin de 1 200 € de carburant. L’entretien est allégé : pas de vidange, pas d’embrayage, ni d’injecteur à changer. Cela fait 4 ans que je roule avec, une visite par an au garage de 30 minutes et c’est tout. On peut aussi ajouter l’assurance qui est légèrement moins élevée. Et c’est un confort de pouvoir recharger chez soi, même si ce n’est pas accessible pour le moment à tous.
Sur sa durée de vie, le coût total d’usage d’une voiture électrique est souvent 10 % inférieur à celui d’un véhicule thermique. Une citadine électrique revient en moyenne à 3 € pour 100 km rechargée à domicile. C’est trois fois moins cher que l’essence. En comparant le prix de ma Zoé, à savoir 24 000 euros à l’achat après reprise et prime, le différentiel n’est pas si important qu’on peut le dire. De toute manière, rouler coûte cher et coûtera de plus en plus cher!
Autonomie et recharge : un faux problème
Les émissions radio le répètent en boucle : « on ne peut pas voyager avec une voiture électrique ». Encore faux. Les modèles récents offrent 400 à 600 km d’autonomie. Et la France compte désormais plus de 150 000 bornes publiques, dont 15 000 bornes haute puissance, soit largement plus que de stations-service.
Sur autoroute, les bornes haute puissance rechargent 80 % d’une batterie en 30 minutes. Le réseau est fiable à 93 % et continue de croître. D’ailleurs, 95 % des trajets quotidiens se font dans un rayon inférieur à 50 km. Pour les rares longs trajets, louer un véhicule thermique une ou deux fois par an reste une option cohérente.
La recharge peut être un réel problème pour les citadins qui habitent en extrême centre en appartement. Là oui, l’électrique est encore un problème. Mais le véhicule individuel est-il dans ce cas une nécessité ?
L’autonomie peut aussi être un problème pour les familles nombreuses qui n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leur véhicule à moins d’être aisés et de pouvoir prendre le train. Mais sinon, comme le but n’est pas de favoriser les gros véhicules, la solution bimodale est souvent souhaitable : prendre son véhicule électrique pour rejoindre la gare la plus proche est largement envisageable dans bien des cas.
Durée de vie et sécurité : robustesse confirmée
Les moteurs électriques sont simples et durables. Les études de Geotab et Arval sur 20 ans montrent que, « avec un taux de dégradation de seulement 1,8 % par an, la grande majorité des batteries de véhicules électriques dureront plus longtemps que la durée de vie utile du véhicule. » Quant aux incendies, ils existent mais restent très rares. Cela dit, lorsque l’incendie se déclare au niveau de la batterie, l’extinction du feu est problématique. Pareil pour les batteries stockées pour recyclage.
Les véhicules électriques disposent d’un système de gestion électronique – BMS qui contrôle en permanence la température, la charge et la décharge pour éviter tout risque.
Production d’électricité : aucun risque de pénurie
Autre argument souvent entendu : « on n’aura pas assez d’électricité ». C’est aussi faux. Sauf à considérer un black-out total de longue durée comme probable (et ça l’est sans doute), même si les 40 millions de voitures françaises devenaient électriques, leur consommation totale atteindrait les 100 TWh par an, soit moins de 20 % de la production nationale. Un moteur électrique affiche un rendement de 90 %, contre moins de 40 % pour un moteur thermique.
Le réseau français peut absorber cette demande, surtout grâce aux recharges nocturnes et aux bornes « pilotables ». Bien entendu, les réseaux doivent être calibrés pour et coordonnés pour pouvoir gérer l’intermittence des énergies renouvelables. Mais, dans l’absolu, tout est possible, le black-out aussi. Cela dit, dans ce cas, sans électricité, la recharge d’une thermique à la pompe deviendrait aussi problématique.
Alors, oui, j’ai un peu forcé le trait et essayé de positiver à outrance sur la place de la voiture électrique. Mais, c’est simplement pour faire comprendre qu’il est temps de sortir des discours de comptoir et de revenir aux faits. La voiture électrique n’est pas une solution magique. Elle a ses impacts, ses limites, ses défis. Mais elle n’est en rien plus polluante, bien au contraire. Elle est plus économique à l’utilisation. De plus elle devient plus efficace énergétiquement que la voiture à essence ou diesel. S’informer, comparer, lire et échanger, sortir des boucles des réseaux permet, bien souvent, de relayer moins de fausses informations.