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À Belém, le Président de la république s’est dit « plutôt positif » au sujet du traité UE-Mercosur, laissant entrevoir le sacrifice prévisible des agriculteurs en France.
» La France ne signera pas un accord qui condamnerait ses agriculteurs. » – Ministre de l’Agriculture. Une phrase rassurante, à première vue. Mais combien de fois avons-nous entendu la même musique avant un virage à 180 degrés ? Voilà qui sonne comme un énième coup de canif dans la confiance. Une nouvelle preuve d’un double discours où la défense de l’agriculture française s’efface devant les sirènes du libre-échange.
Mercosur, le cheval de Troie
L’accord UE-Mercosur, en discussion depuis 1999, ouvrirait le marché européen à des milliers de tonnes de viande bovine, de sucre et de miel sud-américains. En échange, l’Europe exporterait des voitures, des vins, des spiritueux et des technologies. Autrement dit : on troque les éleveurs contre les industriels. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 100 000 tonnes de viande bovine pourraient être importées chaque année avec des droits de douane réduits. Pendant ce temps, les normes européennes, plus strictes et plus coûteuses, continuent d’étrangler les exploitations familiales.
Les « mesures miroirs » promises par Paris, censées garantir une équité sanitaire et environnementale, ne sont pour l’instant qu’un mirage administratif. Qui vérifiera ? Quand ? Et avec quels moyens ? La ministre elle-même le reconnaît : rien n’est encore clair.
Le Président a toujours dit que l’accord ne pouvait être validé en l’état. C’était il y a quelques mois. Depuis pas de grands changements et voilà que le traité devient acceptable… De qui se moque-t-on ?
Une colère agricole légitime face à une stratégie cynique
La FNSEA, principale organisation agricole, parle de « reniement total ». Même si la position du syndicat majoritaire est souvent contestable, comment ne pas lui donner raison ? La Confédération Paysanne est vent debout. Ce mercredi, ses membres se dirigent vers Toulouse. On sentait la colère dans les discours. Ils s’y rendent pour expliquer à nos dirigeants qu’ils n’ont plus envie qu’on les prenne pour des cons.
En effet, les agriculteurs voient bien la manœuvre. D’un côté, on les soumet à une avalanche de réglementations, de contrôles, de contraintes climatiques et phytosanitaires. Le nombre de fermes se réduit comme peau de chagrin. Logique puisque la concurrence est déloyale, même au sein de l’UE. De l’autre, on ouvre grand les frontières à des produits cultivés avec des pesticides interdits ici, dans des conditions sociales inacceptables.
C’est une stratégie d’usure : étouffer les exploitations sous des charges croissantes jusqu’à leur disparition, puis expliquer que l’Europe, devenue non autosuffisante, doit importer. Une politique de dépendance programmée. Un politique des lobbies qui vise à enrichir toujours plus les grandes firmes qui gèrent à l’internationale.
Le grand marché contre la souveraineté alimentaire
Il faut le dire franchement : l’enjeu du Mercosur dépasse les vaches et les champs. Ce traité, c’est une clé de voûte géoéconomique. Il ouvre un accès privilégié à 260 millions de consommateurs latino-américains et offre aux industriels de juteuses perspectives. Alors, oui, malheureusement, je mettrais bien quelques euros sur la table pour parier que la France finira par laisser faire. Parce qu’il y a de l’argent à gagner avec des contrats juteux à signer pour les plus gros. Et puis, les convictions pèsent peu face aux milliards.
Comme avec Shein, cette marque chinoise dont on dénonce la fast fashion mais dont les produits inondent toujours les magasins. Même logique : on ferme les yeux sur l’éthique ou l’équité tant que la balance commerciale s’y retrouve. Ce n’est pas qu’une question d’agriculture, c’est une question de priorité. Et, manifestement, la souveraineté alimentaire n’en est plus une.
L’Europe du sacrifice organisé
Le vrai visage du projet européen apparaît ici : celui d’un marché avant tout, d’un espace économique plus que d’une communauté politique. Les agriculteurs français ou irlandais partagent le même désarroi : ils sont les variables d’ajustement d’une machine commerciale. Et quand Bruxelles signe, Paris s’incline. Cela dit, rien d’étonnant. Pour défendre leurs places, nos politiques sont capables de mettre à la poubelle une réforme des retraites définies il y a peu comme la mère des réformes. Bref.
Et lorsque la colère gronde, ils promettent de « rester vigilant ». Que tout sera fait pour « protéger les filières ». Mais, dans les faits, les décisions se prennent ailleurs. Loin des campagnes, loin des visages usés par le travail. On célèbre la transition écologique. Mais on importe du bœuf nourri au soja OGM. On défend le climat. Mais on encourage les trajets transatlantiques de produits agricoles à bas coût. C’est une écologie de façade, celle du vernis vert sur le commerce mondialisé.
L’UE produit des normes qui sont bien souvent strictement indispensables. Heureusement, dans un sens, car sans elle, la France ne ferait rien. Lorsque l’UE dérape et néglige, méprise ses agriculteurs, la France devrait se lever et contester jusqu’au bout une décision injuste. Visiblement, nous en sommes loin et c’est la principale cause de la défiance des citoyens envers ses institution.
Les feux de la colère s’allument, partout. Ils ne sont pas le fruit d’un corporatisme dépassé, mais d’un désespoir, lucide. Derrière chaque tracteur qui bloque une route, il y a un message : celui d’une France rurale qu’on sacrifie pour un traité de plus, pour un peu moins d’écologie. Le Mercosur n’est pas qu’un accord : c’est un choix de société. Soit on défend les producteurs et notre autonomie, soit on signe notre dépendance à des marchés lointains. Et si l’histoire récente nous apprend une chose, c’est bien celle-ci : quand la France dit « non », l’Europe dit souvent « oui » à sa place. Alors oui, je parie qu’on signera ou qu’on laissera faire. Parce qu’au bout du compte, entre la santé publique, la planète et le profit, Bruxelles et Paris ont déjà, dans ce domaine, choisi leur camp. Depuis longtemps !