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C’est une véritable et inédite mobilisation citoyenne à laquelle on assiste avec plus de 900 000 citoyens qui ont signé une pétition pour abroger la loi Duplomb adoptée le 8 juillet et forcer ainsi l’Assemblée Nationale à redébattre.
Sans nouveau vote cela dit. Du jamais vu sous la Cinquième République. Au cœur de la contestation : la réintroduction d’un pesticide décrié, l’acétamipride, appartenant à la famille des néonicotinoïdes, connus pour leur toxicité envers les abeilles… et peut-être au-delà. Le réveil est brutal, la riposte citoyenne massive.
Ils étaient (nous étions) 100 000. Puis 500 000. Une première en France. Or, comme le prévoit la loi (Loi organique n° 2010-704 du 28 juin 2010), si plus de 500 000 signatures sont recueillies sur plus de 30 départements ou collectivités d’outre-mer, la Conférence des présidents peut organiser un débat dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale.
Une pétition historique
Le texte, lancé le 10 juillet par Eléonore Pattery (bravo à elle), étudiante de 23 ans en santé environnementale, a enflammé le site de l’Assemblée nationale. « La Loi Duplomb est une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire. », écrit-elle.
Elle réclame aussi un débat public et une révision démocratique des procédures législatives. Cela dit, ce sera uniquement un débat, une première. Pas de vote, ni d’aménagement de la loi qui est en attente de promulgation. Jamais une pétition n’avait atteint de tels sommets sur cette plateforme. Elle explose même tous les compteurs.
Un front citoyen et scientifique qui s’organise
Le succès ne tient pas au hasard. Depuis son adoption, la loi Duplomb cristallise les colères. Des rassemblements ont eu lieu dans de nombreuses villes françaises, avec des moments forts devant l’Assemblée nationale. Des tribunes signées par des centaines de médecins, scientifiques et élus ont renforcé la mobilisation. La Ligue contre le cancer s’est aussi insurgée. Sur les réseaux pareil. Cette dynamique révèle une prise de conscience collective. Le débat ne se limite plus aux murs des hémicycles.
Un retour en douce des néonicotinoïdes
La loi Duplomb prévoit la réintroduction de l’acétamipride, interdit en France mais encore autorisé dans d’autres pays européens. Son retour, même sous conditions, alarme apiculteurs et scientifiques. Car si les effets sur la santé humaine restent peu étudiés, les impacts sur les pollinisateurs et les écosystèmes sont bien documentés. Pour le gouvernement, il s’agit de lever les contraintes pour les agriculteurs. C’est surtout pour éviter de les revoir sur les autoroutes. Mais ils sont en réalité les premières victimes de ce genre de loi.
Mais pour les collectifs mobilisés, c’est un « cadeau à l’agrobusiness », aux dépens de l’environnement.
Une secousse politique aux effets imprévisibles
Le texte de loi a divisé jusque dans la majorité présidentielle. Des désaccords profonds ont fissuré les rangs, obligeant plusieurs députés à justifier publiquement leur vote. La pétition pourrait être la première étape d’une serie qui pourrait bien rebattre les cartes. Avec plus de 500 000 signatures validées, la Conférence des présidents de l’Assemblée peut l’inscrire à l’ordre du jour pour un débat public. Mais rien n’est automatique. Le règlement ne les y oblige pas.
La pétition ne peut pas, à elle seule, abroger une loi. Mais elle peut ouvrir une nouvelle discussion, faire évoluer le texte, ou même forcer un retrait partiel. Et surtout montrer que cette loi est un problème. Si seulement il n’y avait pas des Sandrine Rousseau qui vient brouiller le message avec des déclarations bêtes et inutiles!
J’y reviendrai car l’image des écologistes ne s’arrange pas avec de pareils propos. En attendant, derrière cette mobilisation citoyenne, il y a la volonté d’un débat démocratique plus inclusif, où les citoyens, les scientifiques et les acteurs de terrain pèsent dans la balance législative.
À l’origine de cette déferlante, une étudiante, inconnue il y a deux semaines. Aujourd’hui, Eléonore Pattery incarne une jeunesse lucide, combative, et connectée. Une jeunesse qui n’a pas envie de choisir entre cancer et agriculture. Sa pétition continue de circuler. Le million de signatures va très vite être franchie. La démocratie représentative pourra-t-elle ignorer plus longtemps cette mobilisation ? Certainement oui, quand on constate la nostalgie de certains pour la grande époque de la PAC et des cultures intensives. Oui aussi quand on sait que ceux-là même qui sont à la tête de l’Etat ou des principaux syndicats sont les bénéficiaires de ce système mortifaire autant d’un point de vue santé, environnemental, pollution … Ce qui est sûr : quelque chose a changé. Même si ce n’est qu’un premier pas.