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Une décision incompréhensible, en France, alors que le monde accélère, à l’Assemblée nationale, la droite et l’extrême droite viennent de voter un moratoire sur l’éolien et le solaire.
Deux piliers des énergies renouvelables rayés d’un trait de plume. Le Syndicat des énergies renouvelables dénonce un négationnisme technologique. Une volte-face, aussi absurde que dangereuse.
Le grand paradoxe français
La France prétend viser la neutralité carbone. Pourtant, ses députés votent une pause sur les deux filières renouvelables les plus dynamiques du monde. Le solaire et l’éolien représentent aujourd’hui plus de 80 % des nouvelles capacités électriques installées à l’échelle mondiale.
Or, dans le projet de loi sur le futur énergétique, les amendements LR-RN excluent purement et simplement ces deux technologies. Sont conservés : le nucléaire, l’hydroélectricité. Cette mise à l’écart ne s’appuie sur aucun fondement ni économique, ni scientifique. Cela revient à dessiner l’avenir énergétique avec d’uniques visions politiciennes. Et surtout, en contradiction flagrante avec les tendances mondiales.
Un faux procès fait aux renouvelables
Les opposants dénoncent des énergies coûteuses et intermittentes. Pourtant, le coût du solaire a chuté de 90 % en dix ans. Celui de l’éolien terrestre est désormais compétitif face au nucléaire, même en tenant compte du stockage. Les pays les plus avancés comme l’Allemagne, l’Espagne, la Chine, misent massivement sur les renouvelables. Même les États-Unis, grands producteurs de gaz, investissent davantage dans le solaire que dans le nucléaire.
La réalité est simple : la France est déjà en retard. Elle ne couvre que 30 % de sa consommation d’électricité avec des renouvelables, contre 44 % en moyenne dans l’Union européenne. Elle reste loin derrière ses voisins, malgré un potentiel exceptionnel, terrestre comme maritime.
Et les récents événements en Espagne et au Portugal avec le blackout qui a paralisé ces 2 pays pendant de nombreuses heures ne peuvent être un justificatif à cette mise à l’écart du solaire ou de l’éolien. Au contraire, les spécialistes vont apprendre de cet échec et faire progresser les technologies et les rétro-contrôles. Tout stopper maintenant, c’est d’une absurdité sans nom.
Tout miser sur le nucléaire, un pari risqué
Le choix d’écarter les renouvelables revient à mettre tous les œufs dans le même panier. Celui du nucléaire. Or, cette filière nécessite des décennies de planification. Et reste soumise à de nombreux aléas techniques et financiers. Rappelons l’exemple allemand. Berlin avait tout misé sur le gaz russe. En 2022, la guerre en Ukraine a mis ce pari en échec. Conséquences : crise énergétique, flambée des prix, réouverture de centrales à charbon.
Peut-on vraiment se permettre une nouvelle dépendance stratégique ? Miser sur une seule technologie est dangereux, surtout en période d’instabilité géopolitique. C’est la vision d’un passé fantasmé qui n’existe déjà plus. Une époque où la diversification des sources n’était pas une priorité. Rien d’étonnant que ce soit la droite réactionnaire qui aille dans ce sens.
Une économie en péril
Le secteur des renouvelables représente déjà 80 000 emplois directs en France. L’amendement voté jeudi est en réalité un immense plan de licenciement. La mesure menace des milliers d’installateurs, d’artisans, d’agriculteurs. Elle freine aussi l’investissement industriel. Or, l’énergie décarbonée produite localement, c’est moins d’importations, plus de souveraineté, et davantage de richesses sur le territoire.
La décarbonation exige plus d’électricité, pas moins. Le nucléaire fournit en gros 350 TWh. La France doit produire plus de 500 TWh décarbonés d’ici 2030. Sur cette quantité, au moins 200 TWh doivent venir du renouvelable. Comment y parvenir sans éolien ni solaire ?
L’histoire avance sans nous
La Chine, premier pollueur mondial, construit des éoliennes et des panneaux solaires à un rythme effréné. Elle fait désormais du climat un levier géopolitique. Pendant ce temps, la France recule. Il ne s’agit pas ici d’une querelle technique. Il s’agit de choisir notre place dans le monde de demain. De produire une énergie propre, compétitive, résiliente. De respecter nos engagements européens. Et de protéger notre pouvoir d’achat.
Refuser les renouvelables aujourd’hui, c’est prendre le train à rebours de l’Histoire. C’est paralyser notre avenir énergétique pour des raisons électorales à courte vue. Personne ne prétend que tout est parfait. Oui, il faut mieux intégrer les éoliennes. Oui, il faut recycler le solaire et développer les technologies de stockage. Mais ralentir aujourd’hui, c’est s’assurer des regrets demain.
Et puis, soyons sérieux : ce ne sont pas les PMR/SMR, ces petits réacteurs nucléaires qui vont nous sauver la mise ! Ils ne sont pas encore construits et ne fournissent chacun que quelques TWh par an. Alors soyons maintenant logique : produire moins d’électricité renouvelable, c’est forcément recourir davantage aux énergies fossiles. L’équation est simple. Le choix, lui, ne l’est pas. Mais il ne peut plus attendre.
Alors, comme tous les reculs que nous observons en Europe et aux Etats-Unis, celui-ci est totalement démagogique. C’est mentir que de laisser croire que nous allons pouvoir nous passer des énergies renouvelables. C’est surtout révélateur d’une vision fantasmée d’un passé révolu. D’un passé idéalisé que nous ne revivrons jamais. Tout ce que ces politiques proposent n’a qu’un but : faire croire aux citoyens qu’on peut continuer comme avant sans conséquence. Et ça c’est un mensonge. Le populisme n’a décidément aucune limite !