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L’exposition aux pesticides ne se limite pas à l’assiette que nous avalons tous les jours mais est bien plus générale.
En effet, des gestes anodins peuvent suffire. Respirer, jardiner, caresser son animal exposent aux pesticides. Une étude européenne, révèle l’ampleur de cette contamination.
C’est une équipe coordonnée par l’Université d’Utrecht qui a publié cette étude dans Environment International. 641 volontaires dans dix pays européens ont porté des bracelets en silicone. Les chercheurs ont alors mesuré une exposition personnelle non alimentaire aux pesticides. Les résultats sont inquiétants : près de 90 % des 193 substances recherchées ont été détectées. Même loin des champs, personne n’y échappe.
Une enquête inédite
C’est une première. Des scientifiques ont mesuré la contamination chimique par des voies autres que l’alimentation. C’est à dire via la respiration, le contact cutané ou les poussières domestiques. Les participants, agriculteurs, riverains et simples consommateurs, ont porté un bracelet en silicone pendant sept jours. Ces bracelets, véritables “pièges à molécules”, ont capturé 173 pesticides différents sur les 193 recherchés.
Les résultats sont sans appel :
- Les agriculteurs conventionnels sont les plus exposés, avec une médiane de 36 substances détectées par bracelet.
- Les agriculteurs bio et les riverains en comptent 20.
- Même les citadins éloignés des zones agricoles portent en moyenne 17 pesticides sur leur peau.
En gros, on ne peut plus éviter d’y être exposé. Ces produits sont dans notre environnement direct, parfois en quantité inquiétante.
Des pesticides partout, même ceux interdits
Des molécules et produits bannis depuis des décennies sont toujours présents. Les bracelets ont révélé des traces de DDT et de son dérivé. Or, le DDT est interdit depuis les années 1970. Il est pourtant toujours présents dans l’air, les sols et les organismes. Les chercheurs ont aussi retrouvé dieldrine et propoxur. Ces deux insecticides sont pourtant prohibés depuis longtemps.
Mais les pesticides actuels ne sont pas en reste. On retrouve aussi des fongicides et des insecticide dans plus de 80 % des bracelets. Dans 72 % des échantillons, les chercheurs ont observé un cocktail d’insecticides auquel s’ajoutent souvent d’autres fongicides.
Les facteurs aggravants
L’exposition dépend de nombreux paramètres. Les plus forts niveaux concernent sans surprise les travailleurs agricoles utilisant directement des pesticides. Mais d’autres facteurs jouent :
- Avoir des animaux domestiques augmente les concentrations, certains produits vétérinaires contenant encore du fipronil ou du propoxur.
- Utiliser des insecticides à la maison contribue également à la contamination.
Nettoyer fréquemment son logement permet de réduire l’exposition. La consommation de produits bio également. Fait notable, certaines substances ont été retrouvées à des niveaux comparables entre agriculteurs, riverains et citadins. Cela prouve que les pesticides se déplacent bien au-delà des champs, transportés par le vent ou la poussière.
Des mélanges chimiques aux effets encore méconnus
Chaque bracelet contenait un cocktail de 20 à 70 substances. Ces mélanges pourraient amplifier les effets toxiques de chaque molécule. Le “risque cumulatif”, encore largement ignoré par la réglementation européenne, doit être mieux évalué. Aujourd’hui, les autorisations de mise sur le marché examinent les substances une par une. Elles ne prennent que très rarement en compte leurs interactions. Or, plusieurs études montrent que certaines combinaisons aggravent les effets neurotoxiques ou perturbateurs endocriniens. Notamment entre insecticides et fongicides.
Une urgence politique et sanitaire
L’UE comptait réduire de moitié l’usage et le risque des pesticides d’ici 2030. Mais le projet a été abandonné en 2024. Toujours sous la pression des lobbies agricoles. Une réglementation plus stricte et une surveillance élargie aux expositions non alimentaires doivent pourtant être mise en place.
Cette vaste étude européenne révèle une vérité dérangeante : nous vivons dans un bain de pesticides, même sans en consommer. Les bracelets en silicone n’ont fait qu’enregistrer ce que nos corps absorbent chaque jour. La voie alimentaire reste importante. Mais l’air, les surfaces et nos gestes quotidiens jouent un rôle majeur dans l’exposition. La réduction des pesticides ne passe plus seulement par l’alimentation. Mais aussi par ce que nous respirons, touchons et laissons s’accumuler autour de nous.