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Le rapport d’octobre 2025 de T&E démontre que les biocarburants, présentés comme une alternative “propre” aux carburants fossiles, ne peuvent être LA solution pour atténuer la crise climatique.
Ces carburants “verts” émettent 16 % de CO₂ de plus que ceux qu’ils sont censés remplacer.
En combinant ces données au rapport Diverted Harvest de Cerulogy de novembre 2024, l’image devient claire. La ruée vers les biocarburants menace aussi les sols, l’eau, la biodiversité et même la sécurité alimentaire mondiale.
Une expansion mondiale dévorante
La production mondiale de biocarburants repose sur 32 millions d’hectares de terres cultivées. C’est l’équivalent de la superficie de l’Italie. D’ici 2030, ce chiffre grimpera à 52 millions d’hectares. La taille de la France! Pourtant, cette expansion ne fournit que quelques petits pourcents des besoins énergétiques du transport mondial.
Les trois « superpuissances » du secteur sont lesÉtats-Unis, le Brésil et Union européenne. Elles représentent à elles seules plus des trois quarts de la production. L’Inde, le Canada et le Brésil veulent aussi accélérer. portés par la Global Biofuels Alliance créée à New Delhi en 2023.
Mais cette alliance “verte” masque un paradoxe : produire du carburant à partir de denrées agricoles accentue la pression sur les terres et favorise la déforestation.
Quand la terre brûle au lieu de nourrir
90 % des biocarburants proviennent encore de céréales, de sucre ou d’huiles végétales – Source Cerulogy. En 2023, le secteur a englouti :
- 200 millions de tonnes de maïs,
- 50 millions de tonnes de sucre,
- l’équivalent de 100 millions de bouteilles d’huile végétale par jour.
Ces ressources pourraient nourrir 1,3 milliard de personnes. Alors que 800 millions souffrent encore de la faim. En réalité, le monde brûle une part croissante de sa récolte. Récoltes qu’il pourrait consommer. Les conséquences se voient aussi sur les prix. A en croire la FAO,Les indices de prix des céréales, corrigés de l’inflation, publiés par la FAO ont été 53 % plus élevés entre 2007 et 2022 qu’entre 1991 et 2006 ; les prix des huiles végétales ont augmenté de 57 %. Les biocarburants ont contribué à ces flambées. Tout en poussant des dizaines de millions de personnes sous le seuil de pauvreté.
Plus de CO₂, moins de biodiversité
Les biocarburants émettront plus que les carburants fossiles d’ici 2030. 70 millions de tonnes de CO₂ de plus par an, les émissions de 30 millions de voitures diesel. Le rapport Cerulogy montre que si les terres utilisées pour ces cultures retournaient à la nature, elles capteraient 428 millions de tonnes de CO₂ par an. Presque le double du gain obtenu par les biocarburants eux-mêmes.
Leur coût écologique est colossal. La production de 100 km parcourus avec des biocarburants de première génération exige 3 000 litres d’eau. Alors que ce ne sont que 20 litres pour l’électricité solaire utilisée dans un véhicule électrique.
Et lorsque elles remplacent forêts et zones humides, elles détruisent l’habitat de milliers d’espèces. En Indonésie et au Brésil, l’expansion du palmier à huile ou du soja reste un moteur majeur de déforestation et de disparition de la faune.
Une impasse énergétique et morale
Le rapport Diverted Harvest calcule qu’entre 2023 et 2030, l’augmentation de la demande en biocarburants pourrait libérer 149 millions de tonnes de CO₂ dans les sols et la biomasse. Il existe des « biocarburants avancés” vantés comme durables. Mais ils ne suffisent pas. En 2030, 92 % des biocarburants viendront encore de cultures alimentaires. Cerulogy rappelle aussi une comparaison frappante : couvrir seulement 3 % des terres aujourd’hui consacrées aux biocarburants avec des panneaux solaires produirait la même énergie, sans détruire la biodiversité.
Les biocarburants apparaissent donc comme une fausse solution. Parce que leur production mobilise des millions d’hectares de terres agricoles. Ils aggravent la faim, la déforestation et le dérèglement climatique. T&E appelle les gouvernements à cesser de subventionner ces fausses solutions. T&E propose de réorienter les financements vers l’électrification, la sobriété et la restauration des écosystèmes. Comme le souligne le rapport Diverted Harvest, laisser la nature reprendre ses droits sur les terres utilisées pour les biocarburants permettrait de sauver quatre fois plus de carbone qu’en les cultivant pour nos réservoirs. En somme, il est temps de changer de carburant, mais surtout de changer de cap, derepenser le sens du monde.