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La durabilité de la pêche française est au centre du débat écologique et économique et le Livre blanc de la durabilité de France Terre de Pêches dresse un état des lieux précis, scientifique et documenté.
Il montre, chiffres à l’appui, que la durabilité progresse, mais reste fragile face au climat et aux pressions humaines.
Un cadre juridique et scientifique
La durabilité n’est pas une opinion. Elle découle du droit international depuis le rapport Brundtland de 1987. Puis du Code de conduite de la FAO en 1995. En Europe, la Politique commune de la pêche intègre progressivement cette approche. Notamment depuis ses réformes de 2002 et 2013 .
Elle repose sur trois piliers indissociables :
- environnemental,
- économique,
- social.
Évaluer les stocks
Sans science, pas de gestion durable. L’évaluation des stocks constitue le socle de la politique des pêches. Les scientifiques estiment la biomasse, le recrutement et la mortalité afin de définir le rendement maximal durable. Ces données alimentent ensuite les décisions politiques, notamment les quotas annuels, dans un cadre européen coordonné.
Des résultats mesurables en France
Les indicateurs progressent nettement. En 2023, plus de la moitié des volumes débarqués en France proviennent de populations exploitées durablement. C’étaient un cinquième en 2000. On a multiplié la part des stocks en bon état par 4 en vingt ans. Parallèlement, les stocks surpêchés reculent, passant de 29 % à 18,8 %.
Cette amélioration repose sur plusieurs leviers. D’abord, des quotas stricts et des plans pluriannuels. Ensuite, un effort considérable des pêcheurs sur les engins, les périodes et les zones de pêche. Enfin, un investissement continu dans la recherche, notamment via l’Ifremer, qui évalue aujourd’hui 170 espèces sur 330.
Aires marines protégées
La France couvre déjà 33 % de ses eaux par des aires marines protégées. L’objectif officiel vise 78 % d’ici 2026, dont 14,8 % en protection stricte. Cependant, le livre blanc rappelle que l’efficacité dépend surtout des règles appliquées et de leur cohérence écologique.
Le climat, nouveau facteur d’instabilité
Le dérèglement climatique bouleverse les équilibres. Réchauffement, acidification et modification du plancton affectent directement les stocks. En Méditerranée, la sardine a perdu quatre centimètres en moyenne. Son poids a chuté de 30 à 10 grammes. Ces évolutions ne résultent pas de la pêche. Mais bien des changements environnementaux.
Pollution et pressions terrestres
Les pressions ne viennent pas uniquement de la mer. Les nutriments agricoles, les polluants chimiques et les plastiques réduisent la résilience des écosystèmes marins. Selon le livre blanc, ces facteurs limitent désormais l’efficacité des mesures de gestion halieutique (qui concerne la pêche) .
Quatre propositions pour aller plus loin
France Terre de Pêches avance quatre propositions :
- D’abord, renforcer la compétitivité économique de la filière.
- Ensuite, soutenir massivement l’évaluation scientifique.
- Troisièmement, appliquer les règles des aires marines protégées avec rigueur et transparence.
- Enfin, coordonner davantage les politiques terrestres et maritimes face aux pollutions.
Le Livre blanc de la durabilité montre une réalité souvent ignorée : la pêche française a changé, profondément. Les stocks se reconstituent, les pratiques évoluent et la science guide désormais l’action. Mais le climat et les pollutions rebattent les cartes. La durabilité n’apparaît donc pas comme un acquis, mais comme un processus vivant, exigeant, et toujours à défendre.