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Notre monde file à toute vitesse vers l’électronisation totale avec, à la clé, le problème du recyclage des fameux DEEE ou déchets d’équipements électriques et électroniques.
Notre monde est interconnecté avec, partout, des batteries, capteurs et autres objets intelligents. Mais la gestion de ces DEEE pose de réels problèmes et questionne la résilience et la viabilité de ce monde à moyen terme. Le rapport mondial 2024 de l’ONU est sans ambiguïté : « la production de déchets électroniques augmente cinq fois plus vite que le recyclage« .
Il montre une progression fulgurante des volumes, très loin d’être compensée par une hausse équivalente du recyclage. Et l’impact sur l’environnement se mesure désormais en milliards de kilos.
Une montagne de déchets électroniques
Pas besoin d’avoir fait de grandes études, le bon sens suffit, pour concevoir que cette électronisation sans limite pose problème et n’est pas viable. Comme dans plein d’autres domaines, nous ignorons les limites. En 2022, l’humanité a produit 62 milliards de kilos de DEEE. C’est tout de même près de 8 kilos par habitant. Le chiffre est stupéfiant. Surtout lorsqu’on se souvient qu’en 2010, nous n’en produisions « que » 34 milliards de kilos. C’est plus de 2 milliards de kilos supplémentaires chaque année. A ce rythme, dans 10 ans, nous approcherons des 100 milliards de kilos!
Pourtant, les systèmes officiels ne suivent absolument pas. Seuls un peu plus de 22 % des DEEE mondiaux ont été collectés et recyclés correctement en 2022. Le reste finit dans les décharges, s’évapore dans des filières informelles ou se disperse dans des flux transfrontaliers parfois illégaux.
Des matériaux précieux… et dangereux
Le rapport montre que les DEEE produits en 2022 contenaient :
- 31 milliards de kilos de métaux,
- 17 milliards de kilos de plastiques,
- 14 milliards de kilos d’autres matériaux (verre, minéraux, composites).
Parmi eux, une richesse considérable : cuivre, fer, or, métaux du groupe du platine. Leur valeur totale s’approche des 100 milliards de dollars. Dont un tiers seulement est réellement récupéré. La mauvaise gestion des DEEE libère chaque année 58 000 kilos de mercure et 45 millions de kilos de plastiques bromés dans l’environnement. Une bombe sanitaire, invisible mais très réelle.
Le monde ne recycle pas au même rythme
Les disparités régionales montrent des écarts pharaoniques d’un continent à l’autre :
- Europe : 17,6 kg de DEEE produits par habitant, taux de collecte officiel : 7,53 kg/hab, soit 42,8 %
- Océanie : 16,1 kg/hab, collecte : 41,4 %
- Amériques : 14,1 kg/hab, collecte : 11,8 %
- Asie : 6,4 kg/hab, collecte : 30 %
- Afrique : 2,5 kg/hab, collecte : 0,7 %
Les pays africains génèrent peu de déchets, mais manquent d’infrastructures robustes. Les pays développés, eux, multiplient les équipements… mais n’atteignent pas leurs propres objectifs. En parallèle, environ 5 milliards de kilos de DEEE franchissent les frontières chaque année. Dont plus de la moitié voyage en dehors de tout contrôle. Notamment depuis les pays riches vers les pays à revenus faibles ou intermédiaires. Un transfert de pollution très loin d’être anodin.
Une économie circulaire encore en friche
Sur le papier, les matériaux récupérés représentent de véritables trésors. En pratique, la valeur perdue reste énorme. Lorsque les filières fonctionnent, la gestion des DEEE permet déjà d’éviter plus de 90 milliards de kilos d’équivalent CO₂, grâce :
- au recyclage des métaux,
- à la réduction des émissions des réfrigérants libérés par les climatiseurs et les échangeurs de chaleur.
Pourtant, le bilan économique global reste négatif : plusieurs dizaines de milliards de dollars de pertes, principalement dues :
- aux 78 milliards de dollars d’externalités négatives (pollution, toxicité, émissions),
- aux 10 milliards nécessaires au traitement réglementé des déchets.
Le potentiel de l’économie circulaire électronique est immense, mais sous-exploité.
Trois futurs possibles pour 2030
Le rapport propose trois trajectoires à horizon 2030. A peine cinq ans pour agir :
Scénario statu quo : 20 % de recyclage en 2030
Le monde produirait 82 milliards de kilos de DEEE, avec un recyclage en recul relatif. Les pertes économiques grimperaient à 40 milliards de dollars.
Scénario progressif : 38 % de recyclage
Les bénéfices compensent presque les coûts. Il repose sur une forte mobilisation des pays à hauts revenus et une montée en puissance des infrastructures.
Scénario volontariste : 60 % de recyclage
L’équilibre bascule du bon côté, avec 38 milliards de dollars de bénéfices nets. Ce scénario exige :
- un taux de collecte de 85 % dans les pays dotés d’infrastructures,
- une montée en compétence majeure du secteur informel,
- la fin des décharges comme débouché final,
- et une coopération internationale inédite.
Avec les déficites étatiques et les tensions mondiales actuelles, difficile d’être optimiste quant à la réalisation de ce dernier scénario. Pourtant, le message de fond est clair : sans changement profond, la vague des DEEE deviendra incontrôlable.
Nous sommes donc entrés dans l’ère des objets connectés. Mais nous restons démunis face au destin de ces objets lorsqu’ils meurent. Le rapport mondial 2024 rappelle, chiffres à l’appui, que les DEEE constituent déjà l’un des flux de déchets qui croissent le plus vite. Pourtant, ils recèlent d’immenses ressources, capables de réduire les pressions minières, les émissions et les pollutions. La solution la plus efficace reste aussi que le meilleur déchet électronique est celui que nous ne produisons pas. Réparer, prolonger, réemployer. Et comme toujours, aller vers la sobriété pour envisager l’avenir avec résilience et optimisme.