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Après avoir abandonné, la lutte contre le dérèglement climatique, il ne reste plus que deux possibilités : s’adapter face aux pénuries, aux canicules et autres catastrophes naturelles ou disparaitre à plus ou moins court terme.
Le titre est sans doute un peu caricatural. L’espèce humaine ne disparaitra certainement pas de la surface du globe. Mais les sociétés telles que nous les connaissons sont, quant à elles, vouées à échouer et disparaitre. Tout cela dans la souffrance. En effet, l’échec global des États à lutter efficacement contre le dérèglement du climat est patent, voire coupable parfois. Et l’urgence absolue devient alors d’adapter nos sociétés avant de perdre la seule fenêtre de sécurité encore ouverte. Car, à horizon 2 100, même une atténuation forte n’empêchera pas l’amplification des impacts.
Le futur est déjà là
La plupart des chiffres mis en avant dans ce document sont issus des travaux du GIEC au travers de leurs rapports réguliers sur le climat. Les risques climatiques ne sont plus théoriques. L’origine humaine des perturbations non plus. Ces risques touchent déjà les sols, les villes, les littoraux et les océans. La moitié de l’humanité reste exposée aux sécheresses, aux canicules, aux inondations et à la montée des eaux. Près d’un milliard de personnes subira régulièrement des inondations côtières d’ici quelques décennies. Des centaines de millions de personnes vont être obligés de migrer dans les décennies à venir. Avec, comme conséquences, des troubles géopolitiques et sociétaux majeurs et des déséquilibres économiques catastrophiques.
Autre point important : plus le réchauffement augmente, plus les options d’adaptation se réduisent. Le panel reste encore large aujourd’hui. Mais il se réduit avec le temps qui passe et notre inaction globale.
Une montée des eaux inévitable
Le niveau des mers monte plus vite qu’avant. Il grimpe de quelques millimètres par an, soit deux fois plus que dans les années 1990. La salinisation gagne les sols. Les cultures meurent. La migration devient parfois la dernière option. En France, la Guadeloupe pourrait connaître des submersions chroniques dès 2030. L’assurance devient incertaine. Les réparations coûtent trop cher, les choix et les interventions politiques deviennent inévitables. L’exemple de l’ouragan Katrina révèle aussi un piège de la mal-adaptation. Les digues ont rassuré. Elles ont encouragé l’urbanisation derrière. Puis elles ont cédé. En France, la tempête Xynthia à La Faute-sur-Mer illustre le même piège. Autrement dit, protéger sans anticiper aggrave les risques futurs.
Une nouvelle normalité
Plus de 4 fois plus de canicules qu’au dix-neuvième siècle. Les grandes villes françaises connaitront plus de 20 à 30 jours de canicule par an dans les décennies à venir. La ville devient une fournaise et le béton accumule la chaleur. Les climatiseurs aggravent le problème en consommant à outrance les énergies fossiles.
En parallèle, l’Europe perd 20 % de ses ressources en eau en trente ans. Les sécheresses explosent. Les rivières s’écroulent l’été. Les sols argileux fissurent des millions de logements français. Les systèmes d’alerte fonctionnent bien quand les populations leur font confiance. Mais accepter d’évacuer exige une culture du risque. Et cette culture reste encore très faible. La France continue de construire près des côtes malgré les risques futurs. C’est une mal-adaptation classique.
Agriculture, alimentation et production
Les vignobles français affrontent des bouleversements accélérés. Le sud est de la France devient trop chauds et trop secs. Les rendements chutent. La qualité baisse. La vernalisation des plantes se dérègle. Les gels tardifs détruisent les bourgeons précoces. Les sécheresses stressent les cultures. Le GIEC rappelle que même un climat stabilisé à +1,5 °C reste dangereux pour les cultures méditerranéennes. Rappelons que nous nous dirigeons plutôt vers +3° C à horizon 2100. Dans le monde, la sécurité alimentaire se dégrade. Les stocks de thon dérivent vers l’est et le nord du Pacifique. Les filières mondiales changent de géographie.
Une adaptation limitée
Le manque d’argent (ou la mauvaise orientation des budgets), une gouvernance inefficace voire compromise, mais aussi le manque de temps freinent la lutte. L’adaptation devient la solution. Et les solutions existent. Le GIEC insiste dessus. Mais elles restent trop peu déployées. Trois limites majeures apparaissent :
Les limites financières
L’argent existe à l’échelle mondiale. Mais il n’arrive pas aux pays vulnérables. Les besoins dépassent les financements actuels par un facteur 10 et jusqu’au double dans certains cas.
Les limites politiques
Les États pensent au rythme du quinquennat. L’adaptation exige une vision à 20, 30 ou 50 ans. Or très peu de gouvernements planifient à cette échelle.
Les limites sociales
Se projeter au bénéfice des générations futures reste difficile. Accepter de quitter une maison menacée “avant de voir la vague” l’est encore plus. On peut parler de “déni politique”. On reporte l’action à plus tard, faisant peser sur les générations futures les conséquences de notre inaction.
Certaines limites peuvent être déplacées. Par exemple en finançant massivement l’agriculture dans certains pays en difficulté. D’autres restent complexes. Les atolls qui disparaissent. Les territoires arctiques qui se déstabilisent. Un monde à +4 °C bascule dans un inconnu incontrôlable. Déjà, les récifs coralliens pourraient disparaître à 99 % si la planète dépasse +1,5 à +2 °C. Ces pertes deviendraient alors irréversibles. Elles touchent la biodiversité. Mais aussi l’identité culturelle de centaines de communautés.
Les solutions existent
Le GIEC le rappelle, il est encore possible d’agir. Pour cela il faut du courage, de la cohérence et des démocraties stables. Dans ces rapports successifs, le GIEC détaille les mesures efficaces.
Sur les littoraux
- rehausser localement des digues,
- replanter les mangroves,
- restaurer les récifs coralliens (90 % de l’énergie des vagues absorbée),
- relocaliser anticipativement des quartiers.
En ville
- végétalisation massive,
- îlots de fraîcheur,
- isolation bioclimatique,
- limitation de l’artificialisation,
- systèmes d’alerte efficaces.
Les différences de température peuvent dépasser 4 à 5 °C entre un quartier arboré et un quartier minéral.
Dans l’agriculture
- diversification des cultures,
- sols vivants,
- nouvelles variétés,
- irrigation repensée.
En gouvernance
- participation citoyenne,
- implication des communautés autochtones,
- démocratie locale réelle.
Sans participation, pas d’adaptation. Les systèmes d’alerte échouent sans confiance sociale.
Nous vivons donc la première époque de l’histoire humaine où nous connaissons notre futur climatique. Et nous pouvons encore agir. Un monde à +2 °C double les risques. Un monde à +4 °C les quadruple, voire plus. Et cete emballement potentiel rend une grande partie des solutions inopérantes. Les choix politiques déterminent désormais la frontière entre un futur vivable et un futur chaotique. La justice sociale devient centrale. Car sans protection des plus vulnérables, toute adaptation échoue. Cette fenêtre se referme vite. Mais elle existe encore. L’adaptation devient donc notre dernière réaction. Et notre première occasion de choisir de protéger, de transmettre.