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La colère des pêcheurs après l’interdiction de la pêche au maquereau, celle des paysans et des éleveurs face au Mercosur ou à la fièvre nodulaire n’ont rien d’irrationnel.
Elle révèle un système à bout de souffle, qui corrige trop tard des crises qu’il a longtemps organisées. Tout cela avec un seul but : faire subsister, faire résister un système productiviste qui défend les plus gros et sacrifie les plus petits. Petits qui produisent la plupart du temps de la qualité avec des normes contraignantes mais sécurisantes.
La facture de la surpêche arrive
La crise du maquereau choque, mais elle ne surprend plus. Les stocks de l’Atlantique Nord-Est se sont effondrés après des décennies de surpêche industrielle. En 2026, l’Union européenne impose une baisse de 70 % des quotas, un peu moins que ce que recommandaient les scientifiques. Autrement dit, la réalité biologique rattrape enfin la décision politique.
Pour la France, le choc est brutal. Le quota national passe de 16 000 tonnes à 2 400 tonnes, alors qu’une seule région consomme 1 400 tonnes par an – source EuroNews. Oui, la colère des pêcheurs est compréhensible. Mais oui aussi, cette réduction devient inévitable après avoir ignoré trop longtemps les alertes scientifiques.
Le maquereau, migrant climatique, fuit le réchauffement. Il tombe désormais dans des zones de pêche surcapitalisées, dominées par des super-chalutiers industriels. Du coup, on interdit aux artisans de pêcher un poisson présent dans leurs eaux. Pire, on les oblige parfois à rejeter du poisson mort, absurdité écologique totale.
Agriculteurs et Mercosur : la même mécanique de déclassement
La colère paysanne suit la même logique. L’accord Mercosur, en passe d’être adopté, cristallise une angoisse profonde et rationnelle. Il ouvre la porte à des importations de bœuf, volaille, sucre ou miel, produits à bas coûts et à normes affaiblies. En parallèle, il promet surtout des débouchés industriels et automobiles.
Les clauses de sauvegarde prévues restent fragiles. Comme pour la pêche, on demande aux producteurs locaux d’être vertueux. Mais on les met en concurrence avec des modèles qu’ils ne peuvent ni imiter, ni combattre.
Dermatose nodulaire : sacrifier les éleveurs pour préserver l’export
La gestion de la dermatose nodulaire contagieuse achève de briser la confiance. Des troupeaux entiers sont abattus dès un cas détecté. Dans certaines zones, des centaines de bovins disparaissent en quelques jours. Les indemnisations peinent à couvrir les pertes économiques et psychologiques. Pourtant, une vaccination massive reste possible. Mais elle pénaliserait les exportations de viande, jugées stratégiques.
Ainsi, on préfère l’abattage généralisé. On protège les flux commerciaux, pas les éleveurs ni le vivant.
Une même logique : protéger les marchés d’abord
Pêche, agriculture, élevage rappellent donc la même histoire. On laisse s’installer la surproduction, puis on coupe brutalement lorsque les conséquences négatives se voient un peu trop. On invoque la science, mais toujours trop tard. On invoque l’Europe, mais sans jamais remettre en cause les accords commerciaux. Les producteurs encaissent la transition sans l’avoir choisie. Ils paient pour des décisions prises loin des ports, des champs et des étables. Ils paient de leurs sacrifices la sauvegarde des plus gros et des distributeurs qui ne veulent que le profit. On peut comprendre la colère des concernés. Même aidés, c’est tout leur travail qui est remis en cause. Avec, à la fin, leur disparition et l’importation de produits de plus faible qualité, voire dangereux d’un point de vue sanitaire!
La colère des pêcheurs, des paysans et des éleveurs n’est donc pas un refus de l’écologie. C’est un refus d’une écologie sans justice. C’est aussi un refus de la priorité donnée aux plus forts, à leurs dépens. Sans visibilité, sans protection commerciale, sans partage équitable de l’effort, aucune transition ne tiendra, c’est certain. Ni sur mer, ni sur terre, ni dans les fermes.