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L’Iran affronte une sécheresse historique qui frappe la moitié de son territoire et fait appel à des mesures d’urgence : évacuations massives et géo-ingéniérie.
Les précipitations sont en effet inférieures de 90 % à la moyenne. Les barrages sont presque vides. Téhéran, qui abrite plus de 10 millions d’habitants, ne dispose que de quelques jours d’eau potable. Face à cette crise sans précédent, le gouvernement tente une fuite en avant. La même que celle, infructueuse, utilisée par l’Inde il y a peu : l’ensemencement des nuages. Cette technique, censée faire tomber la pluie, pourrait pourtant aggraver la situation.
Une sécheresse centennale
La capitale vit la pire sécheresse depuis un siècle. Le barrage Amir Kabir contient seulement quelques millions de m³ d’eau, contre un peu moins de cent millions l’an dernier. Son niveau actuel permet d’alimenter la ville durant moins de deux semaines.
Par ailleurs, la moitié des provinces n’a reçu aucune pluie depuis octobre. Les rivières, les nappes, les réservoirs sont presque secs. Les images diffusées par les médias d’État montrent des barrages à Ispahan ou Tabriz vides. La capitale subit déjà des coupures nocturnes. Des millions d’habitants remplissent bouteilles, jerricans et baignoires pour tenir jusqu’au lendemain.
Et pourtant, la consommation reste élevée, ce qui rend la situation explosivement fragile. D’ailleurs, le président évoque maintenant, même prudemment, un scénario inimaginable : évacuer Téhéran si les pluies ne reviennent pas avant la fin de l’année.
L’automne le plus sec depuis cinquante ans
Alors oui, l’Iran a « toujours » connu un climat aride. Mais la tendance actuelle dépasse toutes les prévisions. Cette situation combine dérèglement climatique global et mauvaise gestion interne. Depuis des décennies, les pompages excessifs, l’irrigation inefficace et l’absence de planification fragilisent les ressources hydriques. Cette année, la neige manque aussi sur les sommets. Les glaciers saisonniers n’alimentent plus les cours d’eau. Les terres se craquellent. L’air se charge de poussières qui s’ajoutent à la pollution chronique. Dans certaines villes, les habitants n’ont plus d’autre choix que le camion-citerne. Ceux qui en ont les moyens achètent de l’eau en bouteille pour cuisiner, se laver, parfois même pour tirer la chasse.
La géo-ingénierie : un pari risqué
Face à cette urgence, le gouvernement relance massivement les opérations d’ensemencement des nuages. L’Iran pulvérise de l’iodure d’argent. Des avions ensemence les nuages dans l’espoir de déclencher des pluies artificielles. Un premier vol a eu lieu au-dessus du lac d’Ourmia. Sa surface s’est effondrée après des années de sécheresse. D’autres suivront. L’Iran assure avoir développé sa propre technologie. Ils regardent aussi du côté des Émirats arabes unis qui utilisent déjà cette méthode.
Cependant, cette stratégie questionne et inquiète. Les précipitations gagnées sont souvent faibles. Les effets demeurent incertains. Les experts rappellent que l’iodure d’argent peut s’accumuler dans les sols ou les eaux. Enfin, les vols d’ensemencement ne créent pas l’humidité. Ils ne font que redistribuer une vapeur d’eau déjà rare, au risque de priver d’autres régions. L’Inde a tenté de faire pleuvoir en octobre, sans réel succès.
Autrement dit, la géo-ingénierie peut déplacer le problème au lieu de le résoudre. Elle donne l’illusion d’une maîtrise climatique, en réalité impossible. Elle pallie l’inaction coupable de gouvernements bien plus préoccupés par leur survie et le contrôle de la population que par son bien-être.
Un symptôme du dérèglement global
L’Iran n’est pas isolé. Une sécheresse plus fréquente touche déjà l’Asie centrale. Mais aussi le Moyen-Orient et une partie de la Méditerranée. Le réchauffement modifie la circulation atmosphérique. Les pluies se raréfient. Les vagues de chaleur s’intensifient. Les sols se dégradent. Mais la situation iranienne est l’illustration d’une inaction coupable. Une crise climatique devient rapidement une crise politique, économique et sociale. Des jours fériés sont même instaurés dans l’année pour tenter d’économiser l’eau et l’énergie. Des coupures de courant rappellent cette fragilité structurelle. Téhéran, déjà envahie par la poussière et le smog, vit désormais sous la menace d’une rupture totale d’approvisionnement. Après la perte de liberté, les habitants risquent de se voir priver d’alimentation en eau. Les dirigeants risquent aussi de refuser l’aide internationale, par principe, par vengeance.
L’Iran entre donc dans une zone de danger. L’eau disparaît, les barrages sont à l’arrêt et les villes suffoquent. Face à la sécheresse la plus sévère depuis un siècle, le pays tente d’invoquer la pluie depuis le ciel. L’ensemencement des nuages peut donner l’espoir d’un répit, mais ce n’est bien souvent qu’une illusion. La géo-ingénierie reste un pari. Elle peut aussi aggraver des tensions hydriques déjà extrêmes. Dans un pays où moins de deux semaines d’eau séparent la capitale du chaos, la question n’est plus seulement climatique : elle devient existentielle.