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Il est tout de même affligeant de se rendre compte en 2025 que des actions aussi basiques que respirer, boire ou dormir pourraient être nocives pour notre santé !
Déjà dans les années 70, les alertes sur les dangers de la dégradation de l’environnement pour la santé existaient. Cinquante ans plus tard, un quart des décès prématurés dans le monde sont dus à des facteurs environnementaux – Sources OMS. Ces décès égalent ceux liés au tabac en France. Le rapport publié par le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan sur la santé environnementale est édifiant.
Ainsi, pollutions chimiques, physiques et sonores impactent lourdement la santé. Elles minent aussi sur les finances publiques. Et malgré des plans existants, les moyens restent insuffisants. De même, les contrôles sont insuffisants.
Des politiques incomplètes
Les pesticides, les particules fines, le bruit et les PFAS sont au cœur du rapport. Tous ont des effets avérés sur la santé. Chaque année, la pollution de l’air cause jusqu’à 40 000 morts prématurés dans notre pays, soit plus que les accidents de la route – Sources Santé publique France. Les PFAS, utilisés dans les poêles, textiles ou emballages, contaminent les sols, l’eau et nos organismes. Un quart des adolescents français présentent déjà des taux sanguins inquiétants. Leur dépollution mondiale coûterait plus que le PIB mondial.
Les pesticides, quant à eux, demeurent omniprésents dans l’eau potable : un Français sur quatre a bu une eau dépassant les seuils de qualité en 2023. On néglige aussi bien souvent l’impact du bruit. Pourtant, trop de bruit, trop souvent, ce sont plus de troubles cardiovasculaires et du sommeil. Mais aussi 13 000 morts prématurées par an en France. Le coût social du bruit est aussi conséquent. On parle ici de plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Quatre fléaux bien identifiés
Pesticides, PFAS, bruit et particules sont responsables d’une grande majorité des maladies, malformations ou dégradations de la santé de la population.
Les pesticides :
La France reste le premier marché européen des pesticides. Le HCSP recommande de renforcer le plan Ecophyto, d’interdire leur usage dans les zones de captage d’eau potable et d’augmenter les redevances selon le principe du pollueur-payeur. Il plaide aussi pour former massivement les agriculteurs à l’agroécologie et soutenir la filière biologique dans la Politique agricole commune.
Les PFAS :
La loi du 27 février 2025 interdit progressivement ces substances et vise leur suppression totale d’ici 2030. Mais pour être efficace, la France doit peser à Bruxelles : cinq États membres ont déjà proposé à l’ECHA d’interdire tous les PFAS. Le HCSP insiste sur l’urgence d’une surveillance accrue des aliments et des populations exposées, et sur la nécessité de faire payer les industriels.
Le bruit :
En 2022, environ 112 millions d’Européens ont été exposés à un bruit supérieur à 55 dB(A) à cause des transports, selon l’Agence européenne de l’environnement.
L’OMS estime même que 150 millions de personnes dépassent ses seuils, plus stricts que ceux de l’Union européenne. En France, 24 millions de personnes seraient concernées, et jusqu’à 45 millions d’après l’Ademe, selon la méthode de calcul retenue. Une politique nationale du bruit avec des objectifs chiffrés doit exister. Il faut aussi asssurer le déploiement de radars sonores. Une révision des seuils réglementaires s’impose aussi. Les responsables sont connus : les transports terrestres et aériens. Le HCSP appelle à des taxes renforcées sur les nuisances sonores aériennes.
Les particules fines :
Depuis 2000, les émissions de particules PM2.5 diminuent. Moins 56 %. Grâce aux réglementations sur le chauffage et le transport. Pourtant, les zones urbaines restent saturées. Le HCSP appelle à réduire le chauffage au bois non performant. Mais aussi à accélérer la rénovation énergétique. Enfin, la sortie progressive des véhicules thermiques de la ville doit rester d’actualité.
Gouverner, connaître pour mieux agir
La santé environnementale est victime d’un manque de coordination. Près d’une dizaine de plans (PNSE, Ecophyto, PFAS, cancer, etc.) coexistent sans réelle cohérence. Le HCSP recommande la création d’une stratégie nationale de santé environnementale avec un pilotage interministériel durable. Il propose aussi de former les parlementaires et les décideurs via l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques – OPECST, d’organiser une convention citoyenne sur la santé environnementale, et de rendre les décisions de l’Anses plus transparentes et débattues publiquement.
Enfin, la recherche reste sous-financée. Le HCSP plaide pour une fiscalité accrue sur les activités polluantes afin de soutenir la biosurveillance, les études épidémiologiques et les cohortes de long terme.
Le rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan rappelle une évidence. Celle que nous oublions trop souvent pour laisser place à l’économie, l’envie, la consommation. Notre santé dépend de celle de notre environnement. On le sait, les polluants ne font pas que se stocker. Ils s’accumulent et se combinent. Les conséquences ne peuvent alors être maîtrisées. La prévention coûte alors toujours moins cher que la réparation. Il faut impérativement renforcer la recherche. Mais aussi coordonner les politiques et impliquer les citoyens. Ce sont les conditions d’une refondation nécessaire. Encore une fois, il ne s’agit plus d’alerter, mais d’agir.