Sommaire
La mobilité en France est lièe à des fractures sociales majeures et à des défis climatiques d’ampleur. Le rapport « Mobilités – Avançons ensemble », publié en juillet 2025, dresse un état des lieux précis de nos habitudes et de leurs conséquences.
Ce document met aussi en avant les inégalités sociales, les choix économiques et les impacts environnementaux liés à cette mobilité.
Des trajets plus longs, surtout en zones rurales
Les Français parcourent chaque jour des distances différentes selon leur lieu de vie.
- En zones rurales, la voiture domine. Les habitants réalisent 1,7 fois plus de kilomètres en voiture que les urbains. Résultat : 41,8 % des émissions proviennent de 33 % de la population.
- En zones urbaines denses, l’avion pèse lourd. 10 % des kilomètres parcourus. Bien plus qu’en milieu rural.
Les trajets quotidiens ne comptent que pour un quart des déplacements (environ 40 % des distances). Et ils génèrent la moitié des émissions de gaz à effet de serre.
Un coût croissant
La part des dépenses de transport dans le budget des ménages reste globalement stable depuis une quinzaine d’années (autour de 13 à 14 %). Mais le carburant pèse de plus en plus lourd. Sa part est passée de 24 % en 2016 à 29 % en 2023.
- C’est jusqu’à 8 % des revenus annuels des plus pauvres. C’est seulement 2,7 % pour les plus riches.
- Posséder une voiture coûte cher. Coût moyen : 3 763 € par an en 2022. C’était « seuelement » 3 252 € en 2015. Soit une hausse de 16 %.
Le prix du transport aérien a aussi bondi de 38 % depuis 2015. C’est presque deux fois plus vite que l’inflation. Et ceci malgré la faible taxation du kérosène aérien. À l’inverse, le train n’a augmenté que de 15 %. Mais il existe de fortes disparités : les billets de TER ont pris 12 %, contre seulement 3 % pour les TGV domestiques.
Santé publique et pollution
Les transports routiers représentent les deux tiers des émissions de NOx et plus de la moitié des particules fines à Paris. Ces polluants posent de réels et coûteux problèmes de santé (risques cardiovasculaires, diabète ou cancers du poumon). De même, le manque d’activité physique lié à la sédentarité est responsable de près de 40 000 décès annuels. À l’inverse, on réduit les risques en vélo. Chaque année, il permet d’éviter près de 2 000 décès et des milliers de nouveaux cas de diabète. Le bruit lié aux transports touche aussi la santé. 66,5 % des nuisances sonores viennent de la route. Le coû social est énorme et estimé à 147 milliards d’euros par an.
Des émissions qui stagnent depuis 35 ans
La France a réduit ses émissions globales de 30 % depuis 1990. Celles des transports restent quasi inchangées. Leur part atteint aujourd’hui 37 % des émissions nationales.
- Voiture + avion = 96 % des émissions du transport de voyageurs.
- 36 % des émissions totales = 25 % les plus riches en sont responsables. Principalement via leurs déplacements en avion.
Le secteur des transports reste donc un des secteurs ayant le plus gros impact sur les émissions et le climat. Mais il demeure aussi un des domaines parmi les plus difficiles à faire évoluer car il touche à la vie privée, professionnelle de chacun des citoyens. Changer ces moyens de transports, c’est changer la société.
Des solutions pour réinventer la mobilité
Le rapport ne se limite pas au constat. Il esquisse des pistes pour rendre la mobilité plus équitable, plus sobre et plus saine.
- Renforcer le ferroviaire : développer l’offre de trains régionaux et améliorer la fiabilité du réseau. Les TER, malgré leur hausse de prix, restent essentiels pour réduire la dépendance à la voiture.
- Déployer massivement les infrastructures vélo : l’usage du vélo progresse lorsque les pistes sont continues et sécurisées. C’est aussi un levier de santé publique.
- Encourager le covoiturage : aujourd’hui, 88 % des trajets domicile-travail locaux se font seuls en voiture. Remplir les sièges vides réduirait coûts et émissions.
- Mieux cibler les aides sociales : la prime à la conversion a peu profité aux ménages modestes. Les dispositifs doivent se concentrer sur les foyers contraints par la voiture.
- Investir dans les transports collectifs urbains : l’Île-de-France concentre aujourd’hui les trois quarts des dépenses publiques en ce domaine. Les autres territoires doivent aussi bénéficier d’un soutien massif.
Ces leviers demandent des choix politiques clairs. Ils supposent aussi de sortir d’une logique court-termiste pour bâtir une mobilité résiliente, adaptée au climat et aux inégalités.
La mobilité en France reflète nos choix collectifs, nos inégalités et nos contradictions. Elle structure la vie quotidienne mais pèse lourd sur le climat et la santé. Les chiffres du rapport révèlent une évidence : sans changement profond des pratiques et des politiques publiques, la mobilité restera une fracture sociale autant qu’un défi environnemental.