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Les plastiques continuent d’envahir nos vies pourtant l’OCDE alerte dès 2023 sur le fait le monde file droit vers une crise majeure et propose des scénarios pour l’éviter.
Les matières plastiques progressent bien plus vite que la capacité des sociétés à les gérer. Les projections jusqu’en 2060 esquissent un avenir très sombre si rien ne change.
Cependant, l’OCDE propose aussi deux scénarios d’action. Ils montrent qu’une autre trajectoire reste possible, à condition d’agir vite et ensemble.
Une explosion annoncée
Selon le rapport, la tendance actuelle mène à un quasi-triplement de l’utilisation mondiale des plastiques d’ici 2060. Cette hausse suit le rythme combiné de la croissance démographique et économique. Les pays émergents, surtout en Afrique subsaharienne et en Asie, verront la progression la plus forte. Et ce constat reste inquiétant car nous ne savons déjà pas comment gérer la quantité phénoménale de plastiques produite en 2025.
Une production de déchets hors contrôle
En 2060, les déchets plastiques presque triplent eux aussi. La moitié finira encore en décharge. Moins d’un cinquième sera recyclé. Dans cette trajectoire, les plastiques secondaires ne représenteront que 12 % du marché. Le reste dépendra encore des ressources fossiles.
Des rejets dans la nature en plein essor
L’OCDE estime que les rejets de plastiques dans l’environnement doubleront, atteignant 44 millions de tonnes par an. Les milieux aquatiques accumuleront ces déchets, qui tripleront dans les rivières et les océans. Les microplastiques, issus notamment du transport, continueront de croître.
Un impact climatique sous-estimé
Aujourd’hui déjà, les plastiques émettent 1,8 gigatonne de CO₂ équivalent par an. En 2060, ce chiffre grimpera à 4,3 gigatonnes, soit plus du double. Les impacts sur la santé, l’ozone, l’acidification ou la toxicité humaine doubleront aussi. Bref, si rien ne change, c’est une crise globale, multiple et systémique.
Le scénario d’Action régionale
L’OCDE modélise un premier ensemble de mesures. Elles s’appliquent surtout dans les pays de l’OCDE, avec une ambition plus faible ailleurs. Le but : améliorer la circularité sans bouleverser l’économie mondiale.
Les outils proposés
- Une taxe plastique qui atteint 750 US$/tonne en 2060.
- Une taxe sur les emballages, plus élevée d’un tiers.
- Une montée en puissance du recyclage.
- Une meilleure gestion des déchets, surtout dans les pays non membres de l’OCDE.
Les résultats
Les déchets plastiques diminuent d’environ 20 %. Les rejets dans l’environnement baissent de plus de 50 % par rapport au scénario inchangé. Le recyclage passe à 40 % au niveau mondial. Et la part des plastiques recyclés grimpe jusqu’à 29 %, contre 12 % aujourd’hui.
Mais les limites demeurent
Malgré ces progrès, l’utilisation totale de plastiques reste multipliée par deux entre 2019 et 2060. Les déchets aussi. La quantité de plastiques accumulés dans l’environnement continue d’augmenter. Bref, ce scénario améliore la situation, mais ne la renverse pas.
Le scénario d’Ambition mondiale
Dans cette deuxième option, tous les pays appliquent immédiatement des mesures très strictes. L’objectif est clair : ramener presque à zéro les rejets de plastiques dans l’environnement en 2060.
Des leviers renforcés
- Une taxe plastique mondiale portée à 1 500 $ par tonne en 2060 (elle est de 800 euros la tonne en Europe en 2025).
- Des obligations élevées d’incorporation de matières recyclées. Et ceci dans tous les secteurs.
- Un déploiement massif de la gestion des déchets. Avec des investissements très lourds dans les pays à faible revenu.
Un basculement réel
Les chiffres sont spectaculaires :
- L’utilisation et les déchets baissent d’un tiers.
- Les rejets dans l’environnement chutent de 85 %.
- Les plastiques secondaires atteignent 41 % du marché.
- Les déchets mal gérés tombent presque à zéro (6 Mt contre 153 Mt dans le scénario inchangé).
- Le recyclage grimpe à 60 %.
Même le climat bénéficie de cette transition circulaire : les émissions du cycle de vie diminuent de 2,1 gigatonnes de CO₂ équivalent.
Un effort financier exigeant mais soutenable
Le PIB mondial ne baisse que de 0,8 % par rapport au scénario inchangé. Les pays non membres de l’OCDE, surtout en Afrique subsaharienne, supportent l’essentiel du coût. Une aide internationale devient indispensable pour éviter une crise sociale.
Quelles solutions concrètes ?
L’OCDE insiste sur plusieurs leviers clés, communs aux deux scénarios :
- Réduire la demande. Notamment grâce à des taxes et à des normes de sobriété.
- Allonger la durée de vie des produits. Grâce à la réparation, au réemploi et à l’écoconception.
- Booster le recyclage, notamment via des objectifs d’incorporation obligatoires.
- Investir massivement dans les infrastructures de collecte et de traitement des déchets. Surtout dans les pays à revenus faibles.
- Mettre en place des politiques coordonnées à l’échelle mondiale. C’est la seule manière d’éviter les transferts de pollution d’un pays à l’autre.
Ces leviers définissent une stratégie complète, qui cible chaque étape du cycle de vie des plastiques.
La trajectoire actuelle mène donc le monde vers une pollution plastique doublée, un emballement des déchets, des milieux aquatiques saturés et un impact climatique multiplié. Il s’agit d’une impasse. Le scénario d’Action régionale freine la dégradation, mais ne l’inverse pas. Seul le scénario d’Ambition mondiale change l’avenir. Il montre qu’une alliance internationale, immédiate et rigoureuse, peut quasiment éliminer les rejets et diviser par deux l’empreinte carbone du plastique. La question ne porte donc plus sur la faisabilité technique. Elle porte sur la volonté politique, la solidarité financière et la capacité des nations à placer la santé humaine et écologique au-dessus du court terme.