Sommaire
Chaque été, les marchés s’éveillent, le local est à l’honneur et manger local devient même tendance.
Courgettes dodues, fraises juteuses, fromages affinés… Acheter près de chez soi, soutenir les producteurs, éviter les tomates d’Espagne et les fruits de l’autre bout du monde. L’idée séduit. Et pourtant, derrière cette apparente évidence, une autre réalité se dessine. Le local est-il forcément plus écologique ? Plus vertueux ? Et surtout, peut-on réellement consommer local au quotidien ?
Qu’est-ce que manger local ?
Manger local, c’est d’abord une question de territoire. Pour certains, cela signifie consommer des aliments produits dans un rayon de moins de 50 kilomètres. Pour d’autres, le critère s’élargit au département, à la région entière. Le principe reste le même : raccourcir la chaîne d’approvisionnement.
Le consommateur accède directement ou presque au producteur. Cela passe par des AMAP, c’est à dire une association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne qui est un partenariat direct entre des consommateurs et une ferme, reposant sur la livraison régulière de paniers composés des produits cultivés ou fabriqués par l’agriculteur. On peut se rendre dans des marchés de villages, dans des coopératives …
De nombreuses applications permettent de localiser prêt de chez vous les producteurs qui proposent une vente en direct. On citera par exemple : Cagette.net ou encore Avenir-Bio qui référence les AMAP. A Strasbourg, un site propose de retrouver toutes ces productions.
Cela dit, il suffit bien souvent d’ouvrir les yeux lorsqu’on traverse les villages. A côté de chez moi, tous les samedis matin, à Belleray dans la Meuse, la ferme bio « Au vert d’un pré » fait de la vente en direct. Il y a souvent un fromager du coin, une productrice d’oeufs … On vient avec son panier et c’est parti …
Des bienfaits nombreux
L’avantage le plus immédiat du local, c’est la fraîcheur. Pas de stockage prolongé, pas d’avion, pas de frigo industriel. On mange ce qui vient de la terre… la semaine même. Autre atout : le lien. Dans les AMAP ou les « ruches », les habitants se retrouvent, échangent avec les producteurs, apprennent les contraintes agricoles. On redécouvre les légumes oubliés, les saisons, les vrais goûts … une réelle éducation sur le terrain.
Et le prix ? Dans certains cas, le panier local reste abordable. Généralement, le samedi matin, je m’en sors pour une petite trentaine d’euros, j’ai tout ce qu’il me faut pour la semaine et même un peu plus parfois. C’est plus transparent aussi. Pas d’étiquette opaque : on sait d’où viennent les œufs, les pommes ou les oignons.
Des limites écologiques souvent ignorées
Attention aux illusions malgré tout. Manger local ne signifie pas automatiquement manger bas carbone. Les transports ne représentent en moyenne que 10 % des émissions liées à l’alimentation. Le reste, c’est la production, les engrais, la transformation, la réfrigération.
Prenons des fruits de conservation comme les pommes ou même les poires. Une pomme qui vient de Chine en cargo ou avion peut, parfois, émettre moins de CO₂ qu’une pomme française conservée au froid pendant 10 mois. Pareil pour des poires venues d’Espagne.
Même paradoxe pour des légumes produits à des milliers de kilomètres, envoyés par avion, mais cultivés sans tracteur, avec du fumier local. Leur bilan carbone restera inférieur à ceux produits intensivement en Europe. Nous sommes bien d’accord, ce n’est pas le plus courant. Bien souvent, on trouve des produits de l’autre bout du monde produit avec une agriculture intensive.
Alors oui, le mieux c’est de bien se renseigner sur ce qu’on achète et où on achète. Le bio en local, c’est sans doute le top. Mais pas toujours possible … et souvent cher.
Des motivations autres que l’écologie
Alors, pourquoi continuer à manger local si ce n’est pas toujours aussi vertueux que ce qu’on peut le dire ? Parce que l’enjeu dépasse les gaz à effet de serre. Le local soutient une économie de proximité, fait revivre les villages sans commerces, crée des emplois agricoles. Il renforce la résilience alimentaire face aux crises.
À condition, bien sûr, que ces circuits soient accessibles. Car tout le monde n’a pas une ruche ou un maraîcher bio dans son village. Et certaines offres restent chères ou limitées en variété.
[inline_related_postsitt le= »Vous aimerez aussi: » title_align= »left » style= »list » number= »4″ align= »none » ids= » » by= »categories » orderby= »rand » order= »DESC » hide_thumb= »no » thumb_right= »no » views= »no » date= »yes » grid_columns= »2″ post_type= » » tax= » »]
Le local ne sauvera pas la planète, c’est certain. Ne manger qu’en local reste compliqué. Mais il peut faire partie de la solution. À condition de l’associer à d’autres efforts : manger de saison, réduire la viande, limiter le gaspillage, choisir des modes de production durables, se renseigner sur ce qu’on mange. La framboise est un fruit d’été. La pomme, un fruit d’automne. Respecter le rythme des saisons, voilà sans doute le premier pas vers une alimentation plus responsable.