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Quand des députés font tout pour sabrer la « taxe plastique« , c’est bien l’intérêt général qui est négligé pour contenter quelques lobbies et ambitions.
Pour autant, rien de bien étonnant quand on observe la politique française et internationale. Cela dit, c’est quand même affligeant de constater à quel point le climatoscepticisme, les intérêts particuliers et financiers prennent le dessus sur le bien commun, le vivant et l’avenir des générations futures. Les partisans du statu-quo sont toujours au pouvoir, malgré les mots creux des discours officiels.
La taxe plastique
Mise en place le 1er janvier 2021, la taxe plastique de l’Union européenne poursuit deux objectifs : rembourser le plan de relance européen et inciter les États membres à mieux recycler. Son principe est simple : chaque pays verse 0,80 € par kilogramme d’emballages plastiques non recyclés (bouteilles, pots, barquettes…). Ce tarif s’applique aux dix États les plus riches, tandis que les autres bénéficient de réductions forfaitaires selon leur niveau de revenu.
Les montants collectés alimentent le budget de l’Union, à côté des contributions habituelles (TVA, droits de douane). En 2023, cette ressource a rapporté 7,2 milliards d’euros, soit 4 % du budget européen.
Malgré les évidences
Le gouvernement propose une taxe sur les emballages plastiques non recyclés. Pourquoi ? Parce que la France recycle seulement 25 % de ses emballages plastiques. La moyenne européenne est d’environ 40 %, la cible européenne grimpe à 50 % dès 2025, 55 % en 2030. Donc, logiquement, l’Europe nous sanctionne. La France figure, aussi logiquement, parmi les plus gros contributeurs à la « taxe plastique » européenne. Du coup, ces politiques soumis affublent l’UE de tous les slogans populistes possibles et immaginables. Alors qu’elle ne fait que forcer la main à des secteurs industriels qui polluent déjà au-delà du raisonnable, voire même de l’entendable.
En 2023, la contribution française à la « taxe plastique » européenne a atteint moins de deux milliard d’euros. Une taxe payée par l’Etat et donc le contribuable. Cette taxe sur les déchets d’emballages plastiques proposée dans le budget 2026 vise à faire assumer par les éco-organismes une part des coûts que la France verse à l’Union européenne pour ses emballages plastiques non recyclés. Rien de plus cohérent quand on accepte la logique du « pollueur-payeur ». Rien de plus logique lorsque l’Etat est surendetté. Et pourtant, les lobbies crient déjà au « choc fiscal ».
Rappelons aussi, qu’il y a à peine deux mois, la Ministre Pannier-Runacher déclarait après l’échec des négociations sur le Traité Plastique que : « Je suis déçu et en colère. Je suis déçu que nous n’ayons pas pu répondre aux attentes de nos citoyens vis-à-vis de la menace que représente la pollution plastique sur leur santé et sur leur environnement. La France est en colère après l’échec des négociations sur la pollution plastique.« . Va comprendre la logique … Bon, on va me répondre qu’avec la valse des gouvernements, il n’y a rien de plus logique que l’absence de ligne directrice stable… Déprimant.
Et pour terminer, d’après les industriels, 80 % des plastiques seraient « réutilisables, recyclables ou compostables ». Pour autant, la quantité de plastique produite sur Terre ne cesse d’augmenter. Autant dire que nous ne sommes pas sur la bonne voie.
Le poids désastreux des lobbies
La plasturgie s’indigne. L’agroalimentaire hurle. Les communiqués promettent faillites et délocalisations. Les barquettes plastiques sauveraient l’hygiène et les pots en plastique protègeraient mieux la chaîne du froid. Mais, soyons sérieux. Le coût de l’inaction reste colossal. Pollution diffuse. Des déchets partout sur Terre. Une dépendance au pétrole qui nous affaiblit. Et, enfin, des pénalités européennes récurrentes. Le principe « pollueur-payeur » semble encore une fois évident. Donc la taxe aussi. Mieux, ZeroWaste France rappelle que le niveau proposé paraît très bas. Bruxelles réclame 800 €/tonne de plastique non recyclé. Nous parlons de 150 €/tonne en 2030. Est-ce vraiment « punitif » ?
Le 22 octobre 2025, la commission des finances supprime la taxe dans le PLF 2026. Cinq amendements convergent. L’un émane de deux députés de l’ex « majorité » présidentielle. Et il est adopté.
Le texte supprime les alinéas concernés de l’article 21. Il prétend protéger la compétitivité, sans améliorer le recyclage. Il compense la perte par une surtaxe sur le tabac. Bref, on brouille le message.
Le roman des excuses
Le plastique n’est pas neutre. Il vient du pétrole, avec des émissions de GES et le réchauffement du climat. Rien de neuf. Puis, on peut ajouter des coûts sanitaires et écologiques. Ainsi, supprimer une taxe incitative va à contre-courant de la loi Climat et Résilience, des recommandations scientifiques, des engagements européens. Par ailleurs, le tri progresse trop lentement. Les filières REP (ce dispositif oblige le producteur à intégrer dans le prix de vente le coût de prévention et de gestion des déchets, l’incitant ainsi à concevoir des produits plus écologiques pour réduire ces dépenses) existent. Mais l’incitation prix manque. Sans signal, le marché s’endort et rien n’avance.
