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« Rien à péter de la rentabilité agricole ». Sandrine Rousseau a ravivé une fracture entre écologie politique et monde agricole, vraiment pas malin.
Sur le fond, elle n’a sans doute pas tord en voulant dénoncer un modèle productiviste peu respectueux de la santé des sols ou du vivant. Sur la forme, elle choque, froisse, déroute.
Depuis, les réactions pleuvent. Entre indignation et malaise, les débats enflamment les réseaux.
Une formule qui enflamme les campagnes
Invitée à commenter la loi Duplomb autorisant certains pesticides interdits comme l’acétamipride, la députée écologiste a exprimé un refus net. Selon elle, la rentabilité agricole fondée sur la chimie « n’est pas de la rentabilité, c’est de l’argent sale ». L’accusation est brutale.
Le propos visait un modèle d’agriculture intensif, dépendant des intrants chimiques. Mais le mot est mal tombé. Car dans un contexte de précarité agricole, cette sortie sonne comme une gifle. Chaque jour, deux agriculteurs se suicident en France. Plus de 30 % des exploitants vivent sous le seuil de pauvreté. L’indignation n’est pas feinte. Elle est ancrée dans une triste réalité. On peut comprendre que les agriculteurs l’ai en travers.
Une profession qui se sent méprisée
À l’antenne des radios, télévisions, sur les réseaux, les témoignages d’agriculteurs s’enchaînent. Un éleveur par-ci, un producteur de fromage par-là, tous ont le même discours : une journée qui commence tôt vers 5h du matin et qui se termine tard dans la soirée avec un revenu souvent faible avoisinnant les mille euros mensuels. Les syndicats s’insurgent aussi.
Encore une fois, Madame Rousseau n’aurait pas dû dire « les agriculteurs » mais les grands propriétaires peu soucieux d’autre chose que de la rentabilité. On aurait certainement pu le comprendre. Même les membres de la Coordination Rurale par exemple. Mais ce n’est pas ce qu’elle a dit.
Rentabilité et écologie : deux visions inconciliables ?
Derrière les mots, une fracture plus profonde se dessine. D’un côté, l’urgence écologique. De l’autre, l’urgence sociale. L’agriculture reste l’un des secteurs les plus impactés par le dérèglement climatique. Sécheresses, grêles, canicules ruinent les récoltes. Les intrants chimiques permettent parfois de sauver une saison.
Mais à quel prix ? Pesticides, engrais de synthèse et monocultures épuisent les sols, polluent les eaux et détruisent la biodiversité. En 30 ans, la France a perdu un tiers de ses populations d’oiseaux des champs. Les populations d’insectes souffrent aussi. Et certains produits sont classés cancérogènes probables. La santé humaine est mise à mal et le nombre de cancers depuis une dizaine d’années est lié en grande partie à ce que nous mangeons ou buvons.
La question est donc : peut-on concilier performance économique et respect de l’environnement ? Les filières bio ou « nature et progrès » tentent une autre voie. Mais elles peinent à être rentables sans soutien politique massif.
Sandrine Rousseau s’est-elle trompée de cible ? C’est certain. Car en face, ce ne sont pas les géants de l’agrochimie qui se sentent visés, mais les petits paysans. Ceux qui peinent à vivre de leur terre. Ceux que les normes accablent, que la sécheresse épuise, que la solitude ronge.
Et pourtant, certains partagent le constat écologique. Mais ils réclament du temps, de l’accompagnement, de la reconnaissance. Pas des invectives. Ni des raccourcis. Le fossé est culturel autant que politique.
L’écologie bête
La politique du site est « aucune attaque envers les personnes ». Ici, je ne vais donc pas m’attaquer à cette dame en particulier, peu importe ce que j’en pense. Par contre les propos prononcés ainsi et sur ce ton, avec un vocabulaire vulgaire est pitoyable. C’est une discussion qu’on peut avoir entre potes, dans la famille … pas dans un média.
Pas sur un réseau, une chaîne, même si c’était sur le LeMédia, une des vitrines de la gauche radicale, proche de LFI. C’est bien de vouloir faire parler de soi mais encore faut-il penser à la réception du propos par des auditeurs. Ici, une catastrophe. Le noyau dur des « anti-péquenauds » doit adorer. Mais ce sont certainement les seuls.
Et là est le problème. A force de vouloir radicaliser sa base, on perd tous les autres. Chacun aura pu comprendre que je suis écolo dans l’âme et j’esssaie le plus souvent de l’être aussi dans la pratique. Mais, quand j’entends le discours de ces hommes et femmes politiques, je suis bien souvent déçu. Les propos peuvent être souvent complètement stupides, totalement à côté de la plaque.
A la fin des comptes, on a l’impression d’un discours qui est opposé à tout. Des solutions sont proposées, parfois et même souvent de bon sens, mais la parole mélange tout et accuse. C’est ce que fait cette dame en pointant tous les agriculteurs. Alors, qu’ils sont aussi pour beaucoup, les victimes d’un système qui les contraint. A une autre époque, c’était le nucléaire qui était le diable. On s’est rendu compte que, pour les décennies à venir, nous n’avions pas d’autre choix que de maintenir le parc existant. Alors certains restent arc-boutés sur leurs convictions initiales sans tenir compte de la réalité en cherchant le buzz permanent. C’est dommage. Pendant que d’autres réfléchissent, tentent de construire un monde meilleur … Malheureusement, ceux-là, on les entend peu.
Ce que révèle cette polémique inutile dépasse Madame Rousseau. Elle montre une chose : sans dialogue, aucune évolution n’est possible. Ni verte, ni juste. Pour nourrir la France demain, il faudra sortir des logiques d’affrontement. Reconnaître la souffrance paysanne. Valoriser les pratiques durables. Réformer sans mépriser. Écouter sans juger. Car au fond, le combat pour une agriculture plus respectueuse ne peut pas être mené contre les agriculteurs. Mais avec eux. A trop les contraindre, à trop les insulter, nous finirons par les voir tous disparaître. Et là, nous n’aurons plus d’autres choix que d’accepter les produits issus de l’agriculture extensive française (qui eux, gagnent très très bien leur vie), celle qui utilise effectivement beaucoup d’intrants, et les mêmes en pire venus de l’étranger avec des normes bien moins sérieuses qu’en France. Et pour éviter cela, il faudra apprendre à ne plus dire de telles conneries.