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La criminalité environnementale progresse de 5 à 7 % par an, génère jusqu’à 230 milliards d’euros de profits illicites dans le monde et devient une réelle menace à l’échelle planétaire.
En France, elle prend de multiples formes. Elle s’enracine partout et concerne plusieurs milliers d’infractions éparpillées dans quinze codes différents. Pourtant, ce sujet reste souvent sous les radars. Mais il touche la santé, les paysages, les économies locales et même la sécurité.
Ce rapport de 2022 dévoile l’étendue d’une menace devenue la quatrième source mondiale de revenus criminels, juste derrière la drogue, la contrefaçon et la traite humaine.
Une criminalité protéiforme qui s’adapte sans cesse
La criminalité environnementale prospère car elle offre un ratio “risques faibles, bénéfices élevés”. Les sanctions restent limitées, les contrôles insuffisants et les preuves difficiles à rassembler. Les réseaux exploitent internet, utilisent des sociétés écrans, et masquent leurs responsabilités grâce à des chaînes d’intermédiaires opaques. Elle s’appuie sur trois profils d’auteurs :
- des ignorants qui pensent respecter la loi,
- des opportunistes qui veulent éviter des contraintes jugées coûteuses,
- des groupes criminels structurés qui utilisent des méthodes proches du grand banditisme, messageries cryptées comprises.
Les impacts sont multiples : pertes économiques, pollutions durables, maladies, destruction d’espèces, et pressions supplémentaires sur des territoires déjà fragilisés par le dérèglement climatique.
Des risques technologiques
La France compte environ 500 000 ICPE/Installations classées pour la protection de l’environnement. Parmi elles, 28 000 sont soumises à autorisation et peuvent présenter de graves dangers en cas d’incident ou de sabotage. En 2018, 1 036 accidents ou incidents ont été recensés. En 2020, 70 % des accidents technologiques impliquaient une ICPE.
Les risques concernent :
- des explosions,
- des incendies,
- des rejets toxiques dans l’air et l’eau,
- des contaminations durables des sols.
Les conséquences deviennent lourdes : pertes économiques, menaces sanitaires, désorganisation des filières, et atteintes graves à la biodiversité. Le rapport rappelle également la complexité de la réglementation Seveso et IED, essentielle mais lourde. Il souligne les difficultés de contrôle et le manque de moyens.
Les atteintes aux espèces : un commerce lucratif et mondialisé
Le trafic d’espèces sauvages place la France au cœur de routes internationales. Elle apparaît tour à tour comme pays de transit, fournisseur ou destination finale. L’Asie, l’Espagne et l’Europe de l’Est émergent comme zones clés de ce commerce illégal, utilisé parfois par des organisations criminelles proches du grand banditisme.
Le rapport rappelle que certaines affaires incluent des chardonnerets, des reptiles, des primates ou encore des tortues. Les réseaux vendent ces animaux via les réseaux sociaux, souvent sans se cacher, avec photos et vidéos destinées à attirer les acheteurs.
Les risques ne se limitent pas à la biodiversité. Ils incluent aussi :
- des zoonoses,des fraudes fiscales,
- des maltraitances massives,
- une perte de contrôle sur les filières sanitaires.
La peine maximale, dans les affaires les plus graves, atteint dix ans en cas d’écocide. Mais elle reste rarement appliquée.
Des atteintes aux espaces naturels
Les espaces naturels subissent de multiples pressions criminelles : décharges sauvages, braconnage, coupes illégales, constructions illicites, pollutions, ou pêche illégale. Le rapport signale plus de 36 000 décharges sauvages recensées en 2018. Beaucoup se développent à proximité des villes, créant des risques sanitaires, des pollutions du sol, et une dégradation rapide des paysages.
Le littoral connaît aussi des pressions croissantes :
Dans les forêts, les coupes irrégulières, parfois orchestrées par des réseaux, fragilisent des écosystèmes déjà menacés. Les aires protégées n’échappent pas aux trafics, notamment de bois, de plantes ou d’espèces protégées. Les atteintes peuvent mettre des décennies à se résorber.
Les déchets au coeur de la criminalité environnementale
Le rapport insiste fortement sur ce secteur. Avec 343 millions de tonnes de déchets produits en France en 2018, dont 70 % issus du BTP, la filière attire des réseaux attirés par les profits faciles. On compte :
- environ 36 000 décharges sauvages,
- un commerce illégal des véhicules hors d’usage (500 000 VHU échappent chaque année à la filière légale),
- des trafics de pneus,
- des transferts illégaux vers l’Afrique ou l’Europe de l’Est,
- des pollutions massives lors d’abandons sur terrains privés.
Le rapport cite une « mafia des déchets ». Cette dernière a illégalement déversé plusieurs centaines de milliers de tonnes dans le Sud-Est et en Italie. Les préjudices dépassent 5 millions d’euros pour la remise en état. Des peines de prison ferme ont été prononcées. Ces activités génèrent des pollutions de l’air, de l’eau, et même des cancers. Un particulier a par exemple été contaminé par des terres polluées déposées frauduleusement sur son terrain.
L’amiante : un risque toujours bien présent
Bien qu’interdit depuis 1997, l’amiante continue de poser un immense problème sanitaire et criminel. Les mauvais désamiantages, les dépôts illégaux et les chantiers “low cost” génèrent des expositions graves. Le rapport rappelle :
- 2 488 maladies professionnelles. Maladies liées à l’amiante en 2020.
- de 30 000 à 90 000 décès par an dans l’UE.
- des coûts d’indemnisation de 260 millions d’euros en 2020 en France.
Malgré cela, certaines entreprises contournent la réglementation. Elles dissimulent des déchets amiantés ou pratiquent des chantiers illégaux. Tout cela avec des risques sanitaires majeurs.
La criminalité environnementale n’est donc pas une criminalité comme les autres. Elle avance lentement mais sûrement. Au passage, elle détruit des écosystèmes, ruine des territoires. Elle met surtout des vies en danger, et génère de l’argent sale à grande vitesse. Le rapport 2022 montre que la France reste vulnérable. Et ceci malgré une mobilisation croissante des forces de l’ordre, des élus et des ONG. Cependant, on pourrait inverser la tendance. Avec une meilleure coordination, des sanctions plus fortes, et une volonté politique plus affirmée.