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L’étude nationale PestiRiv, menée par Santé publique France et l’Anses, démontre l’exposition aux pesticides des riverains de vignes.
Respirer, manger, vivre près des vignes : cela suffit à être plus exposé aux pesticides. L’enquête, inédite par son ampleur, confirme une surexposition nette des riverains en zones viticoles. Les chiffres sont sans appel et appellent à réduire l’usage des produits chimiques.
Une étude inédite
PestiRiv est la première enquête nationale dans le domaine. Elle mesure directement l’exposition des riverains aux pesticides. Ce sont plus de 2500 personnes qui y ont participé entre 2021 et 2022. Les chercheurs ont collecté près de 8 000 échantillons. Des échantillons d’urines, de cheveux, de poussières domestiques, d’air intérieur ou ambiant, de fruits et légumes du jardin. Au total, 56 substances actives ont été recherchées. Parmi lesquelles le glyphosate, le cuivre, le folpel ou encore des pyréthrinoïdes.
Une viticulture très consommatrice
La vigne, bien que couvrant seulement 3,3 % de la surface agricole, concentre entre 12 et 14 % des achats de pesticides. Ce sont en moyenne près de 18 traitements par an. Dans 80 % des cas, il s’agit de fongicides pour lutter contre mildiou et oïdium, deux maladies redoutées.
Le secteur souligne ses efforts : baisse de près de 9 % des volumes de pesticides entre 2013 et 2024, et essor du bio, désormais 21 % du vignoble. Pourtant, les riverains demeurent exposés, preuve que les pratiques actuelles ne suffisent pas.
Des résultats clairs
Les données montrent une tendance constante : l’exposition est plus élevée en zones viticoles qu’en zones éloignées de toute culture.
- Dans les urines, la moitié des pesticides mesurés étaient plus présents chez les riverains de vignes.
- Les cheveux contenaient plus souvent des résidus chez ces riverains que chez ceux vivant loin des cultures.
- Les poussières domestiques en bordure de vigne étaient également plus contaminées.
- Même constat pour l’air intérieur et l’air ambiant, où les concentrations mesurées étaient majoritairement plus fortes près des vignes.
Les périodes de traitement accentuent cette différence : urines, cheveux, poussières et air contiennent alors davantage de résidus.
Quand les gestes du quotidien atténuent l’exposition
L’étude identifie aussi des comportements protecteurs. Ainsi, se déchausser en rentrant, nettoyer son logement chaque semaine, ou encore faire sécher son linge à l’intérieur réduisent l’exposition. La présence d’une ventilation mécanique – VMC et l’habitude d’éplucher les fruits du jardin contribuent aussi à diminuer les risques. Mais les chercheurs rappellent que ces gestes ne suffisent pas à eux seuls : les pratiques agricoles restent la première source de contamination.
Une question de distance et de pratiques
L’exposition augmente lorsque les maisons se trouvent à moins de 500 mètres des vignes. Elle croît aussi avec la quantité de pesticides appliquée. Ces constats rejoignent les résultats d’autres travaux internationaux, réalisés aux États-Unis ou aux Pays-Bas.
L’étude PestiRiv, soutenue par le plan Écophyto 2+, apporte une preuve scientifique robuste : vivre près des vignes expose davantage aux pesticides. Santé publique France et l’Anses recommandent donc de réduire l’usage des produits chimiques au strict nécessaire, dans la lignée de la stratégie Ecophyto 2030. Informer les riverains reste utile, mais la prévention ne peut reposer uniquement sur leurs comportements individuels. C’est bien à la source, dans les pratiques agricoles, que se joue la protection de la santé publique.