Les auteurs de l’amendement citent un coût potentiel de 150 millions d’euros pour la filière en 2030. Ils affirment que la mesure « pèsera lourdement sur la compétitivité » et « pourrait aggraver l’inflation alimentaire ». Argument pratique, toujours efficace médiatiquement. Ils ajoutent « les entreprises financent déjà lourdement la gestion des emballages ménagers via la filière REP, dont le coût a doublé en cinq ans (de 800 M€ à 1,6 Md€)« . Rien de plus normal non ? La TGAP (la taxe générale sur les activités polluantes est un impôt qui s’applique à diverses activités polluantes) et les éco-contributions financées par les producteurs représentent aussi un peu plus d’un milliard chaque année. Mais ces chiffres ne prouvent et ne changent rien. Car cette somme ne couvre pas les coûts environnementaux et sanitaires réels du plastique, ni les sommes payées à l’Union européenne.
Enfin, si les alternatives au plastique restent limitées et plus coûteuses, c’est justement pourquoi il faut investir. Car une taxe, bien calibrée, oriente les choix industriels. Elle incite à innover et pousse au réemploi, au vrac, à la recherche sur les biopolymères. Bref, derrière la façade comptable, l’amendement n’avance aucun argument environnemental. Juste la peur du changement. Et la défense d’intérêts privés.
La taxe frappera les ménages. Mais les ménages paient déjà, via l’impôt et via les conséquences de la pollution. On nous dit que les entreprises investissent. Très bien. Alors, qu’elles réduisent le plastique vierge (le plastique d’origine, non transformé). Qu’elles généralisent le réemploi. Qu’elles conçoivent le recyclable dès l’amont. On nous dit : « Le tri des ménages bloque ». Certes. Mais le signal prix accélère l’éco-conception, le vrac, la consigne, et la collecte performante. Le fumeur arrête aussi de s’intoxiquer parce que le prix des paquets augmente fortement.
Bref, ne rien faire, laisser faire, c’est courir à la catastrophe. Il est indispensable de changer. Même si cela doit coûter plus cher effectivement. C’est peut-être cela le courage politique : dire que, quoi qu’il arrive, dans les années à venir, il va falloir payer plus cher ces produits polluants. Pour les industriels et pour les particuliers. Même si cela doit signifier prendre un risque électoral.
Surtout que cette dissonance cognitive est dramatique. Les mêmes responsables jurent lutter contre le dérèglement climatique et la pollution. Mais ils suppriment l’outil le plus basique : un prix alloué à la pollution. Faut-il parler de climatoscepticisme honteux ? Parfois, oui. Ou d’intérêts bien compris. Car, finalement, qui profite du statu quo ? Certainement pas nous, les citoyens.
Ce que demandent les ONG
Surfrider et ZeroWaste France exigent le maintien de la taxe. Et même une hausse progressive. C’est logique. Car le niveau proposé reste trop faible. Nous l’avons vu, il faut un signal fort, l’heure n’est plus aux demi-mesures. Il faut une réduction à la source, du réemploi, de la consigne, une incorporation recyclée vérifiée. Cette dernière est le fait d’intégrer, dans la fabrication d’un produit neuf, une proportion mesurable et certifiée de matières plastiques issues du recyclage et non de plastique vierge. Et il faut surtout de la transparence. Une publication annuelle des tonnages, des taux de recyclage réel. Avec des objectifs contraignants et des sanctions effectives pour les fraudeurs. Ces ONG ne font en réalité que revenir au bon sens.
Et bien entendu, il faut que le client, l’usager accepte de payer une partie de ces contraintes lors de l’achat ou en payant ses impôts.
En réalité, ce vote ne surprend même pas. Il déçoit par contre et contredit l’histoire. Le plastique, ça reste du pétrole. Donc, à une époque où les discours politiques consistent à mettre en avant la lutte contre le dérèglement du climat, ce genre d’amendement ne peut être compris ou accepté. La France paie près de 2 milliards d’Euro à l’Europe pour ses manquements. Pourtant, certains refusent d’envoyer un signal prix minimal à ceux qui mettent ce plastique sur le marché. Les mêmes vont ensuite demander à l’Etat de faire des économies. L’industrie pollue et ce devrait être à l’Etat de payer via les impôts ?
Alors oui, c’est un refus de responsabilité, un renoncement politique. Malgré tout, les citoyens voient et jugent. Et, tôt ou tard, l’écologie s’imposera, d’une manière ou d’une autre. Cela dit, mieux vaudrait maintenant. Pas après la prochaine facture, la prochaine amende. Encore moins lorsqu’il sera trop tard pour agir.