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Contrairement au discours politique concernant le succès de la pétition anti loi Duplomb, il ne s’agit pas d’une « campagne de désinformation » mais bien d’une expression du bon sens populaire.
Alors que plus de 1,7 million de Français ont signé cette pétition, une fracture s’élargit entre les citoyens et leurs représentants. La réintroduction de l’acétamipride, un pesticide controversé, fait « trembler » la sphère politique. Le malaise est bien réel, la colère aussi. Et surtout, les Français signataires ne sont ni naïfs, ni ignorants.
Des politiques qui n’entendent rien
Ce que voient les Français, ce ne sont pas des fantasmes. Ce sont des cancers fulgurants, des maladies neurodégénératives précoces, des enfants malades et des proches atteints avant 40 ans. Longtemps, on a attribué l’explosion de ces maladies au vieillissement. Mais cette explication s’essouffle et face à la réalité les citoyens commencent à prendre conscience de l’étendue des dégâts. Car les cas se multiplient chez les trentenaires, voire les adolescents. Les tumeurs du foie, du pancréas, des voies digestives n’épargnent plus personne. Toutes les familles sont touchées et les gens ne sont pas assez stupides pour croire que les produits qu’on utilise un peu partout depuis 70 ans pour accroître la rentabilité et les bénéfices n’y sont pour rien.
Le public n’a pas besoin de rapports obscurs, il regarde, compare, écoute ses proches. Il fait le lien entre ce qu’il respire, ce qu’il mange, ce qu’il boit, et la progression du mal. Il connaît le mot PFAS. Chacun comprend que l’industrie chimique et l’agriculture productiviste ont pénétré son quotidien, dans le sang, les sols, l’air et l’eau.
Les Français sont informés … autrement.
Alors, c’est facile, les politiques accusent les journalistes, les militants, les influenceurs d’instrumentaliser la peur. Ils parlent d’un débat faussé. Ils se trompent de siècle. Car le débat n’est plus cantonné aux hémicycles. Il s’ancre dans les forums, les groupes WhatsApp, les chaînes YouTube, les pétitions en ligne. Il passe par les témoignages de soignants, de paysans, de parents et circule librement, sans filtre politique.
Et lorsqu’un million et demi de voix se lèvent, ce n’est pas une bulle médiatique. C’est un signal de rupture.
Des lois votées contre l’intérêt de la santé publique
Les politiques légitiment cette loi au nom de la compétitivité agricole, ils ont raison. Ils invoquent le risque d’importations moins contrôlées, ce qui est vrai. Ils agitent le spectre de la décroissance comme une punition, rien de certain. Mais dans cette logique, la santé devient une variable d’ajustement. Ce n’est pas le changement, la transition qu’on refuse, c’est le renoncement à un modèle toxique et grandement rémunérateur pour une minorité.
L’acétamipride n’est pas un sauveur. Il symbolise une fuite en avant. Car dans un monde saturé de substances chimiques, chaque nouvelle autorisation repousse les limites du tolérable. Elle retarde les vraies réformes : l’agroécologie, le soutien aux petites fermes, la réduction des intrants, la justice sociale dans l’alimentation.
La souveraineté citoyenne en cause
Alors oui, c’est une histoire de souveraineté alimentaire et le risque est grand de voir des agriculteurs français disparaître encore un peu plus qu’actuellement. Oui, le risque est grand de voir arriver sur notre territoire encore un peu plus de denrées alimentaires ne respectant pas nos normes. Mais là où les politiques se trompent, c’est qu’ils oublient que la souveraineté démocratique passe aussi par l’écoute et le langage de vérité. Et que passer en force face à un mouvement populaire aussi massif relève d’une forme de déni.
Aucune urgence économique ne justifie de court-circuiter un débat de fond. Surtout quand le peuple lui-même alerte sur sa santé. Car c’est bien là le paradoxe : ceux qui dénoncent une supposée désinformation, refusent d’entendre une réalité vécue, visible, partagée. En réalité, depuis le départ le débat est faussé. En effet, aucun article du texte n’a été examiné. Avant même d’ouvrir le débat, une motion de rejet a été votée à la hâte. Les députés n’ont donc pas exercé leur rôle de représentation. Et pourtant, comme par enchantement, un accord a vu le jour. Sans cadre, sans débat, sans vote sur le fond. Une manœuvre institutionnelle qui interroge lourdement sur l’état de notre démocratie représentative.
Ce que montre le succès de cette pétition, c’est une prise de conscience collective. Un refus de sacrifier encore et toujours la santé sur l’autel d’un productivisme à bout de souffle. Les citoyens n’attendent plus que les politiques comprennent. Ils s’organisent, s’informent, s’expriment. Ils signent, manifestent, s’alertent. Et pendant que les députés gèrent l’immédiat et copinent pour sauver les intérêts de certains, la société civile anticipe l’avenir avec bon sens. Sans aller jusqu’à dire que la désobéissance devient un instinct de survie, la manifestation de cette défiance populaire est en réalité un sursaut démocratique dont les politiques devraient sérieusement se méfier.