Sommaire
Le télétravail est tantôt présenté comme une solution écologique, tantôt comme un miracle, une illusion verte.
Celui-ci a explosé depuis la crise du Covid avant de constater un recul. Pourtant une question s’impose : si nous télétravaillions davantage, est-ce que cela changerait quelque chose à l’état de la planète ? Une réflexion basée notamment sur un rapport de l’ADEME :
Le rapport Télétravail – Ademe 2020
Nous allons voir que les évidences sont parfois trompeuses
Moins de trajets, moins d’émissions ?
Avant 2020, seul un salarié français sur six y avait recours. En 2020, près d’un salarié sur deux l’a pratiqué à temps plein. Depuis, on revient un peu en arrière mais le télétravail reste un acquis que les concernés apprécient bien souvent. En 2024, on estime le nombre de télétravailleurs à plus ou moins 10 millions. En gros un tiers des salariés télétravaille. Le premier bénéfice saute aux yeux : moins de trajets domicile-travail. Aucun doute sur ce point. L’ADEME propose à ce sujet un outil en ligne permettant d’évaluer le gain d’émissions de GES réalisé lors d’un télétravail :
Mais la réalité est plus complexe. L’étude ADEME montre que les effets rebond annulent jusqu’à 31 % des bénéfices. Cela représente 84 kg de CO₂ supplémentaires par an et par jour télétravaillé. Plusieurs mécanismes sont en cause :
- Chaînes modales et nouvelles mobilités : moins de trajets longs, mais plus de petits déplacements, souvent en voiture. On dépose les enfants, on fait des courses, on transporte un proche. Avec +24,9 % d’émissions sur ce poste, soit +67,7 kg CO₂/an.
- Relocalisation résidentielle : télétravailler rend possible de vivre plus loin. Un déménagement vers une ville TGV, voire vers le Sud ou l’étranger, peut effacer tous les gains si les trajets deviennent rares mais longs. À court terme, cet effet reste marginal.
- Consommation énergétique des logements : chauffage, éclairage, ordinateurs, internet… Le surcroît est évalué à +20,7 kg CO₂/an par jour télétravaillé.
Rien n’est simple. Télétravailler peut être un bon moyen de faire baisser à la marge les émissions de GES et d’économiser du carburant. Mais les gains ne sont pas si élevés.
Quand le bureau change de visage
L’autre grande bascule se joue du côté des entreprises. Moins de présence au bureau, donc moins de surface nécessaire. Grâce au flex office, on mutualise les espaces. Cet effet “bureau à la demande” peut améliorer sensiblement le bilan global. Dans un scénario optimisé, chaque jour de télétravail hebdomadaire réduit de 20 % les besoins immobiliers, soit un gain potentiel de 234 kg CO₂/an. Ici, l’ADEME fait remarquer que le télétravail devient un vrai levier écologique.
Cela dit, travailler à distance suppose de multiplier visioconférences et équipements. Equipements non indispensables lorsqu’on se rend au bureau. Or, la fabrication d’un écran ou d’un terminal est très émettrice. La visioconférence, massivement développée depuis 2020, sollicite fortement les serveurs. À horizon 2024, elle devrait remplacer les trois quarts des réunions en présentielles en Europe et en Amérique du Nord.
Et puis, au délà du gain écologique et financier direct, se pose un autre problème : la santé des salariés. Santé mentale plus que physique. Encore que. Rester « enfermés » chez soi, tous les salariés ne le supportent pas. « L’homme est un animal social » disait Aristote. Effectivement, sans contacts sociaux, la dépression, le burn-out peuvent vite devenir une réalité, sans que personne ne s’en rende forcément compte. Un coût indirect pour la société s’il faut traiter ces problèmes de santé mentale à grande échelle. On pourra aussi citer la non déconnexion numérique qui renforce ces problèmes liés au télétravail.
Un bilan nuancé
Le télétravail reste un atout. Mais il ne suffit pas. Ses bénéfices dépendent des choix collectifs : urbanisme, mobilité douce, sobriété numérique, organisation des bureaux. L’ADEME estime que combiné au flex office, le télétravail améliore de 52 % la balance environnementale globale. Sans accompagnement, ses effets rebond venant diluer ses avantages s’ils ne sont pas pris en considération.
Le télétravail n’est donc pas un remède miracle. Il allège les routes mais déplace les consommations. Il ne deviendra un levier écologique que s’il s’inscrit dans une stratégie plus large de réorganisation des transports collectifs, de l’efficacité énergétique, de la refonte du modèle de travail actuel. Sans quoi, il risque de rester une illusion verte.