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Invisibles, indestructibles, les PFAS, ces « polluants éternels » s’invitent dans nos assiettes et l’alerte de Générations Futures ne doit pas rester sans réponse.
Le rapport dévoile une contamination généralisée de notre alimentation. Les limites légales actuelles ? Trop élevées. La surveillance ? Trop partielle. La protection des consommateurs ? Illusoire.
Le rapport de Générations Futures
Rappelons que Générations Futures est une association de défense de l’environnement agréée par le ministère de l’Ecologie depuis 2008. Le rapport intitulé « PFAS dans l’alimentation : agir urgemment » propose en 43 pages une vision globale de la présence des PFAS, ces polluants dits éternels dans l’alimentation.
Nous avions jusque là des chiffres sur leur présence dans l’eau, voilà que maintenant c’est confirmé : ils sont présents en quantité dans quasi tous les aliments. Le contraire aurait été étonnant ! Voici les informations importantes du rapport.
Des normes dépassées, des enfants surexposés
L’alimentation constitue la principale source d’exposition aux PFAS. Pourtant, seules 4 substances sur plusieurs milliers sont réglementées. Et encore : les seuils autorisés pour les viandes, poissons ou œufs permettent des expositions largement supérieures à la dose hebdomadaire tolérable – DHT fixée par l’EFSA.
Un seul œuf conforme peut exposer un enfant de 4 ans à 140 % de sa DHT. Deux portions de poisson “réglementaire” peuvent multiplier cette dose par 30. Pour l’anchois, on atteint 9000 ng de PFAS pour 200g consommés, soit 34 fois la dose tolérable pour un adulte de 60 kg!
Une réglementation incohérente et non protectrice
Les seuils réglementaires varient de 1,3 µg/kg pour la viande de porc à 45 µg/kg pour certains poissons. Cette hétérogénéité interroge. Le PFOS, pourtant deux fois plus toxique que le PFOA, se voit attribuer des seuils plus laxistes. Rappelons que ce sont les deux PFAS qui inquiètent le plus. Ces normes sont donc fixées non pas en fonction du risque, mais pour éviter de retirer trop d’aliments du marché.
Les aliments les plus contaminés obtiennent… les seuils les plus élevés. Une logique économique assumée, loin de toute préoccupation sanitaire. Les enfants, plus sensibles, restent les grands oubliés : aucune limite spécifique n’est prévue pour les aliments qui leur sont destinés.
Des données lacunaires, une surveillance incomplète
La France a démarré tardivement la surveillance des PFAS alimentaires. En 2023, seuls poissons, viandes et abats ont été analysés. 56 % des échantillons contenaient alors au moins un PFAS. En comparaison, l’Allemagne surveille ces substances depuis 2006, avec des plans bien plus étoffés.
La base de données analysée par Générations Futures regroupe plus de 2800 échantillons provenant de 4 pays. Les poissons sont les plus contaminés (69 %), suivis des abats (55 %), des œufs (39 %), puis du lait (23 %). Le foie de sanglier détient un record : 382 µg/kg de PFAS.
Des PFAS non réglementés tout aussi préoccupants
Le rapport révèle la présence de 7 PFAS non encadrés. Certains, comme le PFDA, sont 7 fois plus toxiques pour le foie que le PFOA. On les retrouve notamment dans les œufs, les poissons et les abats. Leur toxicité : troubles immunitaires, cancers, toxicité pour le développement.
Et pourtant, ils échappent à toute surveillance obligatoire. Leur omission dans les plans d’analyse fausse l’évaluation réelle de la contamination.
Les recommandations de Générations Futures
Le rapport formule plusieurs demandes claires :
- Élargir la liste des PFAS surveillés dans l’alimentation.
- Réviser les seuils à la baisse, en cohérence avec la DHT
- Instaurer une surveillance obligatoire de toutes les familles d’aliments, y compris fruits, légumes, céréales, produits laitiers et aliments infantiles
- Agir à la source, en restreignant les usages industriels via une interdiction large au niveau européen
Heureusement que ces associations existent pour mettre en évidence des « lacunes » réglementaires. On le voit, nous n’avons pas besoin de moins d’Etat, nous avons juste besoin que ce dernier soit présent dans le champ réglementaire et donne le moyen aux organismes de contrôle de faire sérieusement leur travail. Au-delà d’une simple mise en garde, Générations Futures propose des solutions concrètes pour résoudre un problème de santé qui risque de se révéler dramatique dans les années à venir.
Les PFAS s’accumulent donc dans notre corps, s’installent dans nos habitudes, contaminent nos aliments. Et les autorités ferment les yeux. Le rapport de Générations Futures lève le voile sur une dérive, sur le manque de réglementation. La science alerte, les chiffres sont là. Il est temps d’agir. Pour notre santé. Pour celle de nos enfants